Le hijab "de course" de Décathlon vaut-il une polémique?

Le hijab de Décathlon vaut-il une polémique? Arnaud Ruyssen a posé la question à ses deux invitées:  Nadia Geerts, philosophe, enseignante, militante féministe et auteure; et Ihsane HAOUACH, fondatrice de la plateforme "Les Cannelles" (anciennement "Bruxelloise et voilée"). 

Décathlon sort de 24 heures mouvementées. Rappel des faits: la marque française avait décidé de commercialiser un hijab (voile islamique) adapté aux joggeuses. Suite à une avalanche de réactions négatives, allant jusqu'aux insultes et menaces envers le personnel de Décathlon (et un calme olympien du community manager), la direction a finalement décidé de renoncer à la vente de cet hijab de sport. Pourtant, d'autres marques de sport vendent ce produit (Nike, notamment). Alors, pourquoi ce bout de tissu a-t-il squatté les réseaux sociaux et les médias? 

"Avait-on vraiment besoin de ce vêtement pour courir?"

Pour Nadia Geerts, le choix de Décathlon pose d'abord question sur les motivations de la marque: mercantile ou sociale? "On avait pas besoin de voile", affirme la militante féministe. "Tout existait déjà dans les rayons  pour se couvrir la tête, le cou et les mains. Les femmes ont le droit de courir avec un hijab. Mais avait on vraiment besoin de ce vêtement? C'est une entreprise commerciale, du business. Ce qui me dérange c'est leur justification sociale".  

Ihsane Haouach rejette également l'ambition sociale de Décathlon "Nous n'avons pas besoin d'être libérées" mais considère que le voile "sportif" a sa place. "C'est comme si on disait qu'on peut courir en jean et qu'on a pas besoin de pantalon adapté à la course", explique cette musulmane qui a choisi de porter le voile il y a 16 ans. "C'est un besoin de confort pour les femmes voilées qui courent. Ce n'est pas un besoin fondamental, mais commercial. Une partie de la population est intéressée". 

Religion et espace public

L'emballement autour de ce sujet montre, une nouvelle fois, après le burkini, la sensibilité de l'opinion publique au sujet des vêtements islamiques. "Chaque fois qu'on parle du foulard, ça en fait une affaire d'état", déplore la fondatrice des "Cannelles". "On nous interdit l'enseignement, la mer, le travail...et maintenant le sport? Il faut avoir l'ouverture de dire que chacun a son propre symbole". 

Nadia Geerts pointe du doigt la reconquête de l'espace public par les islamiques. "La sécularisation, c'est le processus par lequel les gens se réfèrent de moins en moins à la religion dans leurs décisions de vie", explique l'écrivaine. " C'est ça qui fait très peur aux intégristes, notamment musulmans. Les femmes musulmanes peuvent leur échapper. Elles peuvent se définir autrement que d'abord comme musulmane". 

Voilée et féministe?

Pourtant, Ihsane Haouach l'affirme: être féministe et voilée, c'est possible. "Comme on peut être féministe et avoir les cheveux courts. Le féminisme n'est pas défini par ce à quoi nous ressemblons". 

Un non-sens pour Nadia Geerts. "C'est incompatible. Etre féministe, c'est être partisan de l'égalité des hommes et des femmes. Le voile, c'est accepter une contrainte par respect d'une prétendue règle religieuse qui ne valent que pour les femmes. Il y a une inégalité criante". 

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