Le drain dans les oreilles, une opération trop souvent inutile selon la Mutualité chrétienne

Trop d'enfants se font poser des drains aux oreilles, selon la Mutualité Chrétienne
Trop d'enfants se font poser des drains aux oreilles, selon la Mutualité Chrétienne - © FRANCOIS LO PRESTI - AFP

Lorsqu’il était bébé Romuald faisait des otites à répétition. Les otites aigues sont des infections de l'oreille fréquentes chez les nourrissons et les enfants. Généralement, elles guérissent spontanément. Mais pour Romuald ce n’était, apparemment, pas le cas. Résultat, son médecin ORL a placé deux drains, des petits tuyaux sorte de mini-diabolo laissant passer l'air, dans ses oreilles pour qu’elles s’assèchent.

Après quelques mois, les drains devaient tomber spontanément et les tympans se refermer. Dans le cas de Romuald, son médecin ORL a voulu faciliter le retrait d’un des deux drains. Mais il tenait encore et cela a provoqué une perforation de l’un des tympans.

 

Romuald a reçu une greffe du tympan à 12 ans. Il n’en a gardé aucune perte d’audition, ni aucune autre séquelle. Mais adulte, il ne met toujours pas la tête dans l’eau, une conséquence de toutes ses années d’enfance pendant lesquelles il ne pouvait pas suivre les cours de natation.

 

Pose de drains dans l'oreille: une opération très variable d'une région à l'autre

 

En 2017 et 2018, plus de 16.000 membres des Mutualités Chrétiennes, âgés de moins de 10 ans, se sont fait poser des drains dans les tympans parce qu’ils souffraient fréquemment d’otites. Pourtant, cette intervention chirurgicale est souvent inutile. Les différences de pratique entre hôpitaux sont importantes. Les enfants qui consultent un médecin spécialiste ORL ont jusqu'à 14 fois plus de risques de subir une telle intervention dans un hôpital que dans un autre. Une consultation chez un chirurgien de la gorge, du nez, des oreilles à l’hôpital général Alma à Eeklo conduit, dans 27 % des cas, à la pose de drains. À l’hôpital universitaire Reine Fabiola à Bruxelles, il ne s’agit même pas de 2 % des consultations. Le risque de subir une telle intervention chirurgicale dépend aussi fortement du lieu où l'enfant réside. Ainsi, en Flandre, près de 2 % des enfants se sont fait poser des drains en 2018. En Wallonie, ce taux n’était que de 1 % et à Bruxelles de 0,6 %.

Jean Hermesse, Secrétaire général de la Mutualité Chrétienne, met en garde les parents : " Nous leur conseillons d’examiner attentivement les avantages et les inconvénients de la pose de drains de leur enfant avec leur médecin avant de prendre toute décision. Aux Pays-Bas, depuis le début de l'année, un médecin a été spécialement engagé pour extraire de l'hôpital tous les actes et traitements inutiles. Les drains transtympaniques en font partie car le fait d'attendre s'avère souvent aussi efficace qu'une intervention chirurgicale. Nous pourrions également envisager une telle forme de monitoring dans notre pays ".

Pour l'Absym, La MC sape la confiance des parents en leur médecin

Du côté de l’Absym, le syndicat des médecins, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Selon son président, Philippe Devos, les arguments de la Mutualité Chrétienne n’ont aucun fondement scientifique et les risques de l’intervention évoqués sont considérablement exagérés.


Apparemment, déclare-t-il, la MC pense qu’il est de son devoir de rendre suspects les médecins qui traitent leurs patients en âme et conscience. Saper systématiquement la confiance des patients en leurs médecins nuit à la santé publique.”


Il ajoute que les mutuelles ont un avantage financier sous forme de bonus si les budgets alloués aux prestations médicales ne sont pas entièrement utilisés.

Globalement, le coût de ces interventions à charge de la sécurité sociale est d'environ 3,7 millions d'euros.

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