Le réchauffement climatique est-il à l'origine des pluies intenses de ce printemps 2016?

De nombreux orages violents et pluies diluviennes ont touché le pays, peut-on y voir une conséquence du réchauffement climatique?
De nombreux orages violents et pluies diluviennes ont touché le pays, peut-on y voir une conséquence du réchauffement climatique? - © Wikimédia Commons

De la fin mai jusqu'à ce 7 juin, une bonne partie du territoire belge a essuyé pluies diluviennes et orages grondants.

Considérant la quantité totale de précipitation tombée durant le mois de mai et en ce début de mois de juin, ces pluies n'ont pas été exceptionnelles. C'est plutôt leur intensité qui était hors-norme. Durant les plusieurs jours d'inondation, le scénario était souvent le même : un orage violent éclate, des trombes de pluie se déversent très localement, entraînant une crue soudaine, de gros débordements et parfois, des écoulements de boue. Le tout sur un laps de temps très court, comme en témoignent ces habitants du Tournaisis.

Différencier climat et météo

Les experts du GIEC et autres climatologues l'annoncent depuis un bout de temps : le réchauffement climatique s'accompagne d'une augmentation dans la fréquence et l'intensité des événements climatiques extrêmes.

Alors, peut-on lier un événement ponctuel, dans le temps et l'espace, à une notion très globale comme le changement climatique? Non. La météo, c'est-à-dire le temps qu'il fait chaque jour, est un concept différent du climat, aka le temps qu'il fait normalement durant une période donnée (assez longue).

Il serait donc plus cohérent de se demander si les pluies intenses de ces derniers jours font partie d'une série d'événements climatiques extrêmes, qui peuvent être liés au réchauffement climatique. Ce que fait Jean-Pascal Van Ypersele dans un tweet empreint de prudence scientifique:

Considérer les données sur le long-terme

Il faut donc prendre de la hauteur, et se demander si ces précipitations étaient en effet extrêmes (d'un point de vue scientifique, car elles étaient en effet extrêmes pour les personnes qui en ont subis les conséquences), et si ce type d'événement s'est répété "plus que la moyenne".

La relation entre température et précipitation est complexe, mais certaines lois physiques restent immuables. Ainsi, plus il fait chaud, plus il y aura d'évaporation… et donc de précipitations.  Les scientifiques admettent généralement que pour 1°C d'augmentation de température, on observe 7% vapeur d'eau en plus dans l'atmosphère, l'air pouvant "absorber" plus d'humidité.

Un article de la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte a repris quelques travaux scientifiques se penchant sur les records de précipitation en France. Il en est ressorti, pour plusieurs d'entre eux, que la fréquence de précipitations extrêmes a significativement augmenté durant ces dernières décennies, et que l'Île de France reçoit 15% de pluie en plus que la moyenne du XIXe siècle.

Une étude de 2015 de l'Institut de Potsdam pour la recherche sur le climat (PIK) a détecté une nette tendance à la hausse des jours marqués par des phénomènes de précipitations extrêmes. Dans leur conclusion, les chercheurs précisent qu'alors que les records de précipitation entre 1901 et 1980 peuvent être expliqués par une variabilité décennale naturelle, ce n'est plus le cas pour ces trente dernières années. Les records de précipitation ont augmenté en accord avec la hausse des températures : 12% sur la période 1981-2010.

Ces quelques jours de pluie abondante et soudaine font-ils partie des événements liés au réchauffement climatique? Seule une étude englobant des données sur le long-terme pourrait nous le dire… Mais de nombreuses études portant sur le sujet vont dans cette direction.

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