Le Scan : bières et fromages "d'Abbaye", produits locaux ou pas ?

Le scan: bières et fromages "d'Abbaye", produits locaux ou pas?
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Le scan: bières et fromages "d'Abbaye", produits locaux ou pas? - © Tous droits réservés

Consommer un produit local issu d’un circuit court, c’est un gage de qualité et de respect de l’environnement. Mais certaines marques brouillent parfois les pistes à grands coups de marketing, faisant passer des produits industriels pour des produits locaux. Le scan s’est ainsi intéressé aux bières et aux fromages dits "d’Abbaye". Alors, produits locaux ou pas ?

Pour y voir plus clair, nous avons pris contact avec l’abbaye de Maredsous, dont le nom est associé au fromage et à la bière depuis la fin de la seconde guerre mondiale. "En Belgique, seules les bières trappistes sont brassées à l’abbaye même, précise d’emblée Bernard Lorent, Père abbé de Maredsous. Les autres bières dites "d’abbaye" sont en réalité produites par des brasseries industrielles. Bien souvent ce sont elles qui s’adressent aux abbayes pour leur demander l’autorisation d’utiliser leur nom à des fins commerciales."

La bière de Maredsous ne déroge pas à la règle. Depuis son invention par un moine, en 1947, elle n’a d’ailleurs jamais été brassée à l’abbaye. "A l’époque, il y avait une loi qui interdisait de produire de la bière à moins de 800 mètres d’une école, rappelle Bernard Lorent. Comme l’abbaye est à proximité du Collège Saint-Benoît, les moines se sont adressés à un brasseur de Couvin pour contourner le problème".

Des critères plutôt souples

Aujourd’hui, les trois bières de la gamme Maredsous sont produites par la brasserie industrielle Duvel-Moortgat, basée à Breendonck. Et pourtant, il s’agit bien de bières d’abbaye si l’on s’en tient aux critères à respecter pour obtenir ce label. "En Belgique, explique le père abbé Bernard Lorent, pour être reconnu comme une bière d’abbaye, il faut simplement être rattaché à une abbaye vivante ou morte et consacrer une part des bénéfices à l’entretien ou à la rénovation de l’abbaye ainsi qu’à des œuvres sociales."

Si l’abbaye de Maredsous ne dispose pas de sa propre brasserie elle possède bien une fromagerie à l’arrière du domaine. Une ancienne ferme où vit une petite bactérie qui donne ce goût unique au fromage. "C’est ici qu’il est affiné pendant 25 jours, avant d’être distribué dans le commerce, précise le père abbé. Mais le lait avec lequel nous le fabriquons vient de France."

C’est que le fromage de Maredsous appartient aujourd’hui au groupe BEL, une multinationale présente dans 130 pays qui commercialise 25 marques de produits laitiers à travers le monde, comme Babybel, La vache qui rit, Leerdammer, Boursin, etc. "Les fromages affinés Maredsous sont en fait produits à Cléry-le-Petit, dans l’est de la France, explique la responsable de la communication pour le Groupe BEL. C’est pour cette raison que le lait utilisé est collecté dans l’est de la France, auprès de producteurs locaux installés à proximité du site. Mais c’est bien à Maredsous qu’ils forgent leur caractère, car dès que le lait est devenu fromage, nous l’acheminons pour qu’il puisse être affiné sur place, en cave."

Bien lire les étiquettes

Dans ces conditions, peut-on encore parler d’un produit de terroir ? "Bien sûr que oui, affirme sans hésiter le père abbé de Maredsous. Le lait ne vient pas d’ici mais le fromage est affiné dans nos caves avec de l’eau puisée dans le sous-sol de l’abbaye. Et s’il a ce goût unique c’est grâce à une flore qui n’existe nulle part ailleurs que dans nos caves. Ce procédé est, de plus, réalisé par de la main-d’œuvre 100% locale."

Mais tous les produits commercialisés sous la marque Maredsous ne peuvent pas se targuer de cet ancrage local. Le fromage à tartiner de la même marque, par exemple, est lui fabriqué… en Slovaquie ! De quoi semer la confusion dans l’esprit du consommateur. Et pourtant, il n’y a là rien d’illégal. "L’origine de ce produit est bien mentionnée sur l’emballage comme l’exige la législation européenne en la matière, explique Philippe Mattard, le directeur de l’Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité (APAQ-W). Même si c’est effectivement écrit de façon discrète. C’est pourquoi nous invitons les consommateurs à bien lire les étiquettes des produits qu’ils consomment, s’ils tiennent à favoriser l’agriculture de proximité et les circuits courts."

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