Le méthane contribue plus qu'on le pensait au réchauffement

Illustration: un site de fracturation hydraulique pour l'extraction du gaz de schiste en Pensylvanie
Illustration: un site de fracturation hydraulique pour l'extraction du gaz de schiste en Pensylvanie - © SPENCER PLATT

Une information capitale est passée presque inaperçue dans le dernier rapport du Giec qui a pourtant fait grand bruit. Le groupe d’experts intergouvernemental sur le climat y fait état d’une véritable alerte au méthane. La responsabilité de ce gaz dans le réchauffement climatique a été revue à la hausse depuis le dernier rapport, et selon Mediapart, l’exploitation "inconsidérée" du gaz de schiste n'améliorera en rien la situation.

Si Jean-Pascal Van Ypersele, vice-président du Giec et professeur à l'UCL, précise que "ce dernier rapport ne dit rien sur l'origine des émissions des gaz à effet de serre" et rappelle que les causes seront discutées dans les deux prochains volumes dudit rapport, les conclusions n'en sont pas moins alarmantes.

Mais entre les annonces d'"événements météorologiques extrêmes", d'accumulation de gaz carbonique dans l'atmosphère et d'augmentation des niveaux des océans, peu de place a été accordée aux nouvelles observations relatives au pouvoir radiatif du méthane - soit sa capacité à échauffer l'atmosphère.

Dans le rapport, le Giec a revu son estimation à la hausse, considérant désormais ce gaz (CH4) comme retenant la chaleur 34 fois plus, sur une période de 100 ans, que le gaz carbonique. Ce chiffre s'élevait à 25 lors du précédent rapport.

Nouvelle étincelle dans le débat sur l'exploitation du gaz de schiste

A la découverte de ces chiffres surprenants, le débat lié au gaz de schiste, l'une des principales sources de méthane, a repris du poil de la bête. Ainsi, Joe Romm, expert américain du climat, déclare sur son blog ClimateProgress que "cette révision signifie que la fracturation hydraulique (le processus d'extraction du gaz de schiste, ndlr), est pire pour le climat qu'on le croyait, et que les bénéfices d'un remplacement du charbon par le gaz de schiste seront moins élevés qu'on l'imaginait".

Tout comme Joe Romm, le site indépendant Mediapart - dont l'article est signé par Benjamin Dessus et Bernard Laponche de l'association Global Chance - renvoie aux mesures de fuites de méthane effectuées sur des champs de gaz de schiste aux Etats-Unis. "6% à 12% fuiraient vers l'atmosphère", expliquent les auteurs, insistant sur le fait qu'un relevé équivalent sur d'autres champs d'exploitation témoignerait d'une contribution importante de ces exploitations au relâchement de méthane dans l'atmosphère, et donc au réchauffement climatique.

"Ce sont des questions importantes qui sont posées", conclut Jean-Pascal Van Ypersele. Mais selon lui, "qu’il provienne de fuites de gaz naturel, de fuites liées à l'extraction du gaz de schiste ou du bétail (les ruminants)", et parce qu'on ne dispose pas encore de chiffres sur chacune de ces sources, "l'effort de réduction doit être général".

G. Renier

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