Le procès des touristes scandinaves assassinées au Maroc touche à sa fin

L'un des suspects du meurtres de deux touristes scandinaves arrive au tribunal de Salé, le 2 mai 2019 au Maroc
L'un des suspects du meurtres de deux touristes scandinaves arrive au tribunal de Salé, le 2 mai 2019 au Maroc - ©

Le procès des assassins présumés de deux jeunes touristes scandinaves, décapitées mi-décembre au Maroc au nom du groupe Etat islamique (EI), touche à sa fin avec les plaidoiries des avocats jeudi et un verdict possiblement dans la foulée.

Louisa Vesterager Jespersen, une étudiante danoise de 24 ans, et son amie Maren Ueland, une Norvégienne de 28 ans, ont été tuées alors qu'elles campaient sur un site isolé dans le Haut-Atlas, une région montagneuse du sud du Maroc prisée des randonneurs.

Peine de mort requise

Le procès des 24 hommes soupçonnés d'être liés à ces meurtres et d'appartenir à une cellule jihadiste se tient depuis le 2 mai devant la chambre criminelle de la cour d'appel de Salé, spécialiste des affaires terroristes.

Le procureur a requis la peine de mort pour les trois suspects principaux, qualifiant de "monstres sanguinaires" ceux qui ont détaillé devant le tribunal leur rôle dans la tuerie.

Le cerveau du groupe, Abdessamad Ejjoud, un marchand ambulant de 25 ans, a avoué avoir organisé l'expédition meurtrière avec ses deux compagnons au nom de l'EI, qui n'a jamais revendiqué le double assassinat.

Des peines allant à la perpétuité ont aussi été requises contre les 21 autres prévenus, poursuivis pour leur appartenance présumée à la cellule créée par Ejjoud.

"Nous allons plaider les circonstances atténuantes compte tenu de leurs conditions sociales précaires et leur déséquilibre psychologique", a déclaré à l'AFP Me Hafida Mekessaoui, l'avocate commise d'office des trois suspects principaux.

Indemnisation

Issus de milieux modestes, avec un niveau d'études et d'instruction "très bas", les prévenus vivaient pour la plupart dans la précarité dans des quartiers déshérités de Marrakech, la capitale touristique du royaume.

L'avocat des parents de Louisa, Me Khalid Elfataoui, a déclaré à l'AFP avoir reçu une lettre "bouleversante" de la famille de la victime, qu'il lira devant les juges jeudi.

Il compte demander une indemnisation de dix millions de dirhams (près d'un million d'euros) pour la famille de Louisa, a-t-il poursuivi. La famille de Maren n'a pas souhaité participer au procès.

Le même avocat avait évoqué des "défaillances" des services de l'Etat marocain, pointant une "responsabilité morale" dans le défaut de suivi pénitentiaire, d'encadrement des imams ou de détection du groupe. Une réponse de l'Agent judiciaire du Maroc est attendue jeudi.

Les accusés pourront prendre la parole avant le délibéré et le verdict, selon les avocats.

Seul étranger du groupe, Kevin Zoller Guervos est un Hispano-suisse converti à l'islam. Il est accusé d'avoir appris aux principaux suspects à utiliser une messagerie cryptée et de "les avoir entraînés au tir".

Le procureur a réclamé 20 ans de prison contre lui, "alors que ses droits les plus élémentaires ont été bafoués", a déclaré son avocate Me Saskia Ditisheim dans une lettre envoyée aux Affaires étrangères suisses, regrettant qu'il n'ait pas bénéficié d'une "protection consulaire".

Des pétitions réclamant la peine de mort pour les assassins des deux touristes ont circulé sur Internet, le double assassinat ayant suscité une grande émotion. Des condamnations à la peine capitale sont toujours prononcées au Maroc, mais un moratoire sur les exécutions est appliqué de facto depuis 1993 et son abolition fait débat.

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