Le magnétisme de la dionée attrape-mouches : pas seulement une affaire de séduction…

C’est une plante que tout le monde connaît, et qui fait la joie des enfants : la dionée attrape-mouches fascine, avec ses feuilles qui ressemblent furieusement à une mâchoire qui se referme dès qu’on l’effleure.

Cette petite plante carnivore, par ailleurs pas si simple à entretenir et conserver en bonne forme, a captivé également les chercheurs, qui se sont penchés, depuis longtemps déjà sur ses mécanismes d’attraction des insectes. Certains sont même allés plus loin encore : ils ont découvert que cette plante génère des champs magnétiques mesurables lorsqu’elle est en action. Une découverte de recherche fondamentale, qui fait avancer les connaissances sur le vivant.

Serial killer… de mouches

La dionée attrape-mouches est séduisante, et dégage un charme un tantinet maléfique : si on y met le doigt, est-ce qu’elle peut nous mordre ? Non, bien entendu, car ses "mâchoires" n’en sont pas vraiment.

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© Getty Images

En revanche, les insectes qui s’y risquent, enivrés par son odeur, y laissent leur vie, puisqu’il ne lui faut qu’une fraction de seconde pour se refermer sur eux et les digérer tout crus. Un mécanisme électrique en deux temps : effleurement d’un des poils situés sur le lobe, suivi d’une deuxième sollicitation, et le piège se referme.

"Mais", explique Pasquale Nardone, professeur de Physique à l’ULB, "les signaux électriques déclenchent des champs magnétiques. C’est le cas pour toutes les cellules vivantes. Sauf que, si pour les humains et les animaux, ils sont nettement perceptibles, au travers de réactions musculaires, ce n’est pas le cas pour les plantes".

Arum, montre-moi ton magnétisme

Et ce n’est pas faute d’avoir essayé de les capter : en 2011, des physiciens de l’Université de Californie à Berkeley ont tenté le coup avec le fameux arum titan : une plante qui peut culminer à 3 mètres de haut et dont l’inflorescence, rare (tous les 4 à 6 ans) et courte (maximum 72 heures) est marquée par une odeur de charogne (bien perceptible pour l’être humain !) qui attire des insectes pollinisateurs. Quelques exemplaires sont d’ailleurs visibles au Jardin botanique de Meise, et suscitent, à chaque floraison, un véritable engouement.

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L’arum titan du Jardin botanique de Meise © Belga

Des instruments sophistiqués ont été utilisés pour tenter de détecter un champ magnétique, sans résultats concluants.

Leur conclusion : puisqu’il ne devrait pas y avoir de différence fondamentale entre les animaux et les plantes dans ce domaine, il faut réitérer l’expérience, peut-être avec une plante plus petite.

Stimulation thermique

Et c’est ce qu’ont fait des chercheurs allemands de l’Institut Helmholtz, à Mayence. Le résultat de leur expérience, publié dans la revue scientifique Nature montre bien l’existence de signaux, extrêmement faibles, similaires aux niveaux générés par l’influx nerveux chez les animaux, mais présents.

Ils se sont servis pour y arriver de magnétomètres atomiques à pompage optique, en faisant une stimulation thermique, car la stimulation mécanique provoque des bruits dans les enregistrements électriques et magnétiques.

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© Getty Images

Selon Anne Fabricant, une des chercheuses, les résultats obtenus ouvrent la voie à la compréhension de la base moléculaire du biomagnétisme des plantes.

Le mode opératoire pourra être utilisé à l’avenir pour étudier la signalisation électrique à longue distance dans une variété d’espèce végétale et pour développer des diagnostics non invasifs du stress et des maladies des plantes.

Utile dans l’agriculture pour mesurer l’impact de changements brutaux de température, de la présence de parasites ou de l’influence de produits chimiques sans devoir se servir d’électrodes, qui peuvent endommager les plantes.

Technique non invasive, comme pour le cerveau humain

"Les plantes sont peu sujettes à mouvements", ajoute encore Pasquale Nardone, "on connaît le tournesol, qui se tourne en fonction du soleil, on a le trèfle, dont les feuilles se dressent et retombent, il y a aussi, à Meise, des plantes dont les feuilles se plient, mais effectivement, rien à voir avec ce qui est observé chez les animaux.

La technique utilisée est intéressante, car non invasive, un peu comme on le fait pour les humains, avec l’électroencéphalogramme, l’IRM ou encore la magnéto encéphalographie (MEG), utilisée à l’hôpital Erasme. A ce stade, c’est certes de la recherche fondamentale, mais cela permet d’affiner la connaissance que l’on a des cellules".


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Sans compter les avancées dans le domaine de la communication tant interne qu’externe des végétaux, un domaine encore largement inexploré…

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Archive : Jardins et Loisirs du 11/01/2018

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