Le coronavirus bouleverse les médias : "c'est une forme de journalisme de guerre"

Benoît Grevisse, directeur de l’Ecole de Journalisme de Louvain
Benoît Grevisse, directeur de l’Ecole de Journalisme de Louvain - © Tous droits réservés

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien : 25 minutes quotidiennes avec un spécialiste, pour vous aider à mieux comprendre la crise du coronavirus, mais aussi pour vous permettre de poser toutes vos questions (via l’adresse mail cqfdrtbf@rtbf.be). Notre invité, ce vendredi : Benoït Grevisse, professeur à l’UCLouvain, directeur de l’École de journalisme de Louvain (EjL).

Une forme de journalisme de guerre

La crise de coronavirus transforme la manière dont les médias couvrent l’actualité : difficile d’aller tourner des reportages sur le terrain, interlocuteurs moins disponibles, actualité mono thématique, peu de place pour d’autres sujets,… Le tout dans un contexte préexistant de profonde mutation digitale et de chute des revenus publicitaires. Pour Benoît Grevisse, on rentre dans une forme de journalisme qu’on n’a jamais connu auparavant, "on est dans une forme de journalisme de guerre. Les conditions actuelles posent la question du risque encouru pour faire son métier, pour aller chercher l’information d’intérêt général".

La posture, aussi, de la presse n’est pas la même en cette période, "le journalisme est davantage compassionnel aujourd’hui. On a connu ça a au moment des attentats. On peut penser aussi à des moments purement émotionnels comme l’affaire Dutroux". La période est exceptionnelle et donc le rapport à l’intérêt général, que le journaliste sert habituellement, change : "on voit des journalistes dans des rôles inhabituels qui appellent à la solidarité, qui deviennent eux-mêmes des vecteurs d’opération de solidarité".

Les médias en font-ils trop ?

C’est un reproche récurent sur les réseaux sociaux, un ras-le-bol exprimé : les médias ne parlent plus que de coronavirus comme si plus rien d’autre n’existait dans le monde. "Des études montrent déjà un sentiment de saturation confirme Benoît Grevisse […] Mais vous imaginez, si les médias n’en faisaient pas autant, quel procès leur ferait-on !? Dans le traitement de cette information il y a de grandes nuances. Un même sujet peut-être traité de manière radicalement différente d’un média à l’autre. Très sobre ou sensationnaliste". Il n’est donc pas seulement question de quantité de l’information mais aussi de la manière dont les médias la livrent à leur public.

Et puis, les médias parlent, malgré les impressions, de beaucoup d’autres choses "il y a de l’information de contenu, de l’information de solidarité, de service. On la voit probablement moins c’est vrai, moins n’oublions pas que la période est exceptionnelle, on ne peut pas faire comme si de rien n’était".

Et puis, certaines actualités qui prennent habituellement de l’espace dans la presse sont tout simplement inexistantes pour le moment. C’est le cas du sport par exemple. Les compétitions sont annulées ce qui fait tourner les rédactions sportives au ralenti et vide les pages "sports" de leurs contenus.

Certains médias sont très fragilisés

Paradoxalement, malgré les audiences historiques et la forte demande d’information en cette période, cette crise sanitaire risque de se doubler d’une période de grosse difficulté financière pour la presse. Notamment parce que les revenus publicitaires chutent. Beaucoup de campagnes de promotions sont annulées, les marques et les entreprises sont prudentes ou tout simplement n’ont rien à vendre pour l’instant : "L’onde de choc va être terrible. Les pertes de revenus vont probablement se chiffrer pour le mois d’avril entre 30 et 50%. Ça met en danger les médias qui sont déjà en position de fragilité".

D’autant que ces difficultés s’inscrivent dans un contexte de mutation digitale des rédactions. "On est dans un contexte de fragilité des médias rappelle Benoît Grevisse. Particulièrement les médias privés qui sont parfois dans des phases extrêmement délicates".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien : 25 minutes avec un spécialiste pour nous aider à mieux comprendre/vivre la crise du coronavirus. Chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté de l’émission à revoir ci-dessous :