Le risque d’être frappé par un astéroïde est-il vraiment plus important que celui de mourir du coronavirus ?

Depuis plusieurs mois, des informations cherchant à minimiser l’impact de la pandémie voire à contester la vaccination anti-Covid circulent en Belgique. Elles sont véhiculées par des tracts comparant la mortalité du Covid à la probabilité que la Terre soit heurtée par un astéroïde.

Ces tracts sont glissés dans les boîtes aux lettres d’habitants de plusieurs communes bruxelloises, notamment à Woluwé-Saint-Lambert, Woluwé-Saint-Pierre ou, plus récemment, à Evere. Ces informations circulent également sur les réseaux sociaux.

On peut y lire précisément que, "selon la Nasa, la probabilité que la Terre soit frappée par un astéroïde est de 0,040%. La probabilité de mourir de la Covid est de 0,026%. Ne serait-il pas temps de remplacer le masque par un casque ?"… ou encore : "Le centre américain de contrôle des maladies a dû revoir à la baisse de –94% les morts dus au Covid."
Qu’en est-il de ces allégations ? Nous en avons passé quelques-unes à la loupe et elles sont douteuses voire fausses.

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Le risque d’être frappé par un astéroïde est plus important que celui de mourir du Covid ? FAUX

Le risque d’être frappé par un astéroïde serait de 0,040% selon les termes de la brochure distribuée dans les boîtes aux lettres… ou de 0,042% selon un post sur Instagram. Ces chiffres sont attribués à l’agence spatiale américaine.


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Si l’on cherche cette information sur le site de la Nasa, elle n’apparaît qu’en référence à l’astéroïde 2018VP1 observé depuis 2018. Dans un tweet daté du 23 août 2020 d’ailleurs, l’agence américaine indique que l’astéroïde, de petite taille, ne représente pas de menace pour la Terre et qu’il n’a que 0,41% de chances de pénétrer dans l’atmosphère.

Ces données, publiées consécutivement par plusieurs médias anglo-saxons, concernent spécifiquement l’astéroïde observé ; point de statistiques globales sur la possibilité d'un impact d'un astéroïde avec la Terre mentionnant cette probabilité de 0,41%.

Quant à la "probabilité de 0,026% de mourir du Covid", il faut la prendre avec beaucoup de précaution parce qu’elle varie en fonction de multiples facteurs : l’âge, le sexe, les facteurs de comorbidité, etc. Ainsi, une personne de plus de 75 ans atteinte d’un problème cardiaque ou diabétique aura plus de risques de développer une forme grave de Covid-19 et d’en mourir qu’un jeune de 15 ans en pleine forme.

À ces nuances, il faut ajouter que tous les cas de Covid-19 ne sont pas connus, pour diverses raisons : les tests ne sont ni généralisés ni obligatoires, les cas asymptomatiques peuvent passer sous les radars, les experts n’ont pas toujours le recul nécessaire, etc. Bref, il est très difficile, voire impossible, en Belgique ou ailleurs, d’établir un taux de mortalité du Covid-19 se rapportant à l’ensemble de la population.

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Un cas Covid ne signifie pas malade ou hospitalisation : VRAI

Une personne peut contracter le SARS-CoV-2 et ne pas être malade et, a fortiori, ne pas être hospitalisée. Elle est asymptomatique c’est-à-dire qu’elle ne présente aucun des symptômes habituellement attribués au Covid-19 comme la fièvre, la toux, les douleurs musculaires voire les difficultés respiratoires.

Sciensano a ainsi analysé les données propres à la campagne de tests réalisée entre avril et mai 2020 dans les établissements de soins de longue durée. 280.000 tests ont été effectués auprès des résidents et du personnel. 3% d’entre eux étaient positifs pour le SARS-CoV-2. Sur ces 3%, les trois quarts étaient asymptomatiques au moment du test. Une proportion importante qui appelle à la vigilance puisque les personnes asymptomatiques peuvent transmettre le virus.

