Le pacte d'excellence va-t-il pallier les problèmes de l'enseignement?

Un jeune enseignant sur cinq quitte le secteur après cinq ans. Comment valoriser le métier d'enseignant, qui est finalement à la base de tout ? Comment mieux les former, mieux les payer ? Le pacte d'excellence en 2027 va-t-il pallier ces problèmes, ainsi que celui de la pénurie des profs et le fait qu'on ne trouve pas de remplaçants ?

Un des socles de cette réforme scolaire est le tronc commun, le fait d'avoir le même parcours scolaire pour tout le monde jusqu'à 15 ans. Il devrait être adopté mercredi, mais il fait polémique. L'opposition estime que cela va engendrer plus d'échec et d'absentéisme. Va-t-on tout détricoter ? Eclairage avec Dominique Lafontaine, présidente du Département des sciences de l'éducation à l'ULiège.

Le pacte d'excellence va-t-il armer les jeunes pour la société d'aujourd'hui ?

Dominique Lafontaine: "Le pacte d'excellence est un chantier extrêmement vaste. On peut dire que c'est sans doute une étape historique. Les différents axes susceptibles d'agir sur la manière dont un système éducatif fonctionne ont vraiment été mobilisés.

Pour n'en citer que quelques-uns: la priorité très importante qui est mise sur l'enseignement maternel, donc investir un maximum pour que les bases soient les plus solides possible. Agir sur le parcours des élèves avec une tentative d'amener un maximum d'élèves à maîtriser ce qui est considéré comme les fondamentaux via un tronc commun un peu plus long. Diminuer le redoublement et réfléchir vraiment à l'articulation entre l'enseignement général et ce qu'on appelle l'enseignement qualifiant technique et professionnel, en sorte que les élèves qui choisissent ces sections les choisissent véritablement plutôt que d'y être orientés par défaut.

Avec l'allongement du tronc commun, ne risque-t-on pas d'avoir des élèves qui ne vont pas s'y retrouver dans l'enseignement général et se crasher encore plus fort après la troisième secondaire ?

"C'est évidemment un risque, mais quand les élèves vont arriver en troisième année secondaire, c'est tout le parcours antérieur qui doit essayer de diminuer ce risque. Le pari des personnes qui soutiennent le tronc commun, c'est que l'enseignement va vraiment fonctionner autrement qu'il ne fonctionne aujourd'hui dès le début de l'enseignement fondamental, en essayant vraiment de prendre les difficultés dès qu'elles apparaissent, essayer d'y remédier, en sorte qu'on n'ait pas une telle hétérogénéité dans le niveau des élèves aujourd'hui".

"Si ce pari n'est pas réussi, cela risque effectivement d'être difficile. %ais des mécanismes de régulation sont aussi mis en place. Le pacte, ce n'est pas une question de tout et de rien, on y va progressivement. J'imagine que si des difficultés sont constatées en cours de parcours, des régulations seront apportées pour tenter d'améliorer le système. Une évaluation continue est prévue dans le dispositif".

Le pacte d'excellence va-t-il aussi permettre de résoudre l'inégalité, le fossé qui existe entre les différentes écoles chez nous aujourd'hui ?

"Si on compare les systèmes éducatifs qui ont un tronc commun à ceux qui ont des filières, les systèmes qui différencient plutôt les parcours d'élèves ont vraiment des inégalités sociales plus importantes".

Le décret Inscription était aussi censé lutter contre ces inégalités. Il n'a servi à rien ?

"Il a très marginalement réduit les inégalités, mais c'est un système qui est un peu différent. On a essayé de les prendre de manière frontale les inégalités en essayant de créer plus de mixité sociale via un mécanisme d'inscription en première secondaire uniquement. Mais en réalité, ce qui accroît les inégalités sociales dès le début de la scolarité, c'est essentiellement l'accroissement des inégalités sociales via le redoublement et via les filières précoces. Ça passe par des infléchissements de parcours pédagogique."

"Dès le début de la scolarité primaire, on constate que les enfants d'origine populaire redoublent plus souvent. Des recherches ont été menées sur l'enquête Pisa et montrent que parmi des enfants qui, en principe, ont un même niveau de performance, ceux qui sont d'origine défavorisée ont un risque beaucoup plus élevé de redoubler ou d'être orientés par défaut vers l'enseignement qualifiant. C'est donc via ces mécanismes que les inégalités sociales s'accroissent".

"Dans certains systèmes éducatifs, on a les deux systèmes : une partie des écoles sont avec des filières précoces à 12 ans et l'autre partie est dans un système plus intégré de type tronc commun. Si on regarde les inégalités sociales dans ces deux systèmes, les inégalités sociales sont plus importantes quand il y a des filières à 12 ans. Et là on est dans le même système."

Le pacte d'excellence va tout révolutionner dans l'enseignement ou bien c'est le moins mauvais système qu'on ait pu trouver jusqu'à présent ?

"C'est bien entendu un énorme pari qui mise sur la capacité de tous les acteurs à se mobiliser. C'est en tout cas un pari extrêmement courageux qui a le mérite d'avoir soulevé les questions essentielles et d'avoir vraiment été au cœur des problèmes. Je pense qu'il faut être optimiste. L'idée très importante du pacte est aussi de s'inscrire dans la durée, ce n'est pas une succession de petites réformes ponctuelles. L'avantage du pacte est d'avoir repensé les choses d'une manière systémique et de les avoir pensées dans la cohérence et sur le long terme. C'est donc quelque chose de très important."

 

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