Le réchauffement climatique est-il responsable du gel tardif des cultures ?

Souvenez-vous. Fin mars, nous venions de dépasser un record de température : 22,7 °C à Uccle. Une première depuis 1968. Mais voilà qu’une semaine plus tard, une période de gel tardif succédait aux températures anormalement élevées. Mauvais timing : les bourgeons avaient déjà pointé le bout de leur nez. Cela n’a désormais plus rien d’exceptionnel. Mais quelle est donc la part du réchauffement climatique dans ce genre de phénomène ?

C’est la question à laquelle le World Weather Attribution a décidé de répondre. Des scientifiques français, allemands, néerlandais et anglais se sont réunis autour de cette question du lien entre gel tardif et réchauffement climatique.


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Ces experts se sont intéressés au cas français, plus précisément à celui du centre de la France. Cette région riche en vignobles a fortement été impactée par le gel tardif. "Probablement la plus grande catastrophe agronomique de ce début du 21e siècle", selon le ministre français de l’Agriculture. D’après lui, le tiers de la production viticole française aurait été impactée.

Selon les conclusions de l’étude publiée ce mardi, le changement climatique serait bien le responsable. Ce réchauffement augmenterait de 40% la probabilité qu’une vague de froid ne survienne pendant la période de bourgeonnement.

Des températures nettement moins basses

Qui dit réchauffement climatique dit tout d’abord hausses des températures. "Les jours de gel et les vagues de froid sont de moins en moins fréquents aux latitudes nord", expliquent les chercheurs. Sans le changement climatique, le mois d’avril aurait d’ailleurs connu des températures plus basses de 1,2 °C.

A l’ère préindustrielle, nous aurions donc connu une période de gel encore plus importante. "Le changement climatique a rendu les températures de l’événement observé moins basses qu’elles ne l’auraient été sans la combustion de combustibles fossiles au cours des derniers siècles", explique-t-on dans l’étude. Alors quelle est la part de responsabilité du réchauffement climatique dans le gel tardif, puisqu’il aurait quand même eu lieu ?

Début précoce de la saison de croissance

Le problème, c’est que le réchauffement climatique bouscule les saisons. Les hivers sont plus doux et le réveil de la nature se fait plus tôt. En Belgique par exemple, "le cycle de croissance des végétaux est avancé de 1 semaine à 15 jours", peut-on lire sur la Cellule d’information agriculture.

Désormais donc, les épisodes de gel tardif surviennent alors que les plantes sont déjà en train de fleurir. Avant les années 2000, le gel survenait lorsque les plantes étaient encore à un stade de croissance où elles pouvaient se défendre, explique la Cellule d’information agriculture.


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"Le changement climatique provoque un début plus précoce de la saison de croissance, ce qui signifie que les dommages causés par le gel aux jeunes feuilles sont devenus plus probables", établit-on dans l’étude.

Les bourgeons sont exposés à "des conditions plus hivernales, avec des températures minimales plus basses, et des nuits plus longues." Inutile de dire que les conséquences sont alors désastreuses pour les cultures.

Un risque de plus en plus probable

A l’avenir, ce phénomène de gel tardif risque de s’intensifier. D’après le World Weather Attribution, si le réchauffement climatique se limite à 2 °C, les épisodes de gel en période de croissance semblables à ceux d’avril 2021 "devraient s’intensifier d’environ 0,2 °C à 0,5°".

Les dommages causés par le gel tardif rejoignent donc la liste des conséquences coûteuses du changement climatique sur les cultures. L’industrie agricole est donc loin d’en avoir fini avec le réchauffement du climat.

Réchauffement climatique: JT 15/06/2021

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