Dans son analyse publiée le 14 juillet toutefois, Sciensano apporte quelques nuances. Les autorités sanitaires précisent qu’il ne s’agit pas d’une étude clinique et que les données doivent être interprétées avec nuance car les indications sur les symptômes sont exactes au moment du test mais il n’y a pas d’informations sur les symptômes avant et après celui-ci.

D’autres publications font état de 40% voire 50% d’asymptomatiques. Quoi qu’il en soit, il est exact de dire que le nombre de personnes asymptomatiques constitue un pourcentage important des porteurs du SARS-CoV-2 susceptibles de transmettre la maladie. Il faut y ajouter les présymptomatiques (personnes qui vont développer la maladie mais ne présentent pas encore de symptômes).

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Le centre américain de contrôle des maladies (CDC) a dû revoir à la baisse de 94% les morts dues au Covid : FAUX

Le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) n’a pas revu le nombre de morts liés au Covid à la baisse de 94% comme l’affirme le tract distribué dans certaines boîtes aux lettres en Belgique. Le CDC a par contre mis en corrélation une liste reprenant les morts du Covid-19 et les maladies dont souffraient ces personnes avant leur décès. 

En d’autres termes, le centre américain a pointé les comorbidités liées au Covid-19 et a indiqué que 94% des personnes mortes du Covid-19 présentaient des comorbidités et que 6% des décès avaient pour cause unique le Covid-19 (sans facteur de comorbidité).


►►► À lire aussi : La définition des comorbidités en Belgique


Il est intéressant de noter que cette manipulation douteuse des chiffres a été utilisée par l’ancien président américain Donald Trump lors de la dernière campagne pour l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Elle a également été largement diffusée par les sphères complotistes pro-Trump parmi lesquelles QAnon. Selon ce groupe conspirationniste, les Etats-Unis sont dirigés depuis des décennies par l' "Etat profond" (deep State), une organisation secrète qui rassemble des élites mondiales impliquées dans des réseaux pédophiles."

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Un éditeur… pas responsable ?

Toutes les assertions contenues dans la brochure ne sont pas fausses, ce qui contribue à semer le doute chez le lecteur. Si telle phrase est juste en effet, pourquoi mettre en doute le reste ? La manipulation n’est pas loin puisque la plupart des autres assertions sont fausses et sont assénées comme des vérités qui ne souffrent d’aucune contestation.

À côté des affirmations erronées que contient la brochure, deux indicateurs supplémentaires doivent inciter à la prudence : le code QR et l’absence de la mention "éditeur responsable".

Quand on scanne le code QR, celui-ci renvoie vers un document Google. Mais il est impossible de savoir vers quelles informations celui-ci redirigeait : le lien a été bloqué par le géant de l’informatique car il enfreignait ses conditions d’utilisation. Un élément qui appelle encore à la méfiance vis-à-vis de la publication.

Quant à l’éditeur responsable, il n’apparaît nulle part sur le tract alors qu’il s’agit pourtant d’une obligation légale. Les articles 299 et 300 du code pénal belge y font explicitement référence. Ainsi, si l’expression est libre, l’article 299 du Code pénal stipule toutefois que toute personne ayant sciemment contribué à la publication ou distribution d’imprimés quelconques dans lesquels ne se trouve pas "l’indication vraie du nom et du domicile de l’auteur ou de l’imprimeur sera punie d’emprisonnement ou d’une amende".

La brochure signalée au Centre de Crise

Plusieurs citoyens ont spontanément alerté le Centre d’Information et d’Avis sur les Organisations Sectaires Nuisibles (CIAOSN) sur la circulation du tract, en décembre déjà.

"Nous avons analysé le toute boîtes et celui-ci comporte en effet des informations erronées. On peut notamment y découvrir de fausses informations à propos du Centre américain de contrôle des maladies, voire des informations critiques à propos de la vaccination anti-Covid", poursuit la directrice du CIAOSN Kerstine Vanderput. Fort de cette recherche, un signalement a été rédigé et le CIAOSN a alerté les autorités compétentes, fédérale et locales.

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