Le nuage de suie de Rouen est-il passé en Belgique ? Avec quels dangers ?

En France mais chez nous aussi, le "nuage de Rouen" inquiète. Il s’agit du nuage émis par l’incendie d’une usine classée Seveso (qui traite des substances dangereuses) à Rouen dans la nuit de mercredi à jeudi dernier. Très vite, la population locale s’est inquiétée d’une éventuelle pollution de l’air, mais aussi des sols suite au nuage de suie qui s’est formé. Chez nos voisins français, alors que les autorités tentent tant bien que mal de rassurer, certains habitants se sont plaints de symptômes (notamment de maux de tête et nausées). Et comme lors de chaque épisode médiatique, certains en profitent pour diffuser certaines informations bidon pour effrayer la population.

Mais en Belgique aussi quelques questions se posent. Le nuage est-il passé par chez nous ? Que contient ce nuage ? Et dans quelle mesure était-il dangereux ? Les réponses sont livrées par des experts de ces matières.

 

Le "nuage de Rouen" a-t-il atteint la Belgique ?

Oui, c’est l’IRM, l’Institut Royal belge de Météorologie, qui le dit, le nuage de Rouen est arrivé en Belgique dès jeudi 6h du matin, par la Flandre occidentale (région de Courtrai). Vers 9h du matin jeudi, il couvrait toute la Flandre et la partie nord-ouest du Hainaut, puis tout le nord du sillon Sambre-et-Meuse vers 11h. Dès 16h jeudi, le nuage de Rouen avait quitté notre territoire par les Pays-Bas.

Quelles particules sont retombées sur la Belgique ?

Selon la Cellule Interrégionale de l’Environnement (CELINE), des pics de concentration en Black Carbon (suie) ont été mesurés dans quatre stations de mesures (Gand, Borgerhout près d’Anvers, Roulers en Flandre orientale et Uccle). Ces pics atteignent 3,5 µg/m³. Sur le graphique diffusé sur Twitter par l’agence, on constate que ces pics dépassent les concentrations observées sur les deux jours précédents et suivants.

Dans un deuxième graphique, l’agence CELINE tempère le caractère exceptionnel de ces pics. Ainsi, si on regarde les concentrations pour toute l’année 2019, on constate que ces quatre mêmes stations de mesure dépassent régulièrement ce taux mesuré 3,5 µg de black carbon par mètre cube. Les 4 µg/m³, les 6 µg/m³ voire les 8 µg/m³ sont ainsi atteints une dizaine de fois par an. "Il arrive régulièrement qu’à travers un trafic routier intense (et des conditions climatiques défavorables, ndlr), nous dépassions ce taux mesuré lors du passage du nuage de Rouen. Il n’a donc rien d’exceptionnel", commente Virginie Hutsemekers de la Cellule Interrégionale de l’Environnement.

Que contenait le nuage ?

On l’a dit, du "black carbon" a été détecté par l’agence CELINE qui précise "que d’autres données sur d’autres polluants pourrait encore arriver plus tard". Et pour cause, le black carbon n’est pas une molécule, mais un nom générique reprenant plusieurs molécules dont il faut analyser une à une la toxicité. Ces analyses sont en cours.

Le black carbon est donc un bon indicateur qu’une pollution a existé, mais l’analyse sur la toxicité s’arrête là. Le site de Bruxelles Environnement indique ainsi que "les sources principales de BC dans la Région de Bruxelles Capitale sont notamment le transport (particulièrement des moteurs diesels) et le chauffage".

Pour nos experts, le taux de HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) présent dans ce black carbon donc beaucoup plus important. C’est ce type de molécule qui est particulièrement toxique. Autrement dit, "même un taux de 50 µg/m³ de black carbon ne voudrait pas forcément dire grand-chose", appuie un expert interrogé sur le sujet.

Quant aux HAP, ce sont ces particules fines qui peuvent pénétrer facilement dans les voies respiratoires et jusque dans les alvéoles pulmonaires où elles atteignent le sang. Les études sur les conséquences concrètes ne sont pas très détaillées mais on évoque principalement des conséquences pour les voies respiratoires, la fonction pulmonaire, mais aussi des problèmes cardiaques. Un lien controversé mais supposé existe aussi avec les mécanismes de développement de cancer.

Conclusion ?

Il est indéniable que le "nuage de Rouen" a été un épisode de pollution dans le nord de la France, en Flandre, en Hainaut et enfin au sud du sillon Sambre-et-Meuse. Et dans cet ordre-là, car comme lors de chaque événement, les locaux sont plus touchés que les riverains éloignés du sinistre. Ainsi, les Rouennais ont été plus touchés que les Belges, les Liégeois moins que les Tournaisiens.

En Belgique, le pic mesuré (3,5 µg/m³) est donc un pic absolument fréquent, comme il en arrive des dizaines d’autres chaque année en Belgique. Cette normalité dans la pollution des derniers jours est traduite par cette confirmation nous provenant du Centre de crise de Wallonie : les zones de secours locales n’ont pas reçu "un seul appel de citoyen concernant le nuage de Rouen ces derniers jours".

Enfin, la proportion de HAP ou autres particules fines parmi ce black carbon reste une inconnue, mais n’est pas de nature à inquiéter les experts interrogés pour cet article tant le seul maximum (3,5 µg/m³) reste minime.

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