Le succès fulgurant des vêtements de seconde main en ligne

Deux utilisatrices d'un site de revente de vêtements en ligne, prennent des photos avant de vendre leur article.
Deux utilisatrices d'un site de revente de vêtements en ligne, prennent des photos avant de vendre leur article. - © OLGA MALTSEVA - AFP

21 millions d'utilisateurs à travers le monde et 23.000 nouveaux comptes chaque jour. Ces chiffres sont ceux de Vinted, un site internet et une application qui permettent de vendre et d'acheter des vêtements et articles de seconde main. Vous photographiez la robe ou le pantalon que vous ne mettez plus, vous fixez le prix, s'il se vend, vous recevez une étiquette à imprimer directement et à coller sur le colis, il ne reste plus qu'à aller l'envoyer à l'acheteur. L'application prend les frais de port en charge. En quelques mois, Vinted a pris de l'ampleur chez nous et a développé une nouvelle économie.

Presque un métier pour certains utilisateurs

L'application est particulièrement populaire dans plusieurs pays, en France notamment. Elle commence à séduire chez nous. François par exemple, l'a découverte récemment, il l'a vite adoptée : "Pour vendre des choses trop petites ou qu'on a reçu et qu'on aime pas trop... Vinted joue le rôle d’intermédiaire pour l'expédition, c'est plus facile que la vente directe de particulier à particulier." C'est la particularité de cette application, contrairement aux autres sites de seconde main, elle inclut dans son modèle économique la prise en charge du transport, plus besoin de se déplacer jusque chez le vendeur.

Sophie s'y est mise en décembre dernier, depuis elle a vendu 160 vêtements: "Au début, c'était pour arrondir les fins de mois, j'ai vendu 2-3 articles, et j'ai vite vu que ça fonctionnait bien. J'ai continué et aujourd'hui, je fais au moins 2-3 ventes par jour. Comme mes amies voient que ça marche bien, elles me donnent des vêtements et je commence à vendre pour elles. Je n'en gagne pas encore ma vie, mais j’aimerais bien un jour. J'aimerais bien travailler dans le domaine du seconde main sur internet."

Et certains utilisateurs ont encore bien plus de ventes et d'abonnés que Sophie, pour eux, la revente sur internet est devenu une véritable activité économique. 

Au détriment des ASBL caritatives

Des associations comme Terre, Les Petits Riens ou Oxfam vivent sur les dons de vêtements. Des pulls, des pantalons, des chaussures que l'on peut déposer dans leurs containers, qu'ils trient et qu'ils revendent dans leurs magasins de seconde main. Du côté de Terre, Annick Lazar sent très nettement le succès des sites de revente de vêtement: "Ça nous fait beaucoup de tort. Les gens préfèrent vendre eux-même directement sur Vinted, ils ne nous donnent plus comme avant. On le voit en relevant nos bulles: la qualité a diminué, on reçoit beaucoup moins de belles choses qu'avant".

Terre doit s'adapter à ce changement d'habitude des consommateurs: "On doit diminuer nos prix pour être concurrentiel et quand même pouvoir vendre. On reçoit beaucoup de T-shirt de chez Primark par exemple. Neufs, ils sont vendus 2€, on ne peut pas le vendre 3€. Mais c'est au détriment de nos revenus, de nos salaires et des œuvres sociales que nous soutenons dans les pays sous-développés".

Bingo pour les libraires et les points de livraison

Le succès de ces ventes par correspondance fait exploser le trafic de colis par contre. La plupart sont expédiés ou reçus dans des points de livraison: une librairie, une épicerie,... "Ça n'arrête pas", raconte Paolo, cordonnier à Liège. Son magasin est point de collecte. "En moyenne, j'ai 20 ou 30 colis à expédier par jour. Et puis encore une trentaine de colis reçus que les gens viennent chercher. Et ça, c'est uniquement pour Vinted, c'est facile de les reconnaître. Et c'est beaucoup pour la France, je ne sais pas pourquoi, manifestement les français aiment bien nos vêtements".

Pour Philippe, libraire, ça a même été salutaire: "C'est devenu une partie importante de mes revenus. Ça m'amène des clients de beaucoup plus loin et ça me permet de vendre des petites choses en plus. Les gens de passage prennent des cigarettes, un billet de Lotto ou une boisson. Sans ça, je n'aurais pas tenu. C'est sur qu'on ne fait pas beaucoup de marge sur les colis mais c'est le nombre qui fait que finalement, on tient le coup".

Pour la première fois, le nombre de colis traités par bpost a dépassé le nombre de lettres l'année dernière. Il y a donc encore un fort potentiel dans ce domaine 

 

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