Le Distilbène interdit depuis 1975 fait toujours des dégâts

Les effets à long terme du Distilbène
Les effets à long terme du Distilbène - © RTBF

On savait que le DES ou Distilbène, cette hormone de synthèse prescrite pendant plus de 30 ans à aux femmes enceintes pour éviter les fausses couches, provoquait des malformations chez leurs filles. Mais on découvre à présent qu'il provoque aussi des complications chez leurs petits-enfants.

Ce médicament interdit aux Etats-Unis en 1971 a été retiré du marché belge en 1975. Mais aujourd'hui, une nouvelle étude scientifique plus qu’interpellante démontre qu’on n’a pas fini de parler de cette hormone qui était soit disant miracle à l'époque. Elle a été prescrite durant près de 30 ans à des dizaines de milliers de femmes enceintes mais il a déjà fallu attendre la première génération pour constater les dégâts qu'elle provoquait chez leurs filles.

Nathalie est ce que l'on appelle une fille "DES". Dans les années soixante, sa mère a pris ce médicament durant sa grossesse pour éviter une fausse couche. Arrivée à l’âge adulte, Nathalie a eu tout le mal du monde à avoir à son tour un enfant. "Ce médicament a provoqué une malformation de la matrice devenue trop rigide. Le bébé ne pouvait donc pas se former normalement, voilà aussi pourquoi ma fille est née prématurément", témoigne-t-elle.

Des séquelles sur la deuxième génération

Aujourd'hui des scientifiques viennent de démontrer que les petits-enfants des femmes qui en ont pris du Distilbène, ont eux aussi 40 à 50 fois plus de malformations génitales que la normale. 

Le généticien  de l’hôpital Erasme Marc Abramowicz prend cette étude très au sérieux : "on savait", dit-il "que la fille d’une femme qui avait pris ce médicament était à risque de certaines complications, mais on constate à présent que les garçons de ces filles  rencontrent davantage un certain type très précis de malformation, relativement rare". Des questions se posent alors aux équipes médicales sur la manière de gérer ces risques, mais aussi de  savoir jusqu’où elles doivent pousser la prudence en la matière.

Des filles victimes du DES se sont déjà fait soigner à  l'hôpital des enfants Reine Fabiola, et l’arrivée de cette nouvelle étude inquiète. Le docteur Cécile Brachet est pédiatre et endocrinologue.  "Ces risques" dit-elle, "sont apparemment très accrus et augmentent par rapport à ceux de la première génération".

Cette fois, ce sont donc les garçons qui subissent  les dégâts. On ne sait pas si ces malformations à cause du médicament sont inscrites dans les gènes ou s'il s'agit d'erreurs dans le programme héréditaire. Quoi qu’il en soit, les scientifiques se demandent à présent si d'autres molécules similaires comme les pesticides pourraient elles aussi avoir le même type de conséquences.

I.L. avec Pascale Bollekens

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