Le sud-est du Groenland, futur Dubaï capable d'alimenter l'Europe en E-fuel ?

Le Groenland deviendra-t-il le nouveau Dubaï comme sur cette vision d'artiste ?
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Le Groenland deviendra-t-il le nouveau Dubaï comme sur cette vision d'artiste ? - © Uliège

Des températures qui dépassent rarement les O°, des vents violents quasi permanents qui balaient des massifs rocheux à peine recouverts de glace. Bienvenue au sud-est du Groenland. C’est dans cette contrée inhospitalière qu’une équipe de chercheurs de l’ULiège a, pourtant, imaginé construire un hub énergétique à l’avenir, c’est-à-dire une zone de production d’énergie à partir de dizaines de milliers d’éoliennes.

A la base de ce projet, Xavier Fettweis et Damien Ernst. Ils sont respectivement climatologue et ingénieur spécialiste de l’énergie. Le premier a étudié la fonte des neiges au Groenland et a développé un modèle du climat de cette région du monde. Xavier Fettweiss a observé un phénomène très spécifique au sud-est du Groenland : "Il y souffle un vent pratiquement continu. Les côtes sont en permanence balayées par les vents catabatiques qui descendent de la calotte glaciaire pour se jeter sur l’océan".

Des vents catabatiques, en provenance directe de la calotte glaciaire

Imaginez la calotte glaciaire qui culmine à 3000 mètres d’altitude. Les masses d’air arrivent sur la calotte et se refroidissent. Elles deviennent alors plus denses et plus lourdes et de ce fait, elles vont descendre de la calotte glaciaire en créant les vents catabatiques. "Additionnez ces vents aux vents dominants du nord, ça peut faire des vitesses très élevées variant entre 100 et 200 km/h", conclut Xavier Fettweiss.

Pour mieux mesurer l’importance de ce phénomène, Michaël Fonder, chercheur de l’Uliège, a rejoint le sud-est du Groenland à bord du voilier Uno Mundo. Une fois sur place, lui et l’équipe Uno Mundo ont monté trois stations météorologiques. Et les premiers données de ces stations sont tombées ces derniers jours. Elles corroborent les attentes de Xavier Fettweiss : "Deux des stations sur les trois fonctionnent. Les premières comparaisons entre les modèles établis et les données enregistrées sur place coïncident tout-à-fait."

L’étude ne fait que commencer, elle se poursuivra pendant trois ans. Si cette région du Groenland présente les conditions idéales pour y installer des éoliennes, le projet est d’en construire entre 10.000 et 100.000. Un véritable hub énergétique.

"Une éolienne installée là-bas serait très vite amortie car le facteur de charge (le temps de production de l’éolienne) est deux fois plus important que pour des éoliennes off-shore au large de notre côte belge", nous explique Damien Ernst.

Si actuellement, les éoliennes utilisées en mer du Nord résistent à des vents très puissants, la plupart sont, cependant, mises à l’arrêt dès que les vents atteignent des vitesses de 90 kms/h. Mais Damien Ernst est très optimiste : "A l’avenir, nous travaillerons avec des éoliennes qui continueront à tourner à des vitesses de vents de 130 km/h. Il faudra bien sûr les adapter pour en faire des éoliennes plus grandes, plus puissantes et sachant mieux résister aux vents."

Alimenter l’Europe entière en énergie

L’objectif est de pouvoir extraire des centaines de Térawattheures d’électricité qui pourraient alimenter l’Europe entière.
Des câbles électriques pourraient ensuite acheminer l’électricité vers l’Europe. Mais, selon Damien Ernst, il s’agit de gros investissements et qui dépendent des réseaux locaux par lesquels ils transiteront. L’homme a en fait une autre idée en tête, elle serait de transformer l’énergie produite par ces éoliennes en e-fuel.

L’e-fuel qu’est-ce que c’est ? En gros, il s’agit d’hydrocarbures synthétisés à partir d’énergie renouvelable. "Vous pouvez fabriquer de l’hydrogène à partir d’une électrolyse de l’eau, nous explique Damien Ernst. Mais, il va plus loin encore : "Ensuite, vous capturez du CO2 directement dans l’atmosphère. Avec du CO2 et de l’hydrogène, vous fabriquez tous les hydrocarbures que vous souhaitez."

En gros, il propose de produire des hydrocarbures à partir de l’hydrogène et du CO2 déjà présent dans l’atmosphère. Pas très écologique tout ça non ? L’ingénieur tempère : "Ici nous ne produisons pas du nouveau CO2, nous réutilisons un CO2 déjà présent dans l’atmosphère que nous brûlons. Donc, c’est une forme de circuit fermé".

Pour Damien Ernst, une chose est sûre, les hydrocarbures seront toujours nécessaires à l’avenir, ne fusse que pour le transport aérien. Nous devrons donc résoudre le problème des combustibles fossiles qui représentent actuellement, 80% de l’énergie que nous dépensons en Belgique. Il voit dans les E-fuels une alternative aux combustibles fossiles.

Des hubs d’énergie renouvelable

L’idée est tendance. Il s’agit, à l’avenir, de construire des hubs d’énergie renouvelables très éloignés des hommes mais où l’énergie se trouve en grande quantité. Damien Ernst compare le sud-est du Groenland au Dubaï du futur. Une grosse industrie serait donc installée au sud-est du Groenland. Il s’agirait d’ installations industrielles conséquentes. Mais qu’en pensent les groenlandais ? Les villages les plus proches ne sont pas hostiles à la construction d’éoliennes car leur seule source d’approvisionnement en électricité ce sont des groupes électrogènes. Quant à savoir ce qu’ils pensent de l’installation d’une grosse usine chimique, c’est une autre affaire.

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