Le projet de privatisation d'une partie des forêts wallonnes est reporté

Le projet de privatisation d'une partie des forêts wallonnes est reporté
Le projet de privatisation d'une partie des forêts wallonnes est reporté - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

Les forêts publiques wallonnes plus facilement vendues à des particuliers ou des investisseurs, ce n’est pas pour tout de suite. La levée de boucliers d’une quinzaine d’associations, essentiellement environnementales, a été entendu par le gouvernement régional, qui va demander le gel d’une proposition de décret pourtant adoptée il y a quelques jours en commission du parlement wallon. Explications.

Sonnette d’alarme

Ce texte co-signé par 4 députés PS et cdH, c'est une modification du Code forestier. Il s’agit, notamment (et pour faire simple), de faciliter la vente de pans de forêts appartenant en partie ou totalement à la région, en donnant les pleins pouvoirs au gouvernement, sans devoir passer par le parlement.

C’est technique, mais en substance, la Wallonie pourrait ainsi se séparer de centaines ou de milliers d’hectares de la forêt d’Anlier, de la forêt de Baudour, de la forêt de la Vecquée à Seraing et Neupré, ou encore de la forêt d’Herbeumont, pour ne citer que quelques exemples.

Idéalement, la région vise des groupements forestiers, pour permettre à des particuliers de faire un placement, tout en dynamisant la gestion de ces bois.

Par contre, pour les associations environnementales qui sont montées au créneau (comme Ecolo...), il y aurait d’une part un objectif inavoué, d’autre part un risque majeur.

"Ca fait des dizaines d’années que la région n’a plus vendu de forêts publiques. Et nous craignons que ce patrimoine devienne une variable d’ajustement du budget régional", explique Lionel Delvaux, d'Inter-environnement Wallonie. "Et puis surtout, les forêts publiques sont gérées de manières beaucoup plus durable. On pourrait perdre tout ça en cas de vente au privé, sans obligations suffisantes en matière de biodiversité et sans garantie de maintien de la fonction socio-récréative".

La majorité bloque son propre texte

"Il faut reconnaître la faiblesse de notre texte actuel", avoue un député de la majorité. Certaines tensions sont même apparues entre les partenaires PS et cdH.

Officiellement, il s’agit d’une initiative parlementaire. Mais l’ombre du ministre régional de la Nature apparaît en filigrane derrière ce projet contesté. C’est d’ailleurs René Collin (cdH) qui a décidé de reprendre la main.

"Je pense qu’il serait souhaitable d’associer davantage le privé à la gestion de la forêt, mais effectivement en restant dans les balises du régime forestier actuel. Je vais donc demander que cette proposition de décret soit suspendue, le temps de la concertation", indique le ministre, face au vent de la contestation. "Mais je suis sûr que cette formule innovante peut apporter une plus-value. Il ne faut pas être fermé à ce type d’évolution, mais il faut que cela soit discuté sereinement pour garantir l’intérêt général".

Voilà donc un ministre qui stoppe le parcours parlementaire d’un texte émanant de sa propre majorité. Une démarche pas banale, à la hauteur des enjeux économiques et sociétaux. En Wallonie, les pouvoirs publics, communes et région, possèdent 48% de cet or vert, soit 265 000 hectares de forêts.

Par contre, on l'aura compris: René Collin semble vouloir temporiser, rassurer, mais sans doute pas reculer.

 

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