Le resto des deux réfugiés syriens à Mons: un exemple non isolé mais trop rare, surtout en Wallonie

Le resto des deux réfugiés syriens à Mons: un exemple non isolé mais trop rare, surtout en Wallonie
2 images
Le resto des deux réfugiés syriens à Mons: un exemple non isolé mais trop rare, surtout en Wallonie - © BRUNO FAHY - BELGA

Notre reportage sur les deux frères réfugiés syriens qui ont ouvert un petit restaurant dans le centre de Mons a suscité énormément de réactions, pour la plupart positives. Après quatre ans en Belgique, Yaman et Amir Bach, originaires d'Alep ont en effet lancé leur propre affaire, dans le domaine de l'Horeca, après un premier emploi dans un autre domaine et une formation.

Un bel exemple d'intégration réussie, qui reste malheureusement l'exception malgré les efforts accomplis ces dernières années.

Une question du député régional Groen Bruno De Lille a en effet permis au ministre de l’Emploi Didier Gosuin (DéFI) de faire le point en région bruxelloise: sur les 5262 demandeurs d’emploi inoccupés inscrits en 2015 et 2016 auprès d’Actiris comme réfugié ONU, 1636 ont travaillé durant au moins un mois au cours de ces 2 années, principalement dans le secteur public, le commerce, l’horeca, mais aussi les soins de santé. Soit un taux d’emploi de 31,1%.

Des disparités régionales importantes

Des résultats à nuancer car, souligne Rix Depasse, spécialiste emploi du CIRE (Coordination et Initiatitives pour réfugiés et étrangers), cela prend souvent du temps pour un réfugié, de trouver un emploi: si le taux des inscrits en 2016 n'est que de 18,8%, celui des inscrits en 2015 grimpe à 36,9%.

"Une recherche universitaire a été menée, sur un corpus complet de 5000 réfugiés inscrits entre 2003 et 2006 suivis pendant 4 ans, et a montré que le taux montait à 50% de taux d'emploi au bout de cette période: il faut parfois un peu attendre".

C'est que les obstacles à la mise à l'emploi sont nombreux mais se lèvent avec le temps: il y a l'apprentissage de la langue, l'absence de réseau social

Un récent article de L'Echo pointait cependant d'importantes disparités: la Flandre affiche à partir de 2015 un taux de sortie à l’emploi salarié de 37,3% sur un an et de 47,7% sur deux ans, un des meilleurs taux d'Europe selon le VDAB, l'organisme flamand pour l'emploi.

Selon le contexte socio-économique de la région

En Wallonie, par contre seuls 20% des primo-arrivants inscrits au Forem en 2015 et 2016 ont trouvé un contrat, 11,7%  une formation, et 41,8% une autre sortie (un chiffre qui prend en compte les maladies, les pensions, mais aussi le travail indépendant). Le taux de sortie à l’emploi après un an y est lui de 25,2%.

Comment expliquer ces disparités? "Il y a d'abord le contexte socio-économique de chaque région, explique Rix Depasse. Il est fatalement plus difficile pour un réfugié de trouver du travail si le reste de la population n'en trouve pas non plus. Puis la Flandre a mis en place depuis 2006 un parcours d'intégration obligatoire, alors qu'il était encore optionnel jusqu'il y a peu en Wallonie, avec des volets langues, citoyenneté et socio-professionnel".

Le parcours va également devenir obligatoire à Bruxelles, même si le Ciré craint que le nombre de places prévues actuellement pour ces parcours ne suffise pas.

Difficultés à faire reconnaître leurs compétences

Restent des obstacles qui sont plus difficiles à lever comme la reconnaissance des diplômes, alors que selon les données relevées, le niveau moyen d'instruction des réfugiés est souvent supérieur à celui de la population globale de leur pays d'origine. "Ce qui n'est pas si surprenant, commente Rix Depasse, car pour partir, il faut une capacité d'organisation mais aussi des moyens".

Ils n'ont pas toujours emporté leur diplôme et leur TFE

Le hic c'est que la procédure d'équivalence est très exigeante et réclame un dossier administratif complet, sur base de pièces justificatives: "Et leur priorité n'a pas toujours été d'emporter leur diplôme ou leur TFE au moment de quitter leur pays" commente Rix Depasse. Il existe bien une procédure de "validation de compétences", mais celle-ci s'applique plus pour les métiers manuels qu'intellectuels.

Enfin, les réfugiés n'ont pas de statut privilégié pour la mise à l'emploi, qui permettrait à une entreprise de pratiquer la "discrimination positive", comme elle peut le faire avec des personnes handicapées, par exemple.

Ce qui n'empêche pas nombre d'entre eux de trouver leur voie, comme Yaman et Amir Bach...

 

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir