Le son va-t-il trop fort dans les cinémas?

Le son va-t-il trop fort dans les cinémas ?
Le son va-t-il trop fort dans les cinémas ? - © FRANCOIS NASCIMBENI - AFP

Faites-vous partie de ces personnes qui ne veulent plus aller au cinéma parce que le son y est trop fort ? Certaines personnes, en tout cas, s’en plaignent. Ont-elles raison ? Nous avons voulu vérifier si leurs plaintes étaient justifiées. Nous sommes donc allés mesurer le niveau sonore des films dans deux salles bruxelloises avec un professionnel de la Semaine du Son.

Pour l’une, il s’agissait d’un film intimiste projeté dans une petite salle. Pour l’autre, d’un film d’action dans un grand complexe de la capitale. Étonnamment, les résultats sont fort similaires, alors que les films étaient d’un genre totalement différent. Dans les deux cas, le spectateur n’a, objectivement, pas couru de véritable danger pour ses oreilles.

Un petit ajout qui devient un risque pour la santé

Mais la réalité n'est pas aussi simple comme l'explique Daniel Léon, professeur à l'INSAS : "Dans ce qui a été décrit-là, le spectateur ne prend pas de risque. Mais je ne peux pas présumer de ce qui se passe dans d'autres films, dans d'autres salles, avec d'autres pratiques. On ne sait pas non plus ce que les gens ont supporté avant. Et donc, c'est valide en imaginant que les gens ont été dans le calme pendant les 8 heures qui précèdent. Mais si le spectateur a déjà supporté des niveaux sonores importants pendant toute la journée, peut-être que ce petit ajout-là devient un risque pour la santé".

D'un autre côté un jeune de 20 ans supporte plus facilement des sons forts que les personnes "d'un certain âge". "Mais le dégât n'en est pas moins important", insiste Daniel Léon. "Ca, c'est encore plus difficile à faire comprendre à quelqu'un qui ne ressent ni douleur ni gêne que ce qu'il est en train de faire est un danger pour sa santé". D'autant que "le cerveau compense les pertes auditives", du moins pour un certain temps.

Un son parfois laissé à la juste appréciation d'une personne

Autre constat : le son était plus agressif dans le petit cinéma de quartier que dans le gros complexe cinématographique. Et pour cause : son responsable avait lui-même demandé d’augmenter le volume de diffusion, pour que tous les dialogues restent audibles.

Un niveau sonore laissé à sa juste appréciation et celle de son projectionniste, qui l’ont mesuré à l’ouïe. Un véritable problème selon Marie-Paule Thill, ORL à l’hôpital Saint-Pierre : "Je pense que si la direction n'impose pas des critères stricts, si c'est laissé un peu au hasard, je pense qu'il peut y avoir des moments où c'est trop fort. Alors évidemment, si on passe deux heures au cinéma, cela ne devrait pas donner des dégâts pour la vie".

Une guerre du volume

Le son que l’on peut entendre au cinéma est, en tout cas, nettement plus élevé que celui que l’on écoute en regardant la télévision à la maison. On n'est pas appareillé de la même manière. On parle même d’une "guerre du volume". C’est le cas déjà depuis des dizaines d'années pour la musique, mais c’est aussi devenu le cas pour le cinéma comme nous l’explique Daniel Léon : "On a aussi des réalisateurs et des producteurs qui souhaitent que leur film soit le plus fort possible. Et à ce moment-là, on va avoir des gens qui vont densifier la matière sonore du film qui peut, si elle est reproduite à ce volume prévu, être nuisible. Maintenant, cela ne concerne pas tous les films. Et je dirais même que, d'après les informations que je peux avoir aujourd'hui, on peut dire que beaucoup d'exploitants de salles diminuent le niveau par rapport au calibrage standard".  

En attendant, de plus en plus de personnes souffrent d’acouphènes et parmi elles, des jeunes de 12-13-14 ans, voir même de tout jeunes enfants. Dans ce cas-ci, ce n'est pas à cause du cinéma, mais parce qu'ils sont sortis en boîte, mais pas seulement : "On sort plus tôt. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a aussi, même parmi les enfants, même dans les écoles, dès qu'il y a des fêtes, des rencontres, des anniversaires, et bien, systématiquement, la musique est très forte et je suis sûr que ça peut jouer aussi un rôle", estime Marie-Paule Thill.

La seule protection qui est efficace est de baisser le volume

L'ORL rappelle que, "dans le monde du travail, on peut être exposé à 80 décibels pendant 8 heures par jour. Et chaque fois que l'on augmente l'intensité de 3 décibels, il faut diminuer l'exposition de moitié. Donc, à 83 décibels, on ne peut plus rester que pendant 4 heures et 86 décibels, on ne peut plus rester que pendant 2 heures".

Sachant que dans un concert, le son atteint les 105 décibels, il ne faudrait, selon elle, ne pas rester plus longtemps qu'une chanson sous peine d'abîmer ses oreilles. "Et les bouchons ne sont qu'une protection relative, parce qu'il faut déjà les mettre correctement et qu'ils correspondent au volume du conduit, etc. Et souvent, on nous dit que cela protège entre 25 et 30 décibels, mais la réalité montre que cela protège entre 10 et 15 décibels, pas plus. Finalement, la seule protection qui est efficace est de baisser le volume".

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