Le parc Maximilien vu par John Vink: des photos pour montrer l'élan citoyen envers les migrants

Gare du Nord: des citoyens ont organisé une distribution de nourriture aux migrants
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Gare du Nord: des citoyens ont organisé une distribution de nourriture aux migrants - © MAPS John Vink

Depuis le démantèlement de la "Jungle de Calais" il y a un an, Bruxelles voit arriver beaucoup de migrants à la recherche d'un passage vers le Royaume-Uni ou de réfugiés cherchant l'asile en Belgique. Leur point de chute : la gare du Nord, et le parc Maximilien tout proche. C'est cela que John Vink, photographe belge passé par La Cambre et des agences comme VU et Magnum et qui a vécu 16 ans au Cambodge, a décidé de photographier aujourd'hui.

Depuis début décembre, ce reporter d'images qui a souvent témoigné du quotidien des réfugiés ailleurs sur la planète les photographie. John Vink travaille depuis septembre au sein de l'agence MAPS. Il publie aussi son travail sur son site, sur Facebook et Instagram. Nous vous proposons quelques clichés ci-dessous, mais son travail se poursuit ces jours-ci.

"Cela fait de nombreuses années que je travaille sur les réfugiés et les migrants, raconte John Vinck. J'avais commencé au Mexique avec des réfugiés guatémaltèques en 1986. Depuis lors, j'ai visité 19 pays. Ici, c'est sur le pas de ma porte à Bruxelles. Il était temps de s'intéresser à ce qui se passe près de chez moi".

Au delà la peur, un accueil citoyen "admirable"

L'angle qu'il a choisi pour en parler, c'est cet élan de solidarité envers les migrants à Bruxelles. Faute de structures d'accueil adaptées et suffisantes, des mouvements citoyens se sont organisés. Pour les ravitailler, leur fournir des informations, des vêtements chauds, un hébergement, les aider à se déplacer aussi.

Plus de 25.000 personnes sont ainsi répertoriées dans la base de données de la plate-forme citoyenne d'aide aux réfugiés. "C'est énorme, juge le photographe. C'est enthousiasmant comme réponse à une attitude pas nécessairement très accueillante de la part du gouvernement belge".

Chaque soir des particuliers hébergent 300 migrants.

"C'est admirable. Ce sont des gens qui ont vaincu leur peur, peur d'accueillir quelqu'un qu'on ne connaît pas, des étrangers 'basanés'... Mais il y a extrêmement peu de problèmes, peu de risques", ajoute-t-il. 

Une couverture médiatique lente à démarrer

La couverture journalistique de l'arrivée de ces nombreux réfugiés a été lente à démarrer, estime John Vink. "Je n'ai pas vu énormément de médias qui traitaient le sujet. Cela commence à venir maintenant. Est-ce l'ambiance des fêtes de fin d'année et le sentiment de culpabilité qu'il faut développer auprès des auditeurs et des lecteurs? Peut-être, mais tant mieux, la plate-forme citoyenne a besoin du soutien des gens. Il faut qu'on en parle le plus possible".

"No photo, no photo..."

Le parc Maximilien voit se croiser des migrants tentant de négocier leur passage outre-Manche, des réfugiés en attente d'asile en Belgique, mais aussi ceux qui se sont vu refuser leur demande d'asile et sont devenus des sans-papiers, raconte John Vink. 

Ce travail de photo-journalisme n'est pas aisé : "Un sourire fait beaucoup", car il y a la barrière de la langue mais aussi la méfiance de ces personnes vis-à-vis de la photographie car beaucoup ne veulent pas être identifiables. "Quand ils me voient arriver et qu'ils voient que je photographie, ils me disent 'No photo, no photo...'. Je dois leur expliquer que je fais attention qu'ils ne soient pas reconnaissables".

Et puis, John Vink travaille surtout la nuit, avec un appareil léger mais adapté au manque de luminosité. C'est l'heure de la distribution des repas chauds en début de soirée à la gare du Nord et un peu plus tard au parc Maximilien, quand la plate-forme citoyenne "dispatche" ceux qu'on appelle les "invités" pour qu'il ne passent pas la nuit dehors.

800 euros le passage en Angleterre

"La plupart veulent aller en Angleterre parce que les lois de résidence sont différentes de celles pratiquées en Europe dans l'espace Schengen, explique John Vink qui a entendu parler de tarifs de 800 euros pour passer la Manche.

"Il y a un peu de tout gare du Nord. J'imagine que c'est là que se trouvent les trafiquants". Des trafiquants qui n'apparaissent pas sur ces photos, "mais il doit forcément y en avoir...".

"Le bouche à oreille est important. La gare du Nord est un lieu d'échange d'informations. Mais je sais qu'il y a aussi des gens qui accueillent des migrants à Zeebruges. Là aussi, ils ont des informations, sur les bateaux, leurs horaires, comment y grimper..."

"Il est illégal d'aider un migrant, sauf pour des raisons humanitaires", précise John Vink. "Il est évident que si on laisse dormir quelqu'un dehors en hiver ici par des températures qui frisent 0°, il y a une bonne raison humanitaire pour accueillir les migrants. Les gens qui accueillent les migrants chez eux ne risquent donc rien".

Il a fallu trouver la distance acceptable pour être toléré et photographier les migrants : "Plus je m'éloigne, moins ils sont identifiables. Et quand je suis tout près, c'est des parties de corps, des mains, des téléphones en charge".

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