"Le procès du Carlton doit servir à rouvrir le débat sur la prostitution"

"Le procès du Carlton doit servir à rouvrir le débat sur la prostitution"
"Le procès du Carlton doit servir à rouvrir le débat sur la prostitution" - © Tous droits réservés

Pierrette Pape est coordinatrice de projets pour l'asbl Isala, une association qui vient en aide aux prostituées en Belgique. Selon elle, le procès du Carlton de Lille, outre les conclusions judiciaires auxquelles il parviendra, aura surtout permis de montrer la réalité de la violence et du glauque de la prostitution dite "haut de gamme".

"L’avantage de ce procès est qu’il a permis de mettre en évidence la réalité de la prostitution, ça permis de casser le mythe de la prostitution de luxe, de l’escorte. Les personnes qui ont témoigné ont expliqué qu’elles devaient remplir leur frigo, qu’elles avaient des parcours de vie accidentés et que la prostitution n’exploite que les plus précaires". Au-delà des condamnations ou des relaxes qui seront prononcées dans le procès du Carlton de Lille, c'est donc ce qui aura été dit au cours du procès qui doit interpeller selon Pierrette Pape.

Depuis trois semaines, lors de ce procès hypermédiatisé, les récits du vécu de ces prostituées ont été exposés, par les premières concernées mais aussi du point de vue des hommes qui les ont exploitées ou de leurs clients.

"Le mythe d’une prostitution glamour, de l’escorte haut de gamme qui serait consentie et choisie, qui ne serait pas violente, est brisé. On le voit bien, les hommes concernés qui en parlent évoquent du 'matériel', du 'cheptel', ils veulent 'de la petite roumaine'. Cela démontre aussi une mentalité, tolérée aujourd’hui, qui considère les femmes comme des objets à la disposition des hommes", déplore cette militante.

Cette dernière était l'invitée de notre JT de 13h00 ce vendredi, voici ce que nous avons appris de son entretien avec Véronique Barbier.

En tant que seul client, on n’est pas pénalisé par la loi française. Qu’en est-il en Belgique?

Ici, le proxénétisme est condamné dans la loi mais dans les faits, il y a une tolérance énorme et c’est pour cela que Dodo La Saumure peut dire qu’il ne fait que tenir des établissements. Les clients non plus ne sont pas pénalisés par la loi belge.

Nous pensons qu’il faut que cela change car aujourd’hui nous sommes dans un système hypocrite qui, d’un côté, ne veut pas reconnaître la violence que subissent les prostituées et de l’autre légitime le fait que des hommes puissent continuer d’acheter du sexe contre de l’argent.

Que nous apprend ce procès sur notre société et son rapport au sexe, au pouvoir et à l'argent? 

La place de l’argent dans notre société, il est indispensable d’en débattre. L’argent ne crée pas une relation égalitaire et c'est très évident dans la prostitution. Il y a des personnes qui ont et d’autres qui en ont besoin. Or, vu les propos que ces hommes tenaient lorsqu'ils parlaient de leurs rencontres avec ces femmes, je pense que cela doit nous interpeller sur le modèle de société que l’on vit et que l’on crée.

On est plusieurs à avoir été sur le terrain et on n’a jamais entendu une femme nous dire 'cela a toujours été mon choix et mon rêve de choisir cette profession'. Cette violence, elles la subissent et au regard des expériences qu’elles nous présentent (endettement des parents, pauvreté familiale, exploitation contrainte sur base de promesses mensongères, …), on peut imaginer facilement leur vulnérabilité et les violences qu’elles peuvent vivre.

Ce procès doit servir à ça: dénoncer la violence sous-jacente à la prostitution ?

Oui, en particulier en Belgique où ce sujet est considéré soit comme tabou, soit comme un choix et donc pas comme un problème. Je pense qu’on doit, en tant que citoyen, se poser la question de ce que l’on peut faire et de ce que l’on veut transmettre aux générations futures.

RTBF

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