Le personnel soignant applaudi, mais aussi discriminé "pour les risques qu'ils font courir aux voisins": punissable par la Loi

Chaque jour à 20h, vous êtes plusieurs à applaudir le personnel soignant à vos fenêtres. Vous êtes nombreux également à vous mobiliser pour venir en aide à ces " héros en blouse blanche " en confectionnant des masques face à la pénurie, par exemple, ou encore en leur fournissant de quoi se nourrir pendant leurs gardes.

Mais certaines personnes, à cause de la peur que provoque que cette pandémie au sein de la population, se rendent aussi coupables de discrimination. Des actes punis par la loi.


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Multiplication d’actes de discrimination ?

Sur les réseaux sociaux ou encore dans la presse, on relate plusieurs cas de personnes travaillant dans le milieu hospitalier qui ont été victimes d’actes de discriminations. Des voisins qui leur demandent de trouver un autre logement ou de ne pas utiliser les communs, par exemple.

Ou encore ce médecin bruxellois qui s’est retrouvé mis à la porte par ses colocataires, pourtant des amis de longue date. Un stress supplémentaire pour les blouses blanches qui ont pourtant conscience, et bien plus que le reste de la population, des risques qu’ils encourent et qu’ils représentent.

Mais finalement, l'urgence de la situation fait que ces cas sont peu reportés, constate Patrick Charlier, directeur d'Unia. L’urgence est d’abord celle "des priorités directes", à savoir, par exemple, l'acquisition de masques.

Les premières lignes, premiers conscients du danger

Pourtant, plus que les autres, le personnel soignant a conscience des risques encourus. " Nous connaissons notre responsabilité à l’égard de la population, en dehors de l’hôpital ", nous indiquait Charlotte, interne en anesthésie et réanimation au Grand hôpital de Charleroi. 

Beaucoup témoignent des mesures qu’ils s’imposent à eux mêmes.

Rida est infirmier à Erasme. Il travaille avec des personnes très à risque devant subir des dialyses. Conscient des dangers pour ses patients, sa famille et pour lui-même, l’infirmier à mis en place un protocole strict : " chaque jour, avant de rentrer, j’appelle mon épouse. Je lui demande de quitter la cuisine pour que la pièce soit libre quand j’arrive. Je prends deux sacs poubelles. Un pour les lingettes et les mouchoirs qui me servent à désinfecter mon GSM etc… l’autre pour mes vêtements que j’enlève directement, dès que je rentre. Ensuite mes vêtements restent enfermés dans le sac poubelle trois jours avant d’être lavés pour être sûr que tous les germes meurent ". Et d’ajouter " quand les gens dans la rue vous voient en blouse blanche, ils reculent. D’un côté je comprends, nous sommes les premiers exposés ".


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La méfiance à l’égard des " blouses blanches ", d’accord, mais les actes de discriminations, non. Rida a d’ailleurs, lui-même été victime d’un acte de vandalisme, la vitre arrière de sa voiture a été brisée. Il avait oublié d’enlever le caducée. Et faute de garagistes ouvert, il n’a toujours pas pu la faire réparer.

Charlotte, quant elle explique : " on ne change de vêtements en rentrant à la maison que si on a déambulé avec nos vêtements de ville dans l’hôpital. Autrement, nos vêtements de ville ne sont jamais en contact avec des malades. En revanche, en rentrant on désinfecte nos lunettes, et nous essayions de ne pas toucher les choses dans les communs pour les autres habitants de l’immeuble (….) C’est triste à voir le genre de messages lu sur Facebook par exemple. C’est vrai que nous sommes vecteurs mais nous faisons très attention. Nous portons toujours un masque à l’extérieur pour ne contaminer personne ". 

Des actes punis par loi

Une " soignant-phobie " pour reprendre l’expression du chef du CDH, Maxime Prévot, qui ne se justifie donc pas.

Et, rappelle Patrick Charlier, directeur d’Unia, les actes de discrimination sont punis par la loi. Parmi les circonstances aggravantes d’un discours de haine ou d’une agression on retrouve effectivement, le fait d’être attaqué en raison de son état de santé, réel ou supposé. C'est l'un des 19 critères protégés dans la loi Belge. 

Autrement dit, il est interdit d’expulser un infirmier ou un médecin de son domicile parce qu’il pourrait éventuellement ou non avoir le Covid-19.

Cela peut aller jusqu’à 1300 euros d’amende. En cas d’acte de violence les personnes risquent entre 8 jours et 1 an de prison et une amende, explique Patrick Charlier. " Une peine qui peut être doublée en cas de mobile abjecte ". La discrimination en raison de l’état de santé entre dans cette qualification, explique le spécialiste.

 

 

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