Le grand nombre de commerces mène-t-il les grandes surfaces à leur perte?

Y a-t-il trop de commerces par habitant ? Au micro de Matin Première vendredi matin, Myriam Delmée, vice-présidente du SETca, lance un chiffre : "Je lisais dans la presse l'autre jour qu'en prenant en considération tous les commerces présents sur le territoire, on avait un magasin pour 50 habitants. Si vous devez faire tourner un commerce avec seulement 50 personnes, c'est compliqué". La Belgique est connue pour être l'un des pays d'Europe qui compte le plus de magasins par habitant. Ce constat expliquerait la crise que connaissent plusieurs grandes chaînes, dont Mestdagh, et qui fait l'actualité ces derniers mois. 

Émergence du commerce en ligne, "hard discount", et ouvertures abondantes de magasins d'alimentation... Il s'agit d'un ensemble de facteurs qui causeraient des difficultés financières aux grandes chaînes et les conduiraient tout droit à leur perte. Une partie de l'explication seulement, mais significative. Dans l'estimation posée par Myriam Delmée, sont comptées toutes les sortes de commerces, du night shop à l'hypermarché en passant par le petit indépendant du coin.

Pour la vice-présidente du SETca, les nombreux magasins qui ouvrent entraînent une perte considérable pour "les commerces plus organisés, qui proposent plus de service et qui sont donc les plus coûteux. Pas parce que les travailleurs sont mieux payés, mais parce que le mode de commerce est différent. Ils se retrouvent sur la touche et ont plus de difficultés à s'en sortir. Tout le monde fait la même chose, on est entré dans une guerre des prix".

La faute aux Régions?

Difficile de confirmer ce chiffre d'un magasin pour 50 personnes. Néanmoins, le Forem publiait en juin 2013 une analyse du marché de l'emploi dans le secteur du commerce de détail, celle-ci rapporte que sur l'ensemble du territoire belge, 194.759 commerces étaient dénombrés. Soit 18 commerces pour 1000 habitants. Soit un commerce pour 55 habitants. Pas loin du chiffre de départ. Sachant que ce calcul date de 2008-2009 et que depuis, la compétence en matière d'implantation commerciale a été régionalisée, les chiffres ont probablement changé. Pour être revus à la hausse ? Le manque de statistiques et d'outils rendent l'affirmation périlleuse à ce stade.

Lors de la 6e réforme de l'État en juillet 2014, la gestion de l'implantation des commerces passe dans les mains des Régions. Divers outils de développement commercial sont mis en place et la procédure pour obtenir un permis est quelque peu modifiée. 

Autre point qui n'arrange pas les affaires des établissements, aucun outil ne permet de refuser l'ouverture d'un magasin. Même si la rue comporte déjà plusieurs fois le même commerce, rien n'interdit concrètement d'en ouvrir un de plus.

Obtenir un permis, comment?

Pour se voir attribuer un permis permettant d'ouvrir un commerce de moyenne surface, un simple formulaire est à compléter et à renvoyer à la commune concernée. Celui-ci est renvoyé au fonctionnaire des implantations commerciales qui analyse la demande et apporte, ou pas, son approbation. Une fois la décision annoncée, le permis est affiché sur les lieux du futur commerce et les travaux peuvent commencer dès le lendemain.

Cette facilité est offerte par une directive européenne qui a "ouvert les portes pour la création de supermarchés, d'hypermarchés et de supérettes. Donc on entre dans un jeu à deux visions: une vision immobilière - faire du mètre carré commercial pour générer du loyer- et puis il y a l'aspect purement commercial -plus je fais de magasins, plus je prends des parts de marché-" analyse Jean-Luc Calonger, président de l'Association du management de centre-ville (AMCV) . 

Faut-il instaurer un moratoire?

Carlo Di Antonio (cdH) , ministre en charge de l'Aménagement du territoire en Région wallonne, est pour un moratoire : "A un moment donné, doit-on dire non à l'arrivée d'un commerce parce qu'un concurrent est présent? C'est un sujet très délicat. L'idée d'un moratoire, de garder les espaces actuels et de les remettre sur le marché chaque fois qu'ils se libèrent, est à mon avis la meilleure solution".

Jean-Luc Calonger estime qu'un moratoire "serait positif pour l'intérêt commun mais très difficile à réaliser parce que les enjeux financiers sont énormes. Ce sont des sociétés dont les portefeuilles valent des milliards d'euros".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK