Le Québec ne veut pas que son Cirque du Soleil racheté soit décentralisé

Brandon Pereyda, un membre du Cirque du Soleil, le 26 février 2015 à Las Vegas
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Brandon Pereyda, un membre du Cirque du Soleil, le 26 février 2015 à Las Vegas - © Bryan Steffy

La mise en vente du Cirque du Soleil, icône mondiale des arts vivants, suscite une vive émotion au Québec où la classe politique a demandé jeudi de tout faire pour éviter que l'un de ses fleurons culturels passe aux mains d'intérêts étrangers. Le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a interpellé le fondateur du Cirque, Guy Laliberté, afin qu'il s'assure de conserver à Montréal le siège social de l'entreprise.

Présent sur tous les continents au gré des nombreuses tournées de ses 1300 artistes ou de ses scènes permanentes principalement à Las Vegas, le Cirque du Soleil a sonné la renaissance de ce type de spectacle depuis trois décennies sous la houlette de son fondateur et propriétaire, le Québécois Guy Laliberté.

Mais à mesure d'un succès grandissant, le Cirque du Soleil est devenu une entreprise à part entière avec les risques inhérents des affaires, soit d'avoir des recettes suffisantes pour assurer les charges de ses 4000 salariés et le fonctionnement des chapiteaux.

"En juin dernier, Guy Laliberté a annoncé son intention de trouver un partenaire stratégique. Ce processus est en cours en ce moment et est très long", avait indiqué mercredi Renée-Claude Ménard, directrice des Relations publiques du Cirque du Soleil, sans vouloir confirmer que les offres de rachat devaient être déposées la semaine prochaine.

Le capital de la société de spectacle est détenu à 90% par Guy Laliberté qui a fondé cette célèbre troupe en 1984 évaluée à deux milliards de dollars, le solde étant aux mains de deux fonds d'investissement immobilier de Dubaï.

Le Cirque du Soleil doit rester à Montréal

Guy Laliberté aurait signifié aux acheteurs potentiels son intention de garder uniquement 10% de sa participation actuelle, soulevant des réactions dans tous les rangs de la classe politique demandant le maintien de l'entreprise dans le giron de la province francophone canadienne.

Jeudi, le Premier ministre Philippe Couillard a fait part de son intention de dire à Guy Laliberté "que pour les Québécois, pour le gouvernement et pour l'ensemble des partis politiques (...), il est très important que non seulement le siège social demeure à Montréal, mais que les activités clés, dont les activités créatives, restent à Montréal également". 

Pour le professeur de stratégie à HEC Montréal, Louis Hébert, le pessimisme se ressent. Selon lui, l'obligation de maintenir le siège social à Montréal pourrait en effet faire partie des conditions posées par Guy Laliberté à un éventuel acheteur. Mais il nuance en expliquant que ce n'est pas nécessairement une garantie à long terme. D'après lui, Montréal " va conserver les activités importantes pendant un certain temps, mais progressivement, certaines de ces activités vont déménager.''

Une réussite grâce aux contribuables

La veille, Pierre-Karl Péladeau, fervent indépendantiste et aspirant chef du Parti québécois, a passé "quelques coups de fil" pour demander à des investisseurs de mettre la main à la poche. Milliardaire et ancien patron du groupe de télécommunications et de médias Québecor, Pierre-Karl Peladeau a suggéré que la Caisse de dépôt et placement du Québec, soit le bras armé de l'investissement provincial, participe au tour de table.

Gestionnaire d'entreprises, Pierre-Karl Péladeau estime qu'il existe un risque de déménagement du Cirque du Soleil dans un pays étranger. Généralement "le processus décisionnel est pris là où les dirigeants se trouvent" et les nouveaux propriétaires "vont vouloir rapidement rapatrier le centre décisionnel" car "c'est comme ça que ça fonctionne dans le monde des affaires".

Egalement ancien chef d'entreprise, le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault a estimé qu'"il serait inadmissible que le gouvernement ne participe pas dans les démarches pour trouver un acquéreur québécois".

Philippe Couillard va aussi rappeler à Guy Laliberté que les contribuables sont pour beaucoup dans la réussite du Cirque du Soleil. A son lancement, "c'est beaucoup le gouvernement du Québec de l'époque qui l'a soutenu, donc les contribuables", a relevé Philippe Couillard. En effet, le Cirque du Soleil est né grâce à une aide publique de 900 000 dollars et a reçu des subventions jusqu'en 1992.

RTBF avec Radio Canada et AFP

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