Le musée africain de Namur (se) pose des questions

Le musée africain de Namur : une carte du 19ème siècle de l'Afrique centrale et H.M. Stanley
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Le musée africain de Namur : une carte du 19ème siècle de l'Afrique centrale et H.M. Stanley - © RTBF

Installé depuis 1984 dans le corps de garde de l’ancienne caserne Léopold, le musée africain de Namur, ex-Musée colonial  a déjà une longue histoire : il a été créé en 1912 pour faire la promotion de la colonie et inciter des Namurois à aller au Congo. Aujourd’hui, il s’interroge sur son avenir.

Depuis un siècle, malgré des destructions et plusieurs déménagements, beaucoup de souvenirs, souvent donnés par les familles de coloniaux, ont été accumulés dans un “joyeux capharnaüm”, reconnaît le conservateur François Poncelet.

Un peu de tout : des pièces anciennes et plus récentes, anthropologiques, ethnographiques, militaires, historiques, géologiques, des bijoux, des animaux naturalisés, de l’artisanat, des oeuvres d’art... Il possède aussi une riche bibliothèque de 25.000 ouvrages, des photos… Mais le musée est à la recherche de documents témoignant de la présence coloniale belge en Afrique.

Un musée qui pose des questions

Comment perçoit-on l’autre, le colonisé? Nous sommes-nous libérés des représentations de l’époque coloniale ou sommes nous toujours dans le stéréotype colonial? Comment comprendre la période coloniale. Ce sont les questions que se pose le musée. Le musée et son conservateur François Poncelet veulent être à l’écoute des questions qui leur sont posées et débattre.

Le buste de Léopold II, les photos de la Force coloniale, bras armé de la colonisation font le plus souvent réagir. Les pièces d’animaux naturalisés, souvent dans des poses effrayantes, beaucoup moins, et pourtant, elles participent aussi d’une certaine vision, biaisée, de l’Afrique.

Léopold au Congo

Dans l’entre-deux-guerres, la Belgique commence vraiment à s’intéresser à sa colonie. Le prince Léopold, futur Léopold III a aussi livré sa vision du Congo belge des années 1920 avec une série de clichés rares qu’il a réalisé lors de son voyage en 1925 dans la colonie. Des clichés dans tous les sens du terme, à tendance anthropologique, montrant les populations congolaises dans des poses figées qui ne sont pas sans faire penser à un imaginaire collectif que l’on retrouvera dans Tintin au Congo quelques années plus tard.

Les peintres africains ont aussi produit des oeuvres telles que le souhaitaient les “touristes” de l’époque coloniale : des Belges, des Européens, coloniaux ou voyageurs.

Des masques aux peintures, le musée recueille ainsi beaucoup de pièces typiques, mais pas entièrement authentiques qui n’intéressent guère les collectionneurs d’art et les antiquaires. Avec ces velours du Kasai ou ces masques, on est plutôt face à des souvenirs de vacances qui racontent beaucoup sur la façon dont ces Européens voient l’Afrique.

Rénovation en vue

Comme petite ASBL, reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui fonctionne presque exclusivement avec des bénévoles, le musée a peu de moyens mais tente d’évoluer, avec des collaborations extérieures comme avec des université. Des travaux de rénovation sont prévus pour 2020-2024 avec la Ville de Namur.

Le musée va s’agrandir et repenser sa scénographie. Il va se doter d’un fil rouge, d’une nouvelle dynamique. Conservateur depuis 2014,  François Poncelet veut une transformation sereine et durable avec des historiens, des universitaires, mais aussi des afro-descendants et des descendants des coloniaux.

Passer du musée colonial à un musée du 21ème siècle qui parle du passé colonial belge :  c’est bien ce dont nous parlent ses collections. Le défi est de taille.

La volonté d’expliquer et de changer est là. Le musée africain de Namur dispose déjà de mallettes pédagogiques inspirées de cette approche : les questions sont posées, mais c’est au public de trouver les réponses, à l’aide des repères historiques fournis par le musée.

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