Le papa Ouïghour sans nouvelle de sa famille: "Je voudrais juste que la Belgique sauve ma famille du danger"

Le papa Ouïghour qui n'a plus de nouvelle de sa famille: "Je voudrais juste que la Belgique sauve ma famille du danger"
Le papa Ouïghour qui n'a plus de nouvelle de sa famille: "Je voudrais juste que la Belgique sauve ma famille du danger" - © Tous droits réservés

Un homme Ouïghour, résidant en Belgique depuis en décembre 2017 est sans nouvelle de sa famille depuis quinze jours. En cause : un appel des autorités belges à l’ambassade de Belgique située à Pékin. Suite à ce contact, la famille de cet homme a été arrêtée et il est sans nouvelle de sa femme et ses enfants qui devaient le rejoindre pour bénéficier du regroupement familial.

"Je voudrais juste que la Belgique aide ma famille et la sauve du danger", martèle Ablimit Tursun. Ce chinois, membre de la communauté Ouïghour n’a plus parlé à sa femme et ses enfants depuis presque deux semaines. Ils attendaient pourtant de pouvoir le rejoindre en Belgique, où il a posé ses bagages depuis plus d’un an et demi.


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Regroupement familial

Après avoir appris la disparition de son frère alors qu’il était en Turquie, Ablimit décide de ne pas rentrer dans sa Chine natale. Il prend la route pour la Belgique et parvient dans nos frontières le 31 décembre 2017. Immédiatement, il demande l’asile à la Belgique. Sa demande est acceptée un mois plus tard. Tout est alors en ordre pour que cet homme, dont la communauté est persécutée en Chine, puisse s’installer parmi les Belges.

Inquiet pour ses proches, restés au pays du Soleil levant, il entame des démarches pour qu’ils le rejoignent en vertu du regroupement familial. En mai 2018, la procédure demande que son épouse effectue des tests médicaux. Elle parcoure 3700 kilomètres dans des conditions difficile et brave la distance et le danger pour espérer trouver la sécurité en Belgique.

Le 26 mai, elle arrive à Pékin et se rend un jour plus tard au consulat. On lui indique de se rendre à un hôpital pour effectuer les tests imposés par la procédure de regroupement familial. Après avoir tout fait dans les règles de l’art, la famille d’Ablimit revient à l’ambassade le 28 mai. "Ma femme a donné tous les documents demandés", assure-t-il. Pourtant, la procédure est longue et on leur annonce qu’ils vont devoir patienter au moins trois mois pour savoir s’ils peuvent – ou non – rejoindre le père de famille en Belgique.

Double arrestation

C’est la douche froide pour Ablimit et toute sa famille. Ils savent qu’en Chine, les Ouïghours sont persécutés et victimes de sévères répressions. La maman refuse de sortir de l’ambassade avec ses enfants. Elle sait qu’à chaque minute passée dehors, elle peut être arrêtée et rapatriée chez elle.


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Face à ce refus, l’ambassade fait intervenir la police. Les agents restent dehors puis finissent par rentrer pour embarquer la femme et ses enfants. Ils seront retenus un jour avant d’être relâchés puis arrêtés à nouveau le 31 mai. Depuis ce jour, Ablimit est sans nouvelles de sa famille. "Mais par un de mes voisins heureusement, j’ai appris qu’elle était à la maison mais sous le contrôle de la police. Dans ma famille, j’ai appris qu’ils avaient déjà discuté pour savoir qui s’occuperait de mes enfants si ma femme était arrêtée", précise l’homme.

"J’ai appelé une ONG qui me vient en aide. J’ai aussi contacté le ministère des affaires étrangères, mais sans réponse", raconte ce papa de deux enfants. Comble de la malchance, il affirme que "moins d’une heure après l’envoi du SMS", il a reçu un mail de l’ambassade. "On me disait que le visa de ma femme était accordé. Elle devait se présenter à l’ambassade avec notre acte de mariage pour l’obtenir."

Aujourd’hui, l’homme en appelle à l’Etat belge : "Les autorités belges doivent prendre leurs responsabilités car elles ont commis une faute. Je ne veux pas engager des poursuites. Permettez-nous de nous retrouver et de vivre en sécurité", certifie l’homme.

Contacté par nos soins, les affaires étrangères expliquent que l'ambassade n'avait pas demandé à la famille de se présenter en personne. Le dossier suivait son cours et n'aurait pas pu être bouclé à ce moment-là. 

Pour rappel, les Ouïghours sont une minorité turcophone et musulmane estimée à 10 millions d’habitants et harcelée par Pékin sous prétexte de lutte antiterroriste.

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