Le racisme "ordinaire" plus insidieux et plus fréquent

La mort de George Floyd a un retentissement mondial. Des voix s’élèvent un peu partout pour dénoncer le racisme. On entend encore trop fréquemment des remarques ou des réflexions qui peuvent blesser et qui sont le signe d’un racisme parfois inconscient. C’est ce que l’on appelle le racisme "ordinaire". Deux jeunes Belges ont accepté de nous raconter leur ressenti mais aussi leurs espoirs.

L’autre face du racisme

En voyant les nombreuses manifestations qui ont lieu un peu partout dans le monde, un jeune Bruxellois de 26 ans a décidé de mettre au jour, à sa manière, une autre face du racisme pur et dur qu’on a l’habitude de voir dans les médias.

Bryan Singa raconte avec humour, sur les réseaux sociaux, des situations auxquelles il a été confronté. Dont voici quelques exemples : "S’il n’y avait pas eu la colonisation, vous ne sauriez ni lire ni écrire le français" ; "Si elle ramenait un black à la maison, son père ferait un AVC" ; ou encore, lors d’un dîner d’anniversaire, alors qu’il se lève pour aider, un des invités lui lance : "Je ne savais pas qu’on avait engagé des noirs pour débarrasser".

Brian a décidé de faire un mini-sondage "Raciste – pas raciste ?" sous forme de vidéo, pour connaître l’avis des internautes à propos de certaines réflexions encore très fréquentes dans notre société : "Autour de moi, on n’y croyait pas, alors, grâce à cette démarche, on a pu constater que 10% des gens ne trouvent toujours pas ça raciste […] Dire à un métis  : 'Tu n’es pas vraiment black' ou présenter une personne de couleur en prenant soin de préciser qu’elle a fait l’université, certains estiment qu’il s’agit là d’un compliment".

Une évolution des mentalités ?

Contrairement à d’autres personnes, Brian n’est pas blessé par ces situations et préfère rire et prendre du recul par rapport à ce qu’il estime relever d’un manque de connaissances, d’éducation et d’ouverture d’esprit. Pour lui, la solution passe par l’enseignement dès le plus jeune âge. Mais il est optimiste : "La société change. Pour moi, on est passés d’un racisme structurel et profond à un racisme inconscient, ce qui prouve que des ouvertures se sont créées".


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Pour Wahiba Yachou aussi, l’école, la famille et les médias ont un rôle à jouer dans l’évolution des mentalités. Elle entend encore trop souvent des propos tels que "Ah t’es sympa toi, t’es différente", ce qui signifie, explique-t-elle, "qu’il existe un groupe de personnes comme moi qui n’est pas sympa. Je suis donc probablement entrée dans une 'norme' qui leur plaît".

Face à ces situations de racisme inconscient, elle se dit parfois choquée, mais elle préfère souvent prendre du recul et analyser la situation : "Je me permets de leur dire que ce n’est pas marrant et totalement déplacé. J’essaye aussi parfois de les conscientiser, mais c’est fatiguant […] Trop de gens ne se rendent pas encore bien compte qu’on est tous Belges et qu’on fréquente les mêmes endroits ou qu’on a les mêmes centres d’intérêts". Wahiba vit au jour le jour avec un mécanisme de défense qu’elle s’est façonné "pour que ça ne m’atteigne pas", dit-elle.

Se créer un mécanisme de défense

Elle est bien consciente que d’autres personnes n’ont pas réussi à créer ce bouclier de protection : "Je suis extravertie, mais je sais que, pour certains, c’est trop lourd à gérer. Ils sont affectés et n’ont simplement pas envie de rencontrer d’autres cultures pour ne pas être confrontés à cela. C’est dommage, mais ce sont des mécanismes de défense. J’ai appris à vivre avec. Il y a certaines personnes à qui cela vaut la peine de prendre le temps et d’expliquer".

Pour lui donner plus de chance dans la vie professionnelle, sa mère a décidé de la scolariser en néerlandais à Bruxelles. "J’étais dans une classe qui comptait très peu de gens de ma culture. […] En rue, quand des gens m’insultaient en néerlandais, ils étaient déstabilisés quand je leur répondais dans la même langue. Parce qu’il y avait ce cliché que les gens d’origine maghrébine ne parlaient pas spécialement néerlandais à Bruxelles."

Autant de situations que ces deux jeunes adultes ne vivent pas toujours de la même manière, mais Wahiba et Bryan sont braqués sur l’avenir qu’ils voient de façon optimiste malgré tout.

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