Le Covid-19 a entravé les ailes des pilotes de ligne qui doivent se réentraîner pour voler

C’est l’une des conséquences inattendues de la crise du Covid-19. Le secteur aérien a été sérieusement perturbé. De nombreux vols ont été annulés privant des pilotes d’heures de vol et surtout, du nombre d’opérations nécessaires pour garder le droit d’opérer des vols commerciaux. Aujourd’hui, pour continuer à voler, les pilotes doivent se mettre en ordre en effectuant les procédures, notamment d’atterrissage, en vol réel ou le plus souvent en simulateur.

Pour continuer à voler sur les avions pour lesquels il dispose d’une licence, un pilote doit régulièrement prouver qu’il maîtrise toujours ces compétences. Il doit ainsi avoir effectué au moins trois atterrissages au cours des 90 jours qui ont précédé. Ces opérations peuvent avoir lieu dans des conditions réelles de pilotage d’un avion. Il est aussi possible de les effectuer dans un simulateur de vol, aux côtés d’un instructeur. " Tout ce qui est licence est régi par les autorités belges et européennes. Les autorités nous demandent de passer un examen annuel sur simulateur. A côté de cela, on a besoin d’un minimum de pratique. On doit effectuer trois atterrissages et trois décollages endéans les 90 jours. S’il n’a pas cela, le pilote ne peut plus être planifié. Il doit passer au simulateur pour effectuer trois atterrissages et trois décollages ou bien voler avec un instructeur ", explique Gauthier Lesceu, pilote sur le réseau moyen-courrier chez Brussels Airlines.

Une crise sans précédent

En général, cette règle des trois atterrissages et décollages endéans les 90 jours sanctionne ponctuellement les pilotes des compagnies aériennes, par exemple s’ils ont été malades pour une longue durée. Cette fois, la crise du Coronavirus a mis une grande partie des pilotes dans cette situation. Beaucoup n’ont plus volé pendant plusieurs mois. Au cœur de la crise, de nombreux vols ont été annulés. Une grande partie des vols pour passagers n’ont pas eu lieu. A Bruxelles, par exemple, à un moment, on ne comptait que maximum une vingtaine de vols par jour contre 600 en temps normal. Seul le secteur du cargo a conservé un niveau d’activité plus important. Alors, aujourd’hui, pour certains pilotes, il n’est pas évident d’être en mesure de prouver avoir réalisé 3 atterrissages et trois décollages au cours des 90 jours qui se sont écoulés. " C’est une crise sans précédent. On a dû s’adapter au fait qu’on n’a pas volé pendant trois ou quatre mois ", explique le pilote Gauthier Lesceu. Comme d’autres pilotes, il a dû passer par une phase de réentraînement et de test avant de reprendre les commandes d’un avion. Ce cas de figure de réentraînement et de test des pilotes après un long arrêt pour cause de pandémie est exceptionnel. " On a dû suivre un entraînement supplémentaire avant de reprendre les opérations. Cet entraînement était divisé en deux parties, une théorique et une pratique. La partie théorique consistait à rafraîchir nos connaissances. Elle était suivie d’un examen écrit. Ensuite, la partie pratique se déroulait dans un simulateur de vol. Il y avait deux séances de quatre heures. La première séance était une séance d’entraînement. La deuxième était une séance d’examen et évaluait nos connaissances des procédures d’urgence et également nos compétences manuelles de vol " détaille Gauthier Lesceu.

Les compagnies aériennes doivent s’adapter

Pour les compagnies aériennes, il est impératif d’avoir un nombre suffisant de pilotes opérationnels, alors que l’activité du secteur aérien reprend lentement. Chez Brussels Airlines, il a fallu tenir compte du fait que des pilotes n’avaient plus assez volé depuis le début de la crise du Covid-19. " Il s’agit de 560 pilotes chez Brussels Airlines ", explique la porte-parole, Maaike Andries. " Deux semaines avant de reprendre nos vols, nous avons commencé à entraîner les pilotes. Le département planification a eu le temps de prévoir leur entraînement pour répondre à l’augmentation progressive du nombre de vols. Cela va continuer au cours des prochaines semaines ", poursuit Maaike Andries, porte-parole de Brussels Airlines.

Les simulateurs de vols ont aussi tourné au ralenti pendant la crise du Covid-19

Les simulateurs de vols nécessaires à la formation et à l’entraînement des pilotes de ligne ne sont pas légion en Belgique. A Steenokkerzeel, près de l’Aéroport de Zaventem, CAE gère six simulateurs. Ils sont destinés à former essentiellement les pilotes basés en Belgique. Tous les pilotes de Brussels Airlines, par exemple, passent régulièrement sur ces simulateurs. Jusqu’à présent, CAE parvient à répartir dans les plannings les tests que tous les pilotes doivent repasser après l’épisode du Covid-19. Le fait que les compagnies aériennes comme Brussels Airlines ne reprennent leurs activités que progressivement facilite la planification des tests sur simulateur.

Pendant la crise du Covid-19, les simulateurs, à l’instar des avions, ont tourné au ralenti. " Nous avons eu une période d’arrêt, gérée en collaboration étroite avec les autorités belges de l’aviation civile ainsi qu’avec nos partenaires, comme Brussels Airlines. Nous avons réduit nos heures de fonctionnement lors des dernières semaines et des derniers mois. A partir d’aujourd’hui, nous sommes ouverts 24 heures/24 et 7 jours/7 pour soutenir leurs opérations et tous les vols qu’ils devront opérer et pour entraîner les équipages de manière sûre et efficace ", explique Geert Aerts, Directeur général de CAE, Civil Aviation Training Solutions.

Après être repassés dans le simulateur et avoir récupéré le droit de voler, les pilotes pourront retrouver leur routine. C’est ce qu’a fait Gauthier Lesceu, le pilote de Brussels Airlines. Son premier vol après le confinement l’a emmené à Madrid. " Vu qu’on n’a pas volé pendant trois ou quatre mois, on a peut-être perdu un peu la main, mais de mon expérience, cela revient assez vite. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir ", explique-t-il. Pour les pilotes, c’est " comme avant la crise, hormis le fait de devoir porter un masque dans l’aéroport et à bord ", poursuit-il, avant de conclure : " Notre métier, c’est une passion, s’il y a bien un endroit où on se sent bien, c’est dans les airs ".