Le redoublement en 3ème maternelle: le corps enseignant semble prêt à changer

Illustration - Six institutrices sur dix pratiquent le redoublement en 3e maternelle
Illustration - Six institutrices sur dix pratiquent le redoublement en 3e maternelle - © NICOLAS MAETERLINCK - Belga

Hier, nous mettions en avant une étude de l'ULG qui révèle que le redoublement en maternelle est pratiqué par six institutrices sur dix. Or selon les chercheurs, cette mesure est inefficace et souvent dévastatrice. Dans notre chat de 11h30, l'un d'entre-eux, Florent Chenu a répondu à vos questions.

"Le redoublement est une mauvaise solution à un vrai problème. Simplement 'laisser passer' n'est pas suffisant non plus", explique le chercheur du département Éducation et Formation de l'ULg.

"L'effet d'un redoublement précoce est très néfaste sur le confiance en soi. Il donne l'idée à l'enfant qu'il est moins (intelligent) que ses camarades de classe qui, eux, sont passés".

Quant à savoir si on peut s'opposer à un redoublement en 3ème maternelle, il répond : "La décision de maintenir un enfant revient in fine aux parents. Les enseignants et psychologues fournissent un conseil. Les tests de QI n'ont pas de valeur officielle pour décider du passage ou non en première primaire".

Quelle méthode adopter ?

Florent Chenu conseille, par exemple, de "surtout éviter d'entrer dans les apprentissages formes (pré écriture, déchiffrages) mais travailler sur l'entrée dans l'écrit et le nombre. Des outils mis au point par l'ULB et qui vont être diffusés dans les écoles sont très porteurs".

Et de préciser : "Les jeux, les chansons, les histoires permettent de prendre conscience du fonctionnement de l'écrit (de la syllabation par exemple). C'est plus important que faire des activités de graphies par exemple".

Faut-il impliquer davantage les parents ?

A la question d'un internaute qui se demandait s'il ne fallait peut-être pas développer une sorte de charte, de coopération entres les parents et les enseignants, le chercheur de l'ULg estime qu'"impliquer les parents est possible mais plus difficile que d'impliquer l'élève. Par ailleurs, donner trop de poids aux parents dans la scolarité de leur enfant aboutit à transformer les inégalités sociales en inégalités scolaires".

Un corps enseignant réceptif aux conclusions de cette étude

"Une campagne d'information s'est déroulée depuis la mi-mars (...) Une circulaire va être diffusée dans les écoles après le congé de Pâques pour inviter les équipes à se mettre en projet pour réduire les maintiens et les redoublements. Un dispositif de soutien et de formation sera mis en place à partir de septembre", dit-il.

Et si le travail s'annonce long et difficile, "beaucoup d'équipes accueillent le projet positivement et semblent prêtes à s'investir".

"Apprendre est un phénomène complexe. L'annonce de la réforme de la formation initiale des enseignants permettra peut-être de mieux les armer face à l'ampleur de la tâche", dit-il encore.

"Les directions d'école ont un rôle essentiel à jouer comme l'a mis en évidence la cellule pédagogique du Brabant Wallon. Mais il faut aussi leur laisser le temps et les moyens de s'occuper de pédagogie".

"Le projet 'Décôlage!' vise à faire émerger et se propager de nouvelles pratiques voire de nouvelles normes. C'est l'occasion ou jamais de se mettre en mouvement pour réduire ces redoublements inefficaces et souvent dévastateurs", conclut Florent Chenu.

Par ailleurs, il confirme qu'il y a une réelle volonté politique pour donner les moyens à un enseignement de qualité et cela "malgré le contexte économique difficile. L'idée est de s'appuyer sur le 'déjà-là' et de réinjecter les économies permises par la réduction du redoublement dans les années concernées".

 

C. Biourge

 

 

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