Le logement social toujours en pénurie en région bruxelloise

La tour Brunfaut de Molenbeek
La tour Brunfaut de Molenbeek - © RTBF

Aujourd’hui, pas moins de 44 000 ménages attendent d'obtenir un logement social à Bruxelles. La construction de nouveaux logements est trop lente pour pallier la demande et les rénovations tardent à être réalisées. Certains Bruxellois en font les frais, obligés de vivre, des années durant, dans un taudis avant d'être relogés.

"Ca ira mieux demain", c’est l’espoir formulé par les habitants de la tour Brunfaut à Molenbeek. Dans un film qu'ils ont réalisé avec les Ateliers Urbains, ils racontent leur vie dans ce qu'ils surnomment "l’immeuble de carton". "On l’appelle comme ça parce qu’il ne tient pas debout et qu’on entend tout ", dit une habitante. Construite en 1964, cette tour de logements sociaux est aujourd’hui dans un état d’insalubrité avancé. Depuis 2006, les habitants interpellent les autorités au sujet de leurs difficultés. Le projet de rénovation est enfin lancé.

Bruxelles compte 39 500 logements sociaux. Nombreux nécessitent une rénovation complète ou partielle car la durabilité n'a pas toujours été la priorité des constructeurs bruxellois.

Petit bout d’histoire

La production de logements sociaux démarre au début du XXème siècle. Le développement industriel entraîne une augmentation rapide de la population qui triple en 50 ans à Bruxelles. Il faut loger tout le monde. Naissent alors les premières sociétés publiques de logements sociaux. Premier boom dans les années vingt. C’est, entre autres, la période des cités jardins : le Logis-Floréal à Watermael-Boitsfort, le "Vieux Quartier" de Pins Noirs à Woluwe-Saint-Pierre ou encore la Cité Moderne à Berchem-Sainte-Agathe voient le jour. Mais ce type de logement est considéré comme trop cher et consommant trop d’espace. Les besoins restent énormes. Dès les années '50, le modernisme fait son apparition. Les premières tours de logements sortent de terre. On construit en hauteur et dans des matériaux de qualité bon marché.

Finalement, plus de la moitié des logements sociaux bruxellois seront édifiés sous forme de tours, qui finiront par mal vieillir. La rénovation devient donc la priorité et dans les années ‘90, la construction de logements sociaux chute. Conséquence, les demandes s'accumulent. Aujourd'hui, 44 000 ménages sont sur liste d'attente à Bruxelles. Pour Ilham Bensaïd, du Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat, "La production de logements sociaux est beaucoup trop lente. On construit trop peu et les projets de rénovation existants sont très lents également, avec pour conséquence l’obligation pour certaines personnes de rester dix ans sur des listes d’attente et de vivre dans de mauvaises conditions".

Quand le privé s’en mêle

Longtemps déresponsabilisée, la région bruxelloise a repris lentement la production via son plan logement, mais le retard reste énorme. A tel point que le privé décide aujourd'hui de s'en mêler. A Evere par exemple, le projet Bon pasteur a donné naissance à 38 logements sociaux suite à l'alliance de trois partenaires privés. Marie-Lou y habite depuis la fin des travaux en 2013. "J’ai mon petit jardin et mon arbre. Je suis très bien ici. C’est le plus bel appartement que j’ai jamais eu".

Aujourd'hui, plus question de construire n'importe quoi n'importe comment. Les logements sociaux doivent viser le bien-être de leurs habitants. Pour François de Borchgrave, de KOIS Invest, "Ce sont des bâtiments avant tout valorisants pour les gens qui y vivent, dans des quartiers valorisants pour favoriser une bonne insertion de la personne. On veut également que les immeubles soient agréables et performants au niveau énergétique notamment pour éviter que les coûts soient trop élevés pour les habitants ".

Un partenariat efficace entre le privé et le public

Géré par l'Agence immobilière sociale d'Evere, ce projet reste avant tout un investissement. Pour l’un des responsables des activités immobilières pour la banque Degroof, "Aujourd’hui les autorités publiques partout en Europe ont des problèmes financiers. Pour pallier cela, il existe des possibilités de partenariat entre le privé et le public. Actuellement, pas mal de capitaux sont disponibles sur le marché et des investisseurs tant publics que privés sont intéressés par ce type de projet ".  Une contribution utile mais qui n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan urbain. La production de logements sociaux reste un défi majeur à Bruxelles sur lequel public et privé n'ont pas fini de se pencher.

I.L. avec Stéphanie Lepage

 

 

 

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