Le Nutri-score : un argument marketing ?

Le Nutri-score : un argument marketing ?
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Le Nutri-score : un argument marketing ? - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Nous commençons toutes et tous à nous habituer à la présence de ces cinq lettres de couleurs sur nos emballages de produits alimentaires. Un indicateur qui pose encore question pour certains mais qui plaît à certaines enseignes et entreprises. 

Nestlé, la plus grande entreprise agroalimentaire du monde, fait même partie de celles qui poussent pour que le Nutri-Score soit rendu obligatoire au niveau européen. Elle n’est pas la seule, Danone et Alpro se rangent du même côté, tout comme Delhaize, Colruyt et Carrefour. Mais pourquoi ?

Une mention non-obligatoire

À l’heure actuelle, il n’est pas obligatoire de mentionner le Nutri-score sur un quelconque produit. Libre-choix est laissé à une marque de le mentionner ou non.

Mais certaines enseignes se rompent à l’effort.

C’est le cas de Colruyt par exemple qui amorce la démarche de mettre le Nutri-score sur tous ses produits " Boni ". D’après Nathalie Roisin, porte-parole de Colruyt Group à l’heure actuelle, 85% des références " Boni Selection " arborent le Nutri-score sur leur emballage. Il sera totalement déployé sur l’ensemble des références d’ici novembre 2020. Le même travail est effectué pour la marque propre de " Spar ", les premiers emballages ont intégré les rayons en janvier 2020. On en est à 20 % des références aujourd’hui. Les catégories prioritaires étaient : plats préparés (frais), huiles, fromages, yaourt, produits veggie frais, pâtes, riz et conserves.

Par contre, les produits Everyday ne sont pas concernés : " On ne le fait pas sur les emballages des produits Everyday pour une question de coût (refaire toute une série d'emballages, ça coûte cher) or, il y a une promesse des meilleurs prix à réaliser. Le Nutri-score de ces produits est consultable en ligne, tout comme celui des quelques 20 000 produits que nous proposons dans nos magasins (tant de marque propre que de marque nationale). " Affirme Nathalie Roisin.

Même son de cloche chez Delhaize : " 97% de nos produits de marque Delhaize sont déjà étiquetés Nutri-Score (sur notre e-shop et sur l’étiquette prix dans nos supermarchés). Nous reformulons 1.500 produits par an. " affirme Karima Ghozzi, porte-parole de Delhaize.

Rien ne les force à le faire. Mais l’intérêt des enseignes de grande distribution est clair. C’est un outil qu’ils souhaitent utiliser pour rassurer et mieux renseigner à leur façon comme le signale Nathalie Roisin pour Colruyt Group En magasin également, nous souhaitons recourir au Nutri-Score pour accompagner au mieux les clients, avec un maximum de transparence, et leur permettre d’opérer des choix alimentaires en toute connaissance de cause. "

Mal suivi, l'utilisation aveugle du Nutri-score peut être plus nocive qu’autre chose !

Mais il y a peu, Test-Achats demandait encore à ce que le Nutri-score soit mieux expliqué et que ces explications soient plus simples à trouver.

Le Nutri-Score, comment ça marche ?

L’appel de Test-Achats a été entendu par le SPF Santé Publique qui a ajouté des informations concernant le Nutri-Score sur son site internet. En plus d'explications détaillées, vous y trouverez deux vidéos et une brochure à télécharger.

C’est un indicateur pratique mais si on ne se nourrit qu’avec des produits estampillés A ou B, on risque de manquer de certains nutriments ou micro-nutriments.

À titre d’exemple, le Nutri-score ne fait pas la distinction entre sucre naturel et sucre ajouté. " rappelle Nicolas Guggenbühl, diététicien nutritionniste et professeur à l’Institut Paul Lambin " Le Nutri-score est un bon outil pour aider le consommateur dans ses achats. Mais il ne faut pas oublier qu’il est basé sur une quantité : 100 mg ou 100 ml. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner de voir de l’huile d’olive obtenir un score de " D ". Mais personne ne va boire 100 ml d’huile d’un coup. Il faut donc bien croiser cet outil qu’est le Nutri-score avec un régime équilibré cohérent. " Dans ces conditions-là, la pyramide alimentaire peut être votre allié de choix.

Mais retenez que le Nutri-score est en fait une méthode de calcul que vous pouvez faire vous-même.

Les " mauvais " points :

  • Sodium (correspondant à la quantité de sel)
  • Sucre
  • Acides gras saturées
  • Densité énergétique (Kcal ou KJ/100g)

Les " bons " points :

  • Pourcentage de fruits et légumes
  • Fibres
  • Protéines

En suivant un tableau des quantités sur 100 mg ou 100ml, on obtient des points, on soustrait les bons aux mauvais, et on obtient un score qui équivaut à une lettre entre A et E.

Mais pour Nicolas Guggenbühl, le Nutri-score peut encore être amélioré, l’exemple du sucre ajouté ou naturel fait partie des éléments sur lequel on pourrait changer la donne.

Il reste néanmoins favorable à son utilisation… Tant qu’il ne devient pas un incitateur d’achat… C’est bien qu’il soit là,  mais il ne faut pas qu’il serve uniquement à vendre des frites surgelées en grandes quantités !

Là où le bât blesse

Parce que le problème pourrait être là. On a tous envie de manger plus sain et plus équilibré, c’est probablement dans votre top 3 des résolutions de nouvel an.

Le Nutri-score ne vous aide pas à être rationnel dans les quantités ! 

Il y a le risque qu'on se lance corps et âme dans l'achats de produits estampillés "A" sans faire attention à nos besoins ou, a contrario, qu’on n’y fasse trop attention, au point de ne plus prendre de plaisir à manger et de sombrer dans l’orthorexie. Et ça les marques l'ont bien compris. Si bien qu'elles changent aujourd'hui la composition de certains produits pour améliorer leurs notes.

Colruyt, par exemple, a baissé de 2 grammes la quantité de sucres ajoutés d'un fromage frais à la fraise pour faire passer le Nutri-score de C à B. "C'est à vrai dire une bonne chose. On peut difficilement reprocher à Colruyt de rendre ses produits un peu plus sains. On peut regretter qu'il ait fallut attendre qu'on mette une note aux produits pour y arriver mais si ça continue dans ce sens-là, c'est très bien." affirme Nicolas Guggenbühl. 

Pour lui, même si Nestlé crée des produits plus sains aux yeux du Nutri-score que sa concurrence, c'est bien normal que l'entreprise pousse vers son obligation en Europe. On peut parler de marketing vertueux.

Il faut rester méfiant sur la qualité et l'équilibre de son régime alimentaire, et sur le fait qu'il ne faut pas que le Nutri-score soit juste un outil d'incitation à l'achat... Quitte à le réguler !

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