Deux poids, deux mesures : le secteur événementiel dénonce

"The Sound of Silence", c’est d’abord une célèbre chanson de Simon & Garfunkel. Mais c’est aussi devenu, cet été, un appel à l’aide lancé par le secteur événementiel. Ce jeudi 27 août, le mouvement Sound of Silence organisait une action "flight case" (du nom de ces valises à roulettes employées pour transporter du matériel audiovisuel) en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre. Celle-ci a eu lieu dans plusieurs grandes villes en même temps. Des acteurs du secteur ont fait office de figurants afin de dénoncer la situation dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui. Thibaut Nève, artiste, comédien et metteur en scène, était ce jeudi l’invité de Matin Première pour en parler.

"L’événementiel, dans la crise d’aujourd’hui, continue à être mis sous pression, alerte-t-il. Il y a vraiment beaucoup de misère professionnelle. C’est un secteur où il y a 80.000 emplois et qui a du mal à se relancer. Les perspectives qu’on nous annonce ne sont pas très réjouissantes non plus."

Dans ce contexte, "on a dû inventer de nouveaux métiers, poursuit Thibaut Nève. […] Nous sommes des professionnels, nous avons une expertise, nous sommes capables, comme n’importe qui, de gérer du nombre. Nous avons toute une série de manières de travailler qui sont tout au moins équivalentes que le monde des transports par exemple. On ne se sent vraiment pas écoutés ni respectés dans notre expertise. C’est ça qui est le plus frustrant".


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Autre motif de frustration : l’impression d’un deux poids deux mesures dans les mesures imposées pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Un avis résumé par Patrick Colpé, le directeur du Théâtre de Namur, qui demandait ce mercredi que son théâtre "soit traité comme un Boeing A380".

Thibaut Nève est du même avis. La règle annoncée par le Conseil national de sécurité fin juillet imposant 100 personnes maximum à l’intérieur et 200 personnes à l’extérieur a été vécue comme "une gifle". D’autant que "le 8 juin, on nous annonçait 800 personnes. Vous vous rendez donc compte qu’il faut vraiment s’adapter. Et puis, on nous dit que ça va être au cas par cas avec les bourgmestres. Et hier, Bénédicte Linard [La ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, NDLR] dit qu’elle a négocié un mètre. Ah bon ? On croyait qu’il fallait négocier avec les bourgmestres."


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Cette distance ramenée à un mètre est loin de satisfaire tout le monde dans le secteur événementiel. "Dans une salle de 500 personnes, ça ne va toujours faire que 250-300 places occupées. Il y a, tant dans l’événementiel que dans la culture, des gens qui ont besoin de 90% ou de 100% de remplissage."

Pas facile non plus de s’organiser dans de bonnes conditions quand les règles changent de semaine en semaine, argumente Thibaut Nève. "Un gros événement se décide trois mois ou six mois à l’avance, et si on change une règle trois ou quatre semaines avant, c’est déjà la catastrophe. On a donc besoin d’un plan d’accompagnement et de soutien. On se fédère et c’est formidable qu’il y ait des actions au niveau fédéral, parce que c’est très neuf. Donc ça, c’est l’aspect positif. Mais le négatif, c’est qu’on a vraiment besoin d’un accompagnement du monde politique."

JT du 27/08/2020 – Arts : le monde culturel toujours en ébullition

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