Le coronavirus a mis en lumière l'importance du respect de la biodiversité. Mais que font les Etats ?

Les scientifiques le répètent depuis une dizaine d’années : il est grand temps de préserver la biodiversité faute de quoi les épidémies voire les pandémies vont se multiplier. Mais quatorze mois après la première contamination connue au covid-19, nos responsables politiques ont-ils pris la mesure de ce qui a fait sortir le virus SARS-CoV-2 de sa tanière ? Que font-ils pour qu’une pandémie ne se reproduise plus, autrement dit quelle est leur gestion à long terme alors qu’ils ont le nez dans le guidon, concentrés sur les mesures à prendre pour éviter la propagation du virus et assurer la vaccination d'une population en proie aux doutes ?

Avant d’évoquer une action politique, il est important de se souvenir de l’origine de la pandémie : le premier cas connu de covid-19 a été détecté sur le marché chinois de Wuhan en décembre 2019. Il s’agit d’une zoonose autrement dit d’une maladie transmise à l’homme par l’animal. Elle illustre ce que les scientifiques avancent depuis longtemps à savoir que l’action humaine a des effets néfastes sur la biodiversité et, par un effet boomerang, qu’elle met en danger… l’espèce humaine elle-même.

 

Les liaisons dangereuses

Il s’agit bien de cela : l’action humaine comme l’agriculture intensive et la déforestation détruisent la biodiversité et les habitats occupés par les espèces animales, ce qui conduit certains animaux comme les chauves-souris, véritables marmites à virus, à se déplacer et à se regrouper. Ces chauves-souris, pour continuer avec cet exemple, sont alors contraintes de cohabiter, de se rapprocher des espaces où vivent des humains ou d’autres animaux (par exemple le pangolin ou autre animal intermédiaire) et un malheureux contact peut se produire entre des espèces qui n’auraient pas dû se rencontrer ