Les défis de la conquête spatiale: gérer le tourisme et les poubelles

Les astéroïdes font déjà rever les entreprises américaines
Les astéroïdes font déjà rever les entreprises américaines - © Mark A. Garlick - IMAGEGLOBE

Alors que sort en salle le film catastrophe "Gravity" avec George Clooney et Sandra Bullock, Yaël Nazé, astrophysicienne à l'Université de Liège et auteur du livre "Voyager dans l’espace", évoque le tourisme spatial qui débutera en 2014 et les prochains défis liés à la conquête de l’Espace. A commencer par la gestion de poubelles.

Par la phrase provocatrice "Gagarine et Armstrong n'ont qu'à bien se tenir, Marcel et Bobonne arrivent.", Yaël Nazé confirme que les premiers vols touristiques seront lancés l’année prochaine ou, au plus tard, en 2015. D’ici quelques années, ce que l’on nomme ’l’orbite basse’ de la Terre ne sera donc plus l’apanage des astronautes mais accueillera des touristes aisés.

Les projets ne sont pas encore nombreux. Le plus "démocratique" est celui d’une société qui propose un vol en ballon à bord d’une capsule élevée par un ballon à 30 000 mètres d’altitude. "Ce n’est pas encore l’Espace, tempère Yaël Nazé: la limite de l’Espace est à 100 km. Un ballon se limitera toujours à la haute atmosphère mais on pourra y voir la courbure terrestre."

Un autre projet, plus connu, est celui de Richard Branson. "Des essais ont eu lieu, Il n’est pas le mieux placé dans la course au vol touristique, mais techniquement c’est faisable dès la fin 2014."

Pas de préparation requise

L’astrophysicienne rassure les éventuels candidats: un vol court en apesanteur est imaginable pour la plupart d’entre nous. "Les touristes spatiaux n’auront rien à faire. Ils seront comme dans un avion et resteront peu de temps dans l’apesanteur. Il existe d’ailleurs déjà des vol paraboliques qui permettent de vivre cette expérience. Il faut savoir que même les astronautes sont parfois malades". Pour Yaël Nazé, le vrai défi du tourisme spatial sera la sécurité.

Tourisme de masse: pas avant 30 ans

A 50 et 150 000 euros le prix d’une éphémère intrusion dans le ‘Grand Noir’, on ne peut encore parler de tourisme démocratique. "Mais il y a déjà eu des concours pour gagner un siège pour l’Espace et, à terme, l’idée des entrepreneurs de tourisme spatial est de démocratiser les choses. Cela prendra pourtant du temps, entre 10 et 30 ans."

Exploitation de l’Espace: une question éthique

Il est de plus en plus question de la possible exploitation des astéroïdes par des sociétés américaines. Pour Yaël Nazé, la question est de savoir si cela sera économiquement rentable. Se pose aussi, selon elle, la question éthique: "Peut-on changer la face de la Lune en y cherchant des métaux? Et Peut-on détruire un astéroïde pour créer de nouveaux smartphones? Se posera aussi le problème du droit international. Et le fera-t-on avec des hommes ou des robots? Tout cela n’est pas pour demain."

La course à l’Espace pourrait toutefois reprendre. "La Chine rattrape son retard. Dans le film Gravity il existe une station chinoise. C’est de l’anticipation mais il est clair que les Chinois se font une place importante dans le spatial. Il y aura peut-être une reprise de la course technologique, mais cela répondra toujours à des choix politiques."

Pour Yaël Nazé, ni l’exploitation ni le tourisme spatial ne constituent un tournant dans la conquête du monde qui nous entoure: "Les choses les plus importantes se feront ailleurs avec l’exploration de Jupiter ou la création de grands télescopes dans l’espace. Le tourisme spatial s’inscrit dans un esprit de recherche de bénéfices autour de sensations fortes." Et pas question non plus de fantasmer sur de fortes migrations humaines vers l’Espace pour désengorger la terre: "Avant de polluer l’espace proche ou lointain, essayons de résoudre nos problèmes sur Terre."

Les poubelles de l’espace sont une réalité

Le film Gravity évoque le danger des déchets qui gravitent dans l’Espace. "Des satellites ont effectivement été détruits en tout ou en partie par des déchets. Nous n’avons pas encore eu de problème avec la Stations Spatiale International, mais elle a déjà dû faire des manœuvres d’évitement." Le scénario de Gravity est donc plausible. Il pourrait se produire un jour un effet d’avalanche de déchets comme le décrit le film Gravity. Et ainsi interdire l’accès à l’orbite basse.

Jean-Claude Verset

 

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