Le coronavirus ne stimulerait parfois que très peu notre immunité, un vrai souci pour les tests sérologiques et les vaccins

C’est une idée qui se répand à la vitesse du coronavirus, des tests sérologiques, à large échelle, devraient permettre de mieux savoir qui a été infecté et a donc développé une immunité contre le nouveau virus ou pas.

Une priorité selon les autorités pour un déconfinement plus sécurisé. Les jours derniers, lors de la conférence de presse quotidienne, le porte-parole du SPF santé pour le Covid-19, le Dr Emmanuel André le confirmait, la Belgique valide le déploiement de ces tests sérologiques après le feu vert des scientifiques. Ils seront utilisés dans les prochaines semaines.

Pour Emmanuel André, c’est une chose importante, ces tests sérologiques permettent de détecter une quantité importante d’anticorps après l’infection. Même s’il admet que parfois la réaction est trop faible, certains malades ne produisent que peu d’anticorps, trop peu pour être détectés par ce genre de test.

Un virus qui génère peu de réponse immunitaire

Sur ces tests sérologiques pour sortir de la crise, le Dr Jean-Luc Gala, spécialiste des maladies infectieuses aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, reste très prudent. Pour lui les questions sont plus nombreuses que les réponses : "La réaction immunitaire est parfois inexistante. Il y a deux sortes de patients, ceux qui ont croisé le virus mais qui n’ont eu aucun symptôme, parfois, ils n’ont même pas su qu’ils avaient été infectés, ceux-là auront une immunité quasi égale à zéro, et puis ceux qui ont développé des formes plus sévères, là il y aura une immunité, mais beaucoup de questions se posent sur la puissance de cette réaction immunitaire, c’est-à-dire le nombre d’anticorps neutralisant qui sont produits par notre corps et destinés à combattre le virus, pour le tuer".


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"Or, ici, on en apprend tous les jours un plus sur ce virus, on a constaté qu’il ne générait pas une réponse immunitaire très importante. Cela va compliquer la tâche pour les fameux tests sérologiques immunitaires, puisqu’ils sont basés sur la détection des anticorps produits par un individu infecté, c’est ce qui constituera son passeport immunitaire, une sorte de laissez-passer pour dire qu’il est protégé et qu’il ne sera plus contaminant. Et ça, on n’est pas sûr de pouvoir l’affirmer chez tout le monde." 


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De quoi, pondérer l’enthousiasme de certains sur la sortie du confinement grâce à ces tests sans le remettre tout à fait en question.

Des questions aussi sur l’immunité collective, le vaccin ou la thérapie par le plasma

Pour l’infectiologue, cette faible immunité potentielle induite par le Covid-19, remet aussi en question ce qu’on appelle l’immunité collective, à savoir un certain pourcentage, 60 à 70%, de la population infectée qui développe une immunité, ce qui fait que le virus ne trouve plus de candidats à infecter.

Ici, avec ces 60% de la population infectée, mais dont seule la moitié aurait développé des anticorps, cette immunité collective ne servirait pas à grand-chose.

Idem pour le futur vaccin, on risque là aussi de rencontrer les mêmes problèmes avec ce virus peu immunogène, qui ne déclenche pas de grosses réactions immunitaires.

Ou encore pour la thérapie dite du plasma, qui consiste à prendre du plasma d'un patient guéri et à l’administrer à des malades en grandes difficultés en espérant que les anticorps du premier (encore faut-il qu’il en ait en suffisance) allaient tuer le virus du second.

L’immunité induite par SARS-Cov2 n’a pas fini d’interroger le monde scientifique.

Une réinfection sans doute moins grave

Emmanuel André, le porte-parole du SPF santé sur le coronavirus, lui se veut tout de même positif à propos de réinfections possibles: "Certains rapports ne sont pas tout à fait clairs si la détection du virus est liée à des restes du virus, du matériel génétique de l’infection précédente ou s’il s’agit d’une réinfection".

De plus, dit-il, il y a tout à penser qu’une deuxième contamination "sera nettement moins sévère que le premier car il y aura eu un premier contact avec le virus".