Le MRAX, dans la tourmente, tente de se défendre

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Le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie connait des heures délicates: conflit social, contestation de la ligne tracée par le président, Radouane Boulhal, licenciement du directeur, plaintes... Une déferlante qui pourrait lui coûter cher.

C'est le sénateur MR Alain Destexhe qui lançait la charge vendredi, accusant ni plus ni moins le MRAX de faire du "racisme anti-blanc" et d'être "un club d'autodéfense des musulmans". Il dénonçait également la "minimisation" des faits dans le chef de la ministre Fadila Laanan. Surprise par l'attaque frontale, Fadila Laanan a dénoncé les "propos mensongers" mais s'est engagée à faire toute la lumière sur les dysfonctionnements constatés. Radouane Boulhal, le président du MRAX très contesté, a également annoncé son intention de déposer plainte.

Mais la sortie violente du sénateur n'était sans doute pas innocente. Elle intervient au moment de l'éviction de Nordine Saïdi du bureau politique de l'organisation , pour avoir tenu sur son blog des propos "relativement incitatifs à la haine raciste", selon les termes du communiqué du MRAX. Car Nordine Saïdi demeure membre du conseil d'administration et seule l'assemblée générale du MRAX pourrait voter son éviction, selon l'organisation. Ce qui pose problème: ou bien les propos contestés constituent des propos racistes ou antisémites et le maintien de Nordine Saïdi en tant que membre du conseil d'administration pose problème; soit ce n'est pas le cas et la demi-sanction qui le touche est injuste...

Une AG extraordinaire bientôt convoquée

Quoi qu'il en soit, Alain Destexhe a mis en lumière un dossier qui présente toutes les apparences de la déglingue. Car le MRAX vit sur un volcan depuis de nombreux mois. Son directeur, Didier de Laveleye, a été licencié pour faute grave et est aujourd'hui accusé d'être le responsable de la "très mauvaise gestion administrative, financière et des ressources humaines" de l'association, ainsi que le stipule un communiqué de l'association. Une mauvaise gestion que ce qu'il reste du conseil d'administration (cinq des treize membres élus en 2007 ont depuis démissionné) estime être la cause de l'inspection diligentée par la Communauté française.

Sans compter les arrêts de travail qui ont également mis en lumière l'ampleur du malaise interne et la contestation à l'égard de la ligne défendue par Radouane Boulhal. Ce dernier, à qui de nombreuses personnes reconnaissent une volonté farouche de positionner le MRAX comme une acteur de premier plan des politiques interculturelles et d'égalité des chances, est mis en cause pour son autoritarisme et son manque de diplomatie. Depuis peu, les langues se délient pour contester également les conditions dans lesquelles cet ancien membre du cabinet de Jean-Marc Nollet a pris le contrôle de l'organisation, ainsi que le souligne le Vif.

Mais de tout cela, il n'en est pas question dans le communiqué publié le vendredi 13 novembre par le conseil d'administration: l'affaire Nordine Saïdi est fortement relativisée et les problèmes de gestion sont mis à charge du seul directeur licencié. Le Conseil d'administration ne nie pas les problèmes mais se défend d'en être responsable en quoi que ce soit. Et de citer un passage du courrier de soutien par lequel des dizaines de signataires demandent la convocation d'une assemblée générale extraordinaire, disant ne pas comprendre pourquoi "c'est le CA qui est accusé de mauvaise gestion financière, administrative et de ressources humaines, alors que... en principe, cette gestion relève de la responsabilité des travailleurs eux-mêmes et de leur directeur en fonction depuis plus de 4 ans ». Et même s'il est nommément mis en cause par certains travailleurs, Radouane Boulhal est épargné par le Conseil d'administration. Il échappe à toute critique et toute remise en cause de son action.

Une assemblée générale va donc être convoquée prochainement. Le MRAX espère manifestement qu'elle permettra de tourner la page puisque, au terme de celle-ci, "sera alors votée une motion qui constituera la feuille de route claire et assumée pour sortir de la crise".

Claude Demelenne propose un "observatoire citoyen"

Le journaliste Claude Demelenne annonce de son côté la création d'un "Observatoire citoyen du MRAX". Il se donne pour objectifs de suivre les actions du MRAX, "d'analyser les nombreux dysfonctionnements de cette association", de "sensibiliser les pouvoirs publics à la dérive islamo-gauchiste du MRAX sous la présidence de Radouane Bouhlal".

Le communiqué précise que des membres de l'Observatoire adhéreront au MRAX dans les prochaines semaines pour "y mener un combat antiraciste sans oeillère, assurer le rétablissement du pluralisme dans les instances dirigeantes du MRAX, veiller à ce qu'une Assemblée générale aux ordres, organisée à la hâte, ne soit transformée en plébiscite pour l'actuel président". Pour les signataires du communiqué, le MRAX actuel nuit gravement au vrai combat anti raciste.

Le porte-parole de l'Observatoire citoyen du MRAX, Claude Demelenne, est le coauteur avec Alain Destexhe du livre "Lettre aux progressistes qui flirtent avec l'islam réac", ouvrage qui dénonce notamment l'infiltration du MRAX par des militants de l'islam radical.

T. Nagant avec Belga

 

 

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