Le réchauffement des océans est plus rapide que ce qui avait été anticipé

Les océans sont en danger. Leur réchauffement est de 40% plus rapide que ce qui avait été anticipé il y a peu et certains changements pourraient être irréversibles. C’est la conclusion du dernier rapport du Programme international sur l’état des océans.

Le rôle des océans est pourtant essentiel à la survie de la planète comme en atteste Marielaure Grégoire, professeure, chercheuse et océanographe à l’Université de Liège. "D’abord la régulation du climat, puisque les océans absorbent une grosse partie de la chaleur anthropogénique émise à l’atmosphère. Les océans, en raison de leur masse importante et de leur capacité thermique plus importante que l’atmosphère, sont capables d’absorber des quantités de chaleur environ 1000 fois plus élevées que l’atmosphère et ils ont donc absorbé 93% de l’excédent de chaleur qui était dans l’atmosphère, lié aux activités humaines".

De plus, l’océan séquestre également le dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère par l’homme et par les activités naturelles. Celui-ci se dissout dans l’océan. "Par ces deux actions, donc par l’absorption de l’excédent de chaleur et par l’absorption du dioxyde de carbone, l’océan est un acteur majeur de la régulation de notre climat".

Seuil d’alerte

Si cela fait déjà plusieurs années que les experts s’alarment du réchauffement des océans, le nouveau constat de l’IPSO révèle que l’accélération du réchauffement océanique dépasse de 40% les prévisions les plus pessimistes qu’avançaient les experts il y a seulement cinq ans. "Ce qui a été fait dans cette étude, c’est qu’on a un peu révisé l’excédent de chaleur qui est accumulé par les océans", explique Marielaure Grégoire. "Pour estimer l’impact du réchauffement climatique sur nos océans, soit on regarde l’évolution de la température de la masse d’eau, soit on estime la quantité de chaleur. Ici, dans les dernières années, on a eu de nouvelles observations, des millions ou des milliards d’observations qui sont délivrées par les flotteurs Argo".

Les flotteurs Argo sont des bouées immergées dans l’océan, à 2000 mètres de profondeur et qui remontent régulièrement. En remontant, elles prennent des données de température, et une fois en surface, renvoient alors ces données vers la Terre par satellite. En utilisant ces nouvelles données des 3000 flotteurs Argo déployés dans l’océan depuis les années 2000, les scientifiques ont révisé la quantité de chaleur qui avait été absorbée par les océans, démontrant ainsi qu’ils l’avaient auparavant sous-estimée.

Huit actions prioritaires

Par rapport à ces chiffres, on parle ainsi d’un seuil d’alerte dépassé pour les océans. "On a battu un record encore cette année avec la fonte de la banquise et la fonte de la calotte polaire au Groenland", dénote Marielaure Grégoire. "Ce sont des milliards de tonnes de glace qui se détachent des calottes polaires. Le mois de juillet a donc été un record mais chaque année est un peu une année record en été au niveau du minimum d’extension de la banquise et de la fonte de la calotte polaire. Ça va aussi avoir des conséquences, et notamment directement sur le niveau de la mer, qui va finalement augmenter beaucoup plus vite que ce qu’on avait craint. C’est un facteur quasi 10 dans l’augmentation chaque année du niveau de la mer, et par rapport à ce qu’on avait craint, on est plus ou moins à trois millimètres rien qu’en raison de la fonte des eaux du Groenland".

L’étude de l’IPSO pointe huit actions prioritaires à mettre en avant pour pouvoir s’en sortir par rapport à ce réchauffement océanique. "On va notamment essayer de préserver la santé des océans en limitant le réchauffement climatique mais aussi en réduisant la pollution, et notamment l’eutrophisation, qui est l’accumulation de matière organique dans la zone côtière et qui est liée à l’utilisation d’engrais dans l’agriculture", précise Marielaure Grégoire. "Il y a donc cette gestion de la pollution mais aussi le traité de gestion de la biodiversité en haute mer, qui est discuté et qui doit théoriquement voir le jour en 2020. Ce traité a pour but de gérer les zones de biodiversité importantes qui sont en haute mer, parce qu’on exploite aussi de plus en plus la haute mer, avec la pêcherie par exemple, et on envisage aussi l’exploration minière de l’océan profond. On doit avoir des traités solides qui doivent être nourris par une science d’excellence et je pense qu’il y a de plus en plus une concertation entre les différentes parties prenantes — le monde scientifique, le monde politique, etc. — pour essayer de faire des traités solides et des traités avec vision à long terme".

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