Le fabuleux destin d’Escherichia coli, entre l’UCLouvain et le Japon

Dans le laboratoire de Jean-François Collet, les bactéries n’ont qu’à bien se tenir. De menace, elles deviennent porteuses de solution. Elles n’ont plus qu’à donner le meilleur d’elles-mêmes, sous l’action de l’homme, pour se transformer en biomédicaments. Mais elles lui résistent encore, et c’est aussi ça qui lui plaît.

Bio ?

Un biomédicament n’a de "bio" que le préfixe renvoyant à la vie. C’est un médicament d’origine non pas chimique, mais vivante. "Ce sont des molécules qui doivent être produites par le vivant. Par exemple, ce sont des protéines ou de l’ADN", explique Jean-François Collet, professeur à l’Institut de Duve de l’UCLouvain.

Escherichia coli : le chouchou du labo

Le laboratoire travaille en particulier sur une bactérie qui a de la bouteille : Escherichia coli, une bactérie de l’intestin, isolée en 1885 dans les selles d’un patient à Munich par le bactériologiste et pédiatre Theodor Escherich, à qui elle doit son nom. "Quasi tous les laboratoires la possèdent. Cette souche, on peut la retracer jusqu’à Stanford en 1922."

"Le premier biomédicament qui a été produit, en fait, c’est chez Escherichia coli qu’on l’a obtenu : c’est l’insuline que tout le monde connaît", raconte avec passion Jean-François Collet. Aujourd’hui, "l’objectif, c’est d’adapter la bactérie pour qu’elle soit plus performante dans la production de protéines et d’ADN". Ceci, afin de fabriquer de nouveaux biomédicaments contre le cancer, ou les maladies infectieuses, par exemple.

La touche japonaise

Aujourd’hui est un grand jour pour l’Institut de Duve et Jean-François Collet. Cela fait près de deux ans que se tiennent des négociations avec l’entreprise japonaise Kaneka en vue de rapprocher leurs savoirs et savoir-faire respectifs : l’industrie du biomédicament et la recherche fondamentale. Et voilà le résultat : l’UCLouvain, Kaneka et sa filiale wallonne Eurogentec viennent de signer un partenariat pour développer l’innovation autour des biomédicaments.

Le professeur Collet ne cache pas sa joie : "En général, les industries qui veulent travailler avec un labo universitaire, financent un chercheur ou passent commande d’un produit. Ici, ils se sont dit "et si on finançait un laboratoire commun". L’idée a germé et a pris racine. On a négocié pendant 2 ans. Et maintenant ça se concrétise. On va avoir une recherche au Japon, à Eurogentec Liège et ici, à l’UCLouvain dans le laboratoire de l’Institut De Duve.

Concrètement, le laboratoire commun est déjà en route. C’est un partenariat de 3 ans, renouvelable. "Dans la pièce d’à côté, où je travaille, raconte le chercheur louvaniste, "il y a un chercheur japonais. J’ai engagé 3 autres personnes sur ce projet. Si ça marche bien, on pourra en engager davantage."

Après le coronavirus, la revanche des bactéries ?

Le laboratoire de Jean-François Collet travaille sur les bactéries et ne va pas les renier pour les virus, même si ce sont les stars du moment, à cause de la pandémie de COVID-19. Car, dit le professeur, "dans 10 ans, 20 ans, 30 ans, les bactéries se souviendront de nous. Les bactéries restent en embuscade et il ne faudrait surtout pas les abandonner."

Il ajoute, avec inquiétude, à propos de la résistance des antibiotiques : "C’est une bombe à retardement terrible. Un jour, les bactéries vont à nouveau nous apporter des soucis. Le premier antibiotique, c’est la pénicilline en 1940, il y a 80 ans. L’humanité a été sous le joug bactérien jusqu’il y a 80 ans. Elles sont en train de fourbir leurs armes pour nous réattaquer. Je ne sais pas quand la bataille aura lieu. On risque de retomber dans une ère post-antibiotique."

Les mystères et l’avenir

L’objectif à plus long terme, est triple, pour l’équipe louvaniste, est de connaître encore davantage E. coli, qui a toujours ses mystères : "Il reste des questions sans réponses. Par exemple, dans l’enveloppe de la bactérie, il y a des lipides qui forment la membrane, dont on n’a aucune idée de la manière dont ils arrivent dans la membrane", ajoute notre interlocuteur avec passion. "Si on découvre les protéines qui apportent les lipides à la membrane, comme ils sont essentiels, on pourrait après-demain les utiliser pour créer de nouveaux antibiotiques qui les cibleront."

Le défi est triple, aujourd’hui pour l’équipe louvaniste : ce nouveau partenariat avec Kaneka, repousser la frontière de la connaissance en découvrant des processus encore mystérieux, et utiliser ces connaissances pour développer de nouveaux antibiotiques pour le futur.

 

 

 

Des bactéries cannibales pour combattre les "mauvaises" bactéries: archives JT du 14/02/2018

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