Le rapport WWF sur la biodiversité en Belgique : stable mais peut mieux faire. Nous venons de loin

La forêt Saint-Michel de Freyr, une gestion modèle de sa biodiversité
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La forêt Saint-Michel de Freyr, une gestion modèle de sa biodiversité - © Tous droits réservés

"J’entends le loup, le renard et la belette", nous dit la chanson. Le Belge pourrait reprendre ce refrain à son compte. Depuis peu, des espèces emblématiques telles que le loup et la loutre ont fait leur retour sur notre territoire. Est-ce le signe que notre biodiversité se porte mieux ? Ne triomphons pas trop vite. Un index Planète Vivante (IPV) belge a été calculé pour la première fois. Il est le fruit d’une collaboration entre le WWF, Natagora, Natuurpunt, et l’Institut royal des sciences naturelles. Cet IPV mesure la variation moyenne de la taille des populations de 283 espèces d’oiseaux, de mammifères, d’amphibiens, de reptiles et d’insectes en Belgique depuis 1990 jusqu’à 2018.

La biodiversité belge se porte mieux que la biodiversité dans le monde

Alors que la biodiversité décline de façon alarmante au niveau mondial (-60% selon le dernier rapport Planète vivante)indice IPV de la Belgique, indique une hausse moyenne +5,7%, soit + 0,2% par an pour la période 1990-2018 et une stabilité ces 10 dernières années. Pas de perte de biodiversité alarmante en Belgique comme dans le reste du monde. Cependant, la suite de l’analyse montre qu’il faut nuancer cette tendance générale en fonction des groupes d’espèces et des habitats.

Belgique, petit pays mais grande diversité d’habitats

La Belgique est un petit pays mais elle présente une grande diversité d’habitats et d’espèces. Les experts évaluent entre 52.000 et 55.000 les espèces existant sur notre territoire. Leurs types d’habitats sont très variés : forêts de feuillus et de conifères, pâturages, landes, tourbières, zones humides, lacs et rivières ainsi que les écosystèmes de la mer du Nord. Parmi ces habitats, nombreux sont ceux qui présentent non seulement une grande importance pour la biodiversité en Belgique, mais aussi un intérêt à l’échelle européenne, comme les Bancs de Flandre en mer du Nord, les hêtraies-chênaies en Flandre et les marais d’Harchies. Certains habitats sont même devenus particulièrement rares en Europe, comme les dunes côtières, les tourbières hautes et les pelouses calcaires.

Les espèces des zones agricoles en net recul

Pour explorer de façon plus approfondie les dynamiques se cachant derrière l’IPV national, des index ont également été calculés par grand type d’habitat. L’IPV enregistre ainsi une forte baisse pour les oiseaux spécialistes des zones agricoles (-60,9% sur la période 1990-2018).

Antoine Lebrun, directeur WWF Belgique nous décrypte ces chiffres : "En ce qui concerne la chute des espèces des habitats agricoles, elle est essentiellement due à l’usage massif des pesticides. La biomasse d’insectes diminue considérablement et du coup, il y a moins à manger pour des espèces comme les oiseaux. Il y a aussi une destruction du maillage de l’habitat que sont les haies, de plus en plus rares dans nos campagnes et pourtant zone refuge primordiale pour les animaux de nos campagnes".

La forêt, temple de la vie sauvage menacée par le changement climatique et la multiplication des herbivores.

600.000 hectares de forêts couvrent le territoire belge (environ 20% de la superficie du pays dont une grosse partie 80% se trouve en Wallonie).

Entre 1990 et 2018, l’IPV des forêts belges a reculé de 26,6%. 17 espèces affichent une tendance à la baisse, 13 espèces une tendance à la hausse et sept espèces une tendance à la stabilisation. En Flandre, l’IPV des forêts montre une tendance stable, en Wallonie, en revanche, l’IPV des forêts diminue de 1,2% par an. Pour un certain nombre d’oiseaux, comme le loriot d’Europe, la situation apparaît particulièrement problématique. La population du cuivré de la verge d’or, une espèce de papillon, connaît également une forte diminution. Plusieurs éléments doivent être pris en compte afin de tenter d’expliquer cette diminution de l’IPV des milieux forestiers, comme nous l’explique Antoine Lebrun, Directeur du WWF Belgique : "Nous n’avons pas de certitude quant aux causes de cette baisse. Néanmoins, nous observons que deux éléments ont changé au cours des 20-30 dernières années et qui sont des facteurs qui fragilisent la forêt. Il y a d’abord le changement climatique avec sa multiplication d’épisodes de sécheresse et puis il y a la population des herbivores a considérablement augmenté. On parle d’un triplement pour les sangliers. Résultat, ça crée un déséquilibre faune-flore qui rejaillit négativement sur d’autres espèces."

La forêt de Saint-Michel Freyr un exemple à suivre pour sauvegarder la biodiversité

Toutes les forêts ne sont pas touchées dans la même mesure. Tout dépend de la gestion qui en est faite. Nous nous sommes rendus dans la forêt Saint-Michel de Freyr à Tenneville. 2500 hectares de forêts en plein cœur des Ardennes. Cette forêt domaniale est un véritable éden de biodiversité. Cervidés, sangliers y sont abondants et ils ne sont pas les seuls. Corentin, biologiste au WWF y pose des pièges à photo dans un lieu de passage stratégique.du gibier et de la faune en général. Ces boîtiers déclenchent au moindre mouvement. S’il a déjà filmé de nombreuses hardes de cervidés et de troupeaux de sangliers, il a déjà observé de nombreuses espèces rares également comme le chat forestier ou la cigogne noire. Lorsque nous tendons l’oreille, il n’est pas rare d’entendre le chant caractéristique de la mésange boréale et le toc toc du pic épeiche.

C’est que dans cette forêt, pour éviter le déclin des espèces, des lisières de forêt ont été complètement recréées. Ces lisières, nous explique Stéphane Habras, chef de cantonnement du Département Nature et Forêt de Marche, comprennent des espèces d’arbres comme sorbiers, érables, prunelliers, saules et bouleaux.

"Son intérêt, renchérit Stéphane Habras, est de reconstituer tout un écosystème qui favorise le développement d’espèces d’oiseaux et de papillons que nous ne trouvons plus en forêt."

A d’autres endroits, le Département Nature et Forêt a clôturé des parcelles où poussent de jeunes érables. Son but est de les protéger de la voracité des sangliers et des cervidés mais ensuite aussi, de favoriser la mixité des espèces d’arbres. La forêt de Freyr est une forêt constituée essentiellement de hêtres. D’autres espèces moins sensibles à la sécheresse doivent désormais 'mailler' la forêt de Freyr. " Avec les changements climatiques, nous ne pouvons pas mettre tous nos œufs dans le même sac ", résume Stéphane Habras.

Dans cette forêt, les souches d’arbres morts sont aussi laissées sur place pour nourrir le pic et les mésanges. Un bel exemple de gestion pour éviter de se balader à l’avenir dans une forêt silencieuse.

Les zones humides tirent les premiers bénéfices d’un programme de protection

En revanche, parmi les populations animales étudiées, les espèces liées aux zones naturelles ouvertes et aux zones humides enregistrent, en moyenne, une augmentation pour la période 1990-2018 (de +15% et +47,6% respectivement). En parallèle, on remarque que les populations d’espèces à caractère méridional (du sud) sont plutôt en augmentation (+28,5%), alors que les espèces septentrionales (du nord) semblent se porter moins bien (tendance stable). Ce constat suggère une association entre le changement climatique et l’évolution de la biodiversité en Belgique.. Notre attention portée à la protection de la nature semble, dans certains milieux de vie et pour certaines espèces, porter ses fruits.

Mais cela ne veut pas dire que la biodiversité se porte bien en Belgique. En effet, plusieurs études montrent que la biodiversité en Belgique a connu un fort déclin avant les années 1990, soit avant la période qui a pu être couverte par cette récente étude.. Si l’on pouvait comparer la situation actuelle à celle qu’a connue la Belgique dans la première moitié du vingtième siècle, la conclusion serait probablement que la biodiversité a atteint un niveau historiquement bas.

Les efforts actuels s’avèrent donc insuffisants que pour pouvoir parler d’une véritable inversion de la tendance et d’un redéploiement de la biodiversité en Belgique.

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