Le procès du Musée juif en 15 citations clés

Le procès du Musée juif en 15 citations clés
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Le procès du Musée juif en 15 citations clés - © Tous droits réservés

Les jurés du procès sur la tuerie du Musée juif sont enfermés dans un hôtel, avec la cour. Ils délibèrent. Leur verdict n'est pas attendu avant ce jeudi en fin d'après-midi. Dans leur cellule, Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer doivent égrener les minutes qui passent avant qu’ils ne soient fixés sur leur sort. Ce sont les dernières minutes, les dernières heures d’un procès-fleuve qui aura duré 9 semaines. Un procès d’assises d’envergure avec ses rebondissements, ses coups de théâtre et ses formules qui font mouche. Les assises se définissent par le principe de l’oralité des débats, voici donc un résumé du procès en quelques citations clés.

D.A.S.

C’est LA formule de ce procès. Celle qu’utilise Mehdi Nemmouche dans les auditions filmées qui ont été projetées devant la cour (l’accusé refusant toujours de parler devant la cour, décision a été prise de diffuser ces auditions filmées). Lors de ces interrogatoires, Mehdi Nemmouche répond aux questions des enquêteurs par D.A.S., pour Droit Au Silence, une formule qu’il est très fier d’avoir trouvé.

Il n’y a plus de lunettes, à la place on lui a colorié des billes et on lui a dessiné un pif.

C’est un argument que Me Courtoy, conseil de Mehdi Nemmouche, a régulièrement resservi, en audience ou devant les caméras. Les enquêteurs auraient truqué des images de vidéosurveillance du Musée juif de Belgique afin de les faire correspondre au profil de son client. Pour la défense, Mehdi Nemmouche a été victime d’un complot ourdi par les services secrets libanais et iraniens. La fusillade ne serait pas un attentat mais un assassinat ciblé d’agents du Mossad, à savoir le couple Riva (deux Israéliens victimes de la tuerie). « C’est grave de dire que les policiers font des faux, il faut le prouver », soulignera la présidente de la cour. « Ce qui est grave, c’est ce que je dois constater. Je suis responsable de la vie d’un homme », répondra Me Courtoy. La présidente reviendra ensuite à la charge : « Les accusations sont extrêmement graves. Et pourtant, vous n’avez pas fait de demande de récusation ! Comment expliquez-vous cela ? » Sébastien Courtoy : « On a tout de suite compris que la seule chose qui pouvait nous sauver c’était un jury populaire. Nous attaquons un système : police, procureur… On n’allait pas demander de récuser tout le monde. »

Je l’ai envoyé balader. C’est comme avec une fille : quand tu réponds plus, elle comprend.

Toute la finesse et la subtilité de Nacer Bendrer, le coaccusé, se retrouvent dans cette phrase prononcée lors de son interrogatoire devant la cour. Le Marseillais est accusé d’avoir fourni à Mehdi Nemmouche les armes qui ont servi lors de la fusillade. Il avoue que Mehdi Nemmouche lui a bien commandé une arme mais il assure ne jamais l’avoir fournie, et avoir donc « envoyé balader » Mehdi Nemmouche.

Un peu plus tard, un avocat demande à Bendrer quel usage pacifiste on peut faire d’une kalachnikov. Réponse : « Des vols, des braquages ». La présidente reformule la question pour s’assurer que Bendrer a bien compris la question. Il se reprend et répond : « Rien ».

Soyez patiente.

Ce sont les mots de Mehdi Nemmouche, effrontément adressés à la présidente de la cour d’assises de Bruxelles, Laurence Massart. Appelé à la barre pour son interrogatoire, Mehdi Nemmouche a refusé de parler. Il avait pourtant promis de s’exprimer devant la cour d’assises. Lors d’une autre audience, après l’avoir bombardé de questions restées sans réponse (retour au fameux « D.A.S. »), la présidente finit par lui dire : « Nous sommes à la cour d’assises, c’est le moment monsieur Nemmouche ! » Ce à quoi l’intéressé finit par répondre : « Nous sommes ici jusqu’au 1er mars. Il y a un moment où je m’expliquerai. Ce moment arrivera, soyez patiente. Vous n’êtes pas à équidistance avec les deux parties. Vous avez expurgé tous les témoins de la liste de témoins. Des témoins qui auraient pu donner une version aux antipodes du torchon d’accusation rédigé par les procureurs. Cet acte d’accusation repose sur des mensonges, nous le prouverons. Soyez patiente. »

Je vis ce cambriolage comme une catastrophe.

