Le retour du froid a-t-il perturbé nos abeilles? Petit tour en Wallonie et à Bruxelles

Le retour du froid a-t-il perturbé nos abeilles ? petit tour en Wallonie et à Bruxelles
Le retour du froid a-t-il perturbé nos abeilles ? petit tour en Wallonie et à Bruxelles - © Tous droits réservés

La question a été posée dans les médias en France, il y a quelques jours : avec un retour d’une vague de froid et le gel intense que nous avons connu ces derniers jours, les apiculteurs n’ont pas toujours eu le temps de protéger leurs ruches... Ont-ils perdu leurs colonies ?

En France, les médias avancent des chiffres inquiétants. "Les abeilles meurent par milliers, victimes de cette nouvelle vague de froid. Certaines exploitations ont perdu la moitié de leurs effectifs, d’autres ont été décimées jusqu'à 80%. Une catastrophe pour les apiculteurs, d’autant plus que les ruches ont été fragilisées ces dernières années par les insecticides et les attaques de frelons asiatiques", écrit BFM TV.

Qu'en est-il en Belgique ? Nous avons posé la question à des apiculteurs ou des spécialistes du secteur.

Georges Dejalle Caro est apiculteur en Ardenne. Ce passionné possède plusieurs ruchers et parraine une vingtaine d’apiculteurs un peu partout en Wallonie. Pour lui, l’hiver et la vague de froid récente n’ont pas eu beaucoup d’impact sur ses colonies : "Je viens de contrôler mes ruches et je dois avoir 5% de perte seulement. Mon secret c’est d’élever une race d’abeille locale bien adaptée à son milieu naturel. Pour moi, les pertes importantes dont on parle ailleurs sont dues essentiellement au brassage des races d’abeilles… Les apiculteurs veulent de la douceur (dans le comportement des abeilles, ndlr) et les croisent donc pour cela. Mais en faisant cela, on perd en résistance".

Georges se dit original dans sa façon d’appréhender l’apiculture : "Je respecte le cycle de vie des abeilles, j’élève mes propres reines et les abeilles sont fécondées naturellement par les faux-bourdons, je les nourris au miel et je suis même petit à petit en train de remplacer les traitements chimiques contre le varroa (un parasite qui décime les colonies, ndlr) par un traitement à l’eau florale".

Vous savez, l’apiculture c’est un grand travail de recherche constant

Autre coup de sonde, chez Michel Hanuise, un apiculteur de Spiennes dans la région montoise. Michel s’occupe, avec d’autres, du rucher école de Mons et il est donc en contact avec une quarantaine d’apiculteurs de sa région. Ils signalent une mortalité normale de 10 à 15%. Pour lui, la grande différence avec la France, c'est que "dans le sud de l'Europe, les abeilles se réveillent plus tôt que chez nous, et cela a dû beaucoup influer sur les taux de mortalité constatés. Chez nous, les abeilles se réveillent plus tard, il faut que la température moyenne soit entre 8 et 10 degrés pour que les abeilles commencent à butiner". Ici aussi Michel est convaincu qu’il faut travailler avec des espèces locales comme l’abeille noire, présente chez nous depuis des milliers d’années.

Michel pointe également des différences dans le type d'apiculture pratiquée chez nous et chez nos voisins. "Dans le sud de l’Europe, les apiculteurs ont une démarche productiviste, ils vivent de leur production. Ici en Wallonie, a une ou deux exceptions près, l’apiculture est un loisir. Et vous savez, c’est pour cela qu’il est souvent difficile pour nous de nous faire entendre des autorités face par exemple au problème des pesticides."

Nous ne sommes pas une économie, nous sommes un plaisir

Hubert Guerriat, un autre passionné qui possède des ruches à Philippeville et Virelles, dans la botte du Hainaut, n’a pas encore effectué ses premières visites de la saison. Mais il constate que l’activité de ses abeilles démarre seulement ces jours-ci. Quand on lui parle de la France : "Vous savez mes abeilles, elles savent qu’elles ne doivent pas s’énerver en mars, elle attendent le printemps".

Pour Hubert, quand on parle de mortalité on évoque souvent en premier les pesticides ou les attaques du varroa, mais il insiste aussi sur le choix de la variété d’abeille choisie pour son rucher. "On importe des abeilles du sud de l’Europe, cela augmente la productivité, mais elles ne résistent pas à long terme. Dans la région de Chimay et Momignies, on a fait une étude sur l’abeille noire locale, et l'on a constaté que cette souche d’abeille était même différente de l’abeille noire française. Les autorités ont pris un règlement communal pour préserver cette variété locale". 

Préserver les variétés locales c’est une grande avancée pour nous apiculteurs

Nous terminons notre tour d'horizon à Bruxelles, où se développe le projet BeeOdiversity qui installe des ruches dans diverses villes de Belgique et du monde pour se servir des abeilles comme indicateur de la qualité environnementale.

Le docteur Bach Kim Nguyen est un expert mondialement reconnu de la problématique de la disparition de l’abeille. Il a réalisé un doctorat exclusivement consacré à cette problématique et pour lui "le froid est un facteur qui peut entrer en ligne de compte dans la mortalité des colonies. Les abeilles sont sorties au redoux, elles ont donc consommé la totalité de leurs réserves, sans trouver à se nourrir vu la saison précoce. Le froid revenu, elles sont rentrées à la ruche". 

Il faut donc veiller à vérifier leur stock de nourriture pour éviter qu'elles ne meurent de faim

L'abeille noire, notre abeille locale apis mellifera mellifera (conférence récente en France)

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