Le taux de suicide sept à onze fois plus élevé en prison

Les avocats pointent la surpopulation carcérale comme cause de ce taux de suicide élevé
Les avocats pointent la surpopulation carcérale comme cause de ce taux de suicide élevé - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

La prison de Tournai a été le cadre de deux suicides de détenus, très rapprochés dans le temps, ces derniers jours... C'est la douche froide dans cet établissement pénitentiaire qui n'avait connu aucun décès de détenu l'an dernier.

Et ils seraient nombreux à partager ce type d'idées suicidaires. Au niveau des prisons en général, le suicide est une réalité sept à onze fois plus présente que dans le reste de la société.

"Il me demandait de l'aider à mourir"

"J'ai encore reçu une lettre de mon ancien codétenu, il me demandait de l'aider à mourir", nous confie un ex-détenu de la prison de Bruges, où, selon les chiffres officiels, il y a eu quatre suicides l'an dernier. "Plutôt après 9 heures du soir, nous dit-on encore. Quand les gardiens se font rares, dans les couloirs."

Et les chiffres sont là pour en témoigner : il y eu l'an dernier 18 suicides comptabilisés dans les prisons, dont près d'un sur deux dans les premiers jours de son incarcération. Et ce nombre n'intègre pas les morts suspectes.

C'est beaucoup et c'est surtout plus que le taux moyen constaté en Belgique, qui est de deux décès de ce type pour 10 000 habitants.

"Des idées très suicidaires dès le premier jour"

"En Belgique, la majorité des suicides ont lieu dans les quatre premiers jours qui suivent l'incarcération, explique Gaëtan de Dorlodot est directeur médical au centre médical carcéral (CMC) de la prison de Saint-Gilles. L'établissement pénitentiaire a connu trois suicides de détenus l'an dernier. Il connaît donc bien le phénomène.

"On a pour l'instant un patient ici qui, dès le premier jour de son incarcération a manifesté des idées très suicidaires et que nous avons pris au CMC immédiatement, illustre-t-il. On est aujourd'hui au cinquième jour : il a pu quitter le CMC et aller dans une section ordinaire."

Conséquences de la surpopulation

À Tournai, l'un des deux détenus qui ont commis un acte désespéré était aussi sous surveillance psychiatrique. Mais ça n'a pas suffi. Pour Gaëtan de Dorlodot, la prévention ne devrait pas être l'exception : "L'incarcération, les faits qui l'ont amené là, la rupture avec la famille… sont difficiles à vivre. Ça vaudrait la peine qu'une normalisation puisse voir le jour au niveau de la prise en charge, puisque ce suicide est quand même beaucoup plus élevé qu'à l'extérieur."

C'est du moins le point de vue médical. Les avocats, eux, voient dans ces suicides une des conséquences de la surpopulation carcérale qu'ils dénoncent régulièrement.

On vous rappelle qu'un numéro de téléphone de prévention du suicide est accessible dans l'anonymat 24 heures sur 24 : le 0800 32 123.

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