Le pape refuse de juger les homosexuels

Le pape a donné une interviews aux journalistes
Le pape a donné une interviews aux journalistes - © ANDREAS SOLARO - IMAGEGLOBE

Le pape François a condamné le "lobby gay", mais a affirmé ne pas juger les homosexuels, y compris dans l'Eglise. Il l'a fait lors d'une conférence de presse tenue la nuit passée dans l'avion entre Rio et Rome. Il s'est également prononcé contre l'ordination des femmes, tout en disant que leur rôle devait être approfondi dans l'Eglise.

Inimaginable sous le règne de Benoît XVI : de la réforme de la Curie au lobby gay, en passant par sa propre sécurité, le pape François a dialogué avec les journalistes sans esquiver les questions délicates.

A l'aller, François avait expliqué ne pas aimer les interviews qu'il trouvait "pénibles" et plaisanté sur les journalistes, des "lions" pas si "féroces".

Sept jours plus tard, le revoilà, de bonne humeur - ce qu'il n'est pas toujours selon ses proches -, consacrant plus d'une heure à la presse. Bien droit debout au milieu des turbulences, regardant attentivement ses interlocuteurs d'un regard profond. A la fois chaleureux et grave, scandant ses phrases brèves et réfléchies de petites touches d'humour.

Peu avant l'arrivée à Rome, il reviendra saluer les journalistes dont quelques-uns sont des amis, connus en Argentine. Curie, banque du Vatican, Brésil, églises évangéliques, projets de voyages, risques pour sa sécurité, mais aussi rapports de l'Eglise avec les femmes, les divorcés remariés, les homosexuels.... Tous les thèmes sont abordés. "Merci d'avoir posé cette question", dit-il à propos des gays, comme s'il tenait à s'exprimer à ce sujet, affirmant qu'il veut pas "juger".

"Le problème n'est pas d'avoir cette tendance, c'est de faire du lobbying. C'est le problème le plus grave selon moi. Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger?", a-t-il demandé.

C'était la première fois que le pape donnait une véritable conférence de presse. Détendu, plaisantant mais prudent, il a répondu à toutes les questions sans en esquiver, parfois après des pauses de réflexion, de manière très maîtrisée.

Interrogé sur les affirmations selon lesquelles il aurait été tenu dans l'ignorance des relations homosexuelles d'un prélat qu'il a nommé à la banque du Vatican, l'IOR, Mgr Ricca, le pape a répondu: "J'ai fait diligenter une enquête brève et nous n'avons rien trouvé sur lui".

"Je n'ai encore vu personne au Vatican sur la carte d'identité duquel est inscrit gay. On affirme qu'il y en a. Le catéchisme de l'Eglise catholique dit très bien qu'on ne doit pas marginaliser ces personnes qui doivent être intégrées dans la société".

"Sur le lobby gay, je n'ai rien trouvé. Les lobbies ne sont pas bons", a-t-il dit, citant en exemple les lobbies politiques ou francs-maçons.

Interrogé sur le mariage gay et sur l'avortement, auxquels l'Eglise est fermement opposée, le pape a répondu: "Vous savez parfaitement la position de l'Eglise". Pour la seule fois, il a répondu brièvement, sèchement.

"Non" à l'ordination des femmes

Le pape François a par ailleurs affirmé que le rôle des "femmes actives dans l'Eglise" devait être approfondi, mais refuse catégoriquement leur ordination. "L'Eglise est féminine, mère, et la femme, ce n'est pas seulement la maternité, la mère de famille", a estimé au cours d'une conférence de presse le pape qui a appelé de ses voeux "une théologie approfondie de la femme que nous n'avons pas encore faite".

Mais il a redit "non à l'ordination des femmes". "La porte a été fermée" par Jean Paul II sur cette demande, a-t-il dit.

"Une Eglise sans les femmes est comme le collège des apôtres sans Marie", a-t-il remarqué, ajoutant que "Marie est plus importante que les évêques".

Interrogé sur la question des divorcés remariés, il a souhaité qu'une réflexion se poursuive dans le cadre de "la pastorale du mariage", que les 8 cardinaux qu'il a nommés pour le conseiller doivent "porter de l'avant".

"C'est toujours un thème. Aujourd'hui est venu le temps de la miséricorde. Un changement d'époque", a-t-il dit. Les divorcés peuvent communier, c'est la question des "secondes unions" qui pose problème, a-t-il rappelé.

Dialogue tous azimuts avec les journalistes sur le vol Rio-Rome

Une seule fois, il répondra abruptement: "vous savez parfaitement quelle est la position de l'Eglise" répond-il à une journaliste brésilienne sur l'avortement et le mariage gay. Il dira aussi "non" à l'ordination des femmes: "la porte a été fermée par Jean Paul II".

Il reconnait parfois qu'il peut se tromper, évoluer, comme avec les groupes charismatiques en Argentine qu'il "ne pouvait pas supporter" à la fin des années 70 car ils ressemblaient trop à des "écoles de samba". Mais "je me suis repenti, je me suis converti ! Je pense aujourd'hui qu'ils font tant de bien à l'Eglise !"

Les questions fusent. Benoît XVI ? Un bon "grand-père que l'on écoute à la maison". Son souvenir le plus marquant en quatre mois et demi de pontificat ? "Quand je suis allé à Lampedusa (la petite île où les clandestins africains débarquent sur de vieux rafiots), c'était à pleurer !"

Et la fameuse sacoche noire dont il ne se sépare pas ? "J'ai toujours fait ainsi. Nous (papes, évêques), nous devons nous habituer à être normaux", note-t-il en plaisantant: "remarquez que je ne transporte pas de clé atomique !"... mais "un rasoir, le bréviaire, mon agenda et un livre sur la petite Thérèse" (de Lisieux).Se sent-il toujours jésuite? il opine, avant d'ajouter : un jésuite pas "hypocrite".

Avec AFP

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