Le 29 janvier, un cambriolage a eu lieu au cabinet de Me Lurquin, qui défend une rescapée de la tuerie. Des éléments du dossier de Mehdi Nemmouche ont été volés, ainsi que des éléments d’un autre dossier lié au terrorisme. Une batte de base-ball et une fausse kalachnikov ont été découvertes sur le bureau de l’avocat. Le lendemain, Mehdi Nemmouche lit une déclaration : « Je vis ce cambriolage comme une catastrophe. Je n’ai strictement rien à voir avec ce cambriolage. J’interdis à qui que ce soit de poser des actes d’intimidation contre la moindre personne. Je vis emmuré dans un tombeau depuis quatre ans pour un crime que je n’ai pas commis. Si je n’ai pas sombré dans la folie c’est grâce à l’amour de ma grand-mère et à l’espoir d’un procès équitable. Je ne suis pas le tueur du musée. » Mehdi Nemmouche n’aura pas un mot pour les victimes de la fusillade, mais il condamnera les attentats de Bruxelles et de Paris en disant « Dieu n’a jamais permis de tuer des innocents. »

Je vis comme une maman à qui on a coupé les ailes.

Beaucoup de témoins appelés à la barre ont produit des certificats médicaux. Annie Adam s’est, elle, présentée. C’est la mère d’Alexandre Strens, le jeune employé du Musée juif tué lors de la fusillade. La douleur est perceptible dans sa voix lorsqu’elle se rappelle comment elle a été accueillie par un médecin : « Alors on débranche ? Avec un demi-kilo de cervelle qui est tombé… ». Elle décrit son fils comme « un garçon charmant, gentil, travailleur, qui avait la main sur le cœur, passionné par l’histoire et la musique ». Elle conclut son intervention par cette phrase : « Ce que je veux, c’est que justice soit faite pour Alexandre. J’ai confiance en la justice ».

Cette tragédie nous accompagnera peu importe ce qui arrive.

C’est l’un des moments particulièrement chargés en émotion de ce procès. Les deux filles d’Emanuel et Miriam Riva sont venues témoigner devant la cour. Elles ont 19 et 21 ans aujourd’hui. Elles vivent seules désormais : « Notre famille nous assiste, explique l’aînée, Shiva, et on a beaucoup d’aide, mais dans la vie de tous les jours, on éprouve beaucoup de difficultés. On essaie de se soutenir l’une l’autre autant qu’on peut. Nous continuons notre vie, mais cette tragédie nous accompagnera peu importe ce qui arrive. »

Ah, mon petit Didier !

Les journalistes français Nicolas Hénin et Didier François sont venus témoigner à Bruxelles. Ils disent n’avoir « absolument aucun doute » quant au fait que Mehdi Nemmouche était leur geôlier lorsqu’ils étaient otages en Syrie. A la sortie de l’audience, Nicolas Hénin a déclaré : « Cela fait plus de cinq ans que je n’avais pas vu Medhi Nemmouche et il m’a semblé tel que je l’ai connu. A plusieurs reprises, nos regards se sont croisés. Il a eu un petit air narquois, un petit air de défiance à mon encontre. Ce que je retiens en particulier c’est ce moment où il n’a pas pu réprimer son sourire quand on a raconté la façon dont il se présentait quand il venait nous voir en disant 'Ah mon petit Didier', ça l’a fait vraiment rigoler. A ce moment-là, il s’est trahi lui-même et le visage, qui restait impassible depuis le début du procès, a parlé pour lui. […] A mon sens, il a avoué avec ce sourire. »

J’ai 25 ans de SMUR (service d’urgences), mais la précision des tirs était impressionnante. Ça m’a choqué.

Pendant une semaine, deux juges d’instructions, 25 enquêteurs et les membres des équipes médicales se sont succédé à la barre pour résumer quatre ans d’enquête. A l’image de ce médecin urgentiste, tous les premiers secours arrivés sur place ont été choqués.

Le procureur général a la guillotine sous le bras !

Le procès a régulièrement été marqué par des échanges très tendus entre Me Courtoy, l’avocat de Mehdi Nemmouche, et les procureurs fédéraux. Lors d’une audience, Me Courtoy utilise l’expression « accusateur public » pour désigner le procureur. La présidente le reprend en précisant qu’on n’est plus au Moyen-Age. Me Courtoy reprend et dit : « Vous ne croyez pas si bien dire, le procureur général a la guillotine sous le bras ! ». Le procureur général, Yves Moreau, se lève et s’énerve : « C’est profondément scandaleux ! Madame la présidente, je demande des excuses à Me Courtoy ! ». Me Courtoy lance ensuite : « Vous pouvez les attendre jusqu’à ma retraite ! ». Ambiance.

Autre audience, même tension. Pendant sa plaidoirie Me Courtoy s’arrête pour interpeller les procureurs qui réagissent à ses propos : « Je n’ai pas besoin du Muppet show dans mon oreille. J’ai eu la décence de ne pas venir pendant votre réquisitoire, si c’est nerveusement intenable, retournez dans votre bureau ! ».

Une forme de terrorisme est entrée dans ce prétoire, sans kalachnikov.

Lors de sa plaidoirie, Me Dalne, avocat de la mère d’Alexandre Strens (une des 4 victimes), tance la défense de Mehdi Nemmouche : « A chaque page de l’acte de défense, on lit que l’absence de trace ADN de Mehdi Nemmouche est la preuve de son innocence. Caramba encore raté ! Un expert est venu expliquer que ce n’est pas parce qu’on touche un objet qu’on laisse une trace ADN. » « Une forme de terrorisme est entrée dans ce prétoire, sans Kalashnikov, estime Christian Dalne, on instaure ses propres règles, on pense diriger la partie. » Il reproche aussi à Me Courtoy de confisquer ce procès et d’en faire le procès de l’enquête, des témoins, et des victimes.

La défense est en plein naufrage. Le radeau a coulé.

Selon Me Marchand, les avocats de Mehdi Nemmouche ont manqué de rigueur et de sérieux. Il a alors utilisé une image qu’il affectionne particulièrement depuis le début de ce procès : « La défense est en plein naufrage. Le radeau a coulé et ils sont maintenant sur une île déserte à attendre le salut ». Les échanges d’amabilité entre les avocats ont régulièrement ponctué ce procès. Me Courtoy a ainsi déclaré à l’attention de ses confrères et consœurs : « Tout le monde n’était pas au premier rang quand le bon Dieu a distribué l’intelligence ».

Ce ne sont plus des cailloux qu’il faut suivre, mais bien des briques

Pour prouver la culpabilité de Mehdi Nemmouche, il suffit, selon le procureur Bernard Michel, de suivre le chemin du petit Poucet. Sauf que « ce ne sont plus des cailloux qu’il faut suivre, mais bien des briques. » « Il y a énormément d’éléments solides, poursuit-il. En 25 ans de carrière, je n’ai jamais vu d’accusé qui maintient le silence malgré tous ces éléments ». Bernard Michel détaillera dans son réquisitoire les 23 « briques », qui dressent le mur de la culpabilité de Mehdi Nemmouche.

Sur la forme, ma plaidoirie, c’était de la merde. Mais sur le fond, j’ai tutoyé les étoiles

La phrase est de Me Courtoy, très fier de la qualité de sa plaidoirie. En interview, il ajoute : « C’est une boucherie pour les avocats des parties civiles. » Ces derniers n’ont pas la même vision des choses, à l’image de Me Dalne qui s’exclame : « C’est de l’enfumage. Votre scénario est rocambolesque. […] Selon vous, les films des caméras de surveillance ont été truqués. Toujours selon vous, les experts ont bidouillé les rapports. Ce n’est plus un dossier, c’est le Nemmouche Gate ! ».

J’ai été piégé

A la toute fin du procès, juste avant que les jurés ne partent en délibération, Mehdi Nemmouche a pris la parole, pour ne rien dire, ou presque, si ce n’est réaffirmer son innocence, en 15 petites secondes. « J’ai été piégé, déclare-t-il, et Me Courtoy vous a expliqué les raisons pour lesquelles je me suis tu. Depuis le début, ce n’est pas une attitude irrespectueuse, je n’ai pas cherché à être licencieux. Si c’était à changer, je changerais tout. Je vous remercie d’avoir été attentifs ces deux mois ».

Pour rappel, Mehdi Nemmouche est accusé d’avoir perpétré quatre assassinats à caractère terroriste. Quant à Nacer Bendrer, le parquet le considère comme un complice, il est accusé d’avoir fourni les armes à Mehdi Nemmouche.

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