Le "dark web", cartographie d'un continent intraçable

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Le "web dissimulé" pourrait constituer jusqu'à 80% du volume de données d'internet.

Sur internet, l’apparition du système d’anonymisation "Tor" a fait naître une criminalité nouvelle échappant largement au contrôle des autorités.

Plongée en eaux troubles

La part invisible d'internet regroupe, entre autres, l'internet non indexé (deep web) et les réseaux sombres (Darkweb) dont l'accès suppose l'utilisation de logiciels. Si ce réseau reste méconnu et difficile à quantifier, il pourrait représenter jusqu'à 80% du volume de données global. Une immensité d’information qui échappe, de par un système d’anonymisation, à la législation des États. La possibilité d’une action incognito en ligne constitue un attrait tout particulier pour ceux qui en auraient l’intérêt. C’est en effet le paradoxe de ce réseau, il peut être utilisé avec les meilleures intentions, pour se protéger de la surveillance d’un gouvernement tyrannique, mais également avec les pires, en facilitant les trafics illégaux.

"Tor"

Si ces trois lettres rappellent sans mal la divinité nordique, pour certaines oreilles initiées elles évoqueront plutôt l’image d’un petit oignon rouge. Tor est le nom d’un logiciel permettant l’anonymisation des individus sur internet. Par un processus de navigation entre des dizaines d’ordinateurs à travers le monde, il devient presque impossible pour les observateurs de savoir d’où vient réellement la connexion, c’est ce qu’on appelle un " routage en oignon ".

Ce dispositif légal ouvre également les portes d’un " Google parallèle ", permettant l’accès à des centaines de sites internet, qui ne le sont pas en temps normal.

Un continent volatile et complexe

L’internet sombre se caractérise par une particulière évolutivité de contenu, il est en constant changement. Les sites internet modifient régulièrement leur adresse pour ne pas être "repérés" par les autorités. En effet, bien que le système d’anonymisation permet aux utilisateurs une certaine impunité, il est certain que les États tentent de mettre à mal les sites frauduleux pour arrêter leurs auteurs.

Il existe de nombreux sites proposant des biens illégaux. La vente d’armes, de drogues, sont des éléments centraux du web sombre. Sur des sites comme "Black Market" ou encore "Silk Road  3.0", les internautes réalisent leurs achats, comme sur un site de vente en ligne classique. Le consommateur entre en contact avec le vendeur par un système de dialogue crypté. La commande est en général simplement mise sous vide et remise par envoi postal. La transaction est quant à elle réglée en "bitcoin", la monnaie digitale cryptée qui rend intraçable le paiement. La chaîne de vente est donc en principe, entièrement dissimulée aux yeux des autorités.

Daniel Stolle - http://www.danielstolle.com/

Des annonces effrayantes

L’objet des transactions peut parfois prendre une tournure tout à fait effrayante. Certains sites internet relèveraient ainsi du trafic d’êtres humains, d’esclaves sexuels, voire de chair humaine. Certaines mafias proposeraient également des services d’élimination à la demande "Assassin à louer (Hitman for hire)" pour un prix de 5 à 30 000 euros. La pornographie enfantine y fait également légion. Dans l’absence de tout cadre légal, il n’existe plus aucune limite à la criminalité, pour celui qui sait où chercher. C’est du moins ce que laissent à penser ces sites internet. En réalité, dans l'absence de tout cadre légal et de toute vérification, il est bien difficile de mesurer la véracité de ces annonces. C'est ce qui fait toute la fugacité du "dark web".

L’intraçabilité, un fer-de-lance pour la liberté

Issu d’un projet développé aux États-Unis par la Navy, Tor permet aujourd’hui aux internautes, et notamment aux activistes, de protéger leurs communications de toute interception des tiers. Bien que la protection sans faille ne soit jamais certaine, le réseau sombre est aujourd’hui la clef de voûte de "l’internet libre". Un internet libre des surveillances des États, des gouvernements et de leurs services de renseignements. Depuis qu’Edward Snowden a révélé en 2013 que "l’Agence Nationale de Sécurité (NSA)" surveillait massivement les citoyens américains, ce système s’est véritablement imposé comme une "niche" pour les individus souhaitant échapper à la surveillance, comme les activistes en danger ou encore les journalistes.

Une nouvelle plateforme

Les "lanceurs d'alertes" pourront désormais être mis en contact directement avec des journalistes de manière anonyme. "Securedrop" permet de déposer des documents d'intérêts publics en toute sécurité. Ceux-ci seront alors récupérés directement par des reporters à travers le monde sans qu'aucun contact physique ne les expose.

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