Le corps des athlètes : toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort ?

Top départ ce vendredi pour les Jeux olympiques de Tokyo. A l’heure où tous les regards se tournent vers le Japon, des témoignages mettent en lumière les côtés sombres de ces compétitions.

Derrière les paillettes, des coups sont portés aux corps et aux esprits. Privation de nourriture, humiliation, compétition… Les athlètes doivent toujours donner plus, repousser leurs limites physiques et psychiques. Et si ces limites avaient été atteintes ?

Battre des records, de maigreur

"Nous étions pesées et mesurées toutes les semaines, devant tout le monde. Tout était noté dans un carnet, très contrôlé. Je devais avoir 9-10 ans. Prendre du poids était mal vu. Pour des enfants de cet âge-là, c’est traumatisant", dénonce une gymnaste belge. Elle se sentait grosse, car pesait plus que les autres du groupe. "Pourtant, j’étais très maigre", ajoute la jeune femme. Cette attention pour un poids idéal laisse des traces indélébiles sur des corps en plein développement, mais aussi sur l’esprit de ces jeunes.

Progresser, à tout prix

La pratique d’un sport commence souvent très tôt, encore plus en gymnastique. Les enfants sont particulièrement vulnérables face à une autorité. "Entre entraînement particulièrement dur et abus, la frontière est très fine à identifier. Surtout aussi jeune. J’ai commencé à 5 ans et je voulais aller loin", signale la gymnaste. La gymnastique était toute sa vie. Elle était prête aux sacrifices.

Toutefois, elle estime aujourd’hui que ce n’était pas le seul moyen pour arriver à un haut niveau : "Dans la salle, la tension se ressentait. Nous pleurions tout le temps : avant, pendant, et aussi après les entraînements".

Elle se souvient d’un épisode qui "résume", le fait de pousser loin son corps : "Ma main a glissé lors d’une sortie aux barres, et je suis tombée mains en avant. L’entraîneuse n’a rien voulu savoir. J’ai dû continuer à m’entraîner pendant une heure ou deux, en pleurant. Mes doigts sont devenus noirs, et ont triplé de volume. Toutes les phalanges de mon annulaire et auriculaire étaient cassées".

Ses parents étaient sidérés de voir un enfant laissé comme ça dans sa douleur. La pratique était pourtant courante face aux blessures, du moins à l’époque.

Des voix s’élèvent

Placer le bien-être et la sécurité des athlètes, en particulier des enfants et jeunes adultes, doit être au premier plan selon la Commission australienne des droits de l’Homme.

Dernier pays en date à s’être penché sur la question, son rapport identifie "une culture du "gagnant à tout prix" qui prévaut dans tout le sport, et constate que cela crée des risques inacceptables pour la sécurité et le bien-être de gymnastes souvent très jeunes". Douze recommandations y sont présentées pour un changement à tous niveaux, dans l’ensemble de ce sport.

Peu après la publication australienne, d’autres voix ont résonné à travers le monde. Que ce soit en Grèce, Grande-Bretagne, Roumanie ou France, les athlètes se rassemblent pour dénoncer les maltraitances subies lors de leurs entraînements.

Une ouverture de la parole qui a aussi touché la Belgique. En 2020, de nombreuses gymnastes belges s’étaient déjà exprimées sur des abus physiques et psychiques de la part d’entraîneurs, perpétrés aussi à l’égard de mineurs. Ces témoignages se sont regroupés sur un site et autour du hashtag #gymnastalliance, qui a traversé les pays.

D’autres organismes internationaux agissent pour aligner le monde du sport sur celui des droits humains, notamment le Centre pour le sport et les droits humains. Lancé en 2018, ce centre veille à la protection des droits des athlètes, et en particulier des enfants et personnes vulnérables.

Mettre les enfants à l’abri de la violence est aussi un objectif de l’ONU pour l’Agenda 2030. Le sport y est vu comme un moyen de développement durable, une contribution "développement et à la paix par la tolérance et le respect qu’il préconise, à l’autonomisation des femmes et des jeunes, de l’individu et de la collectivité, et à la réalisation des objectifs de santé, d’éducation et d’inclusion sociale".

 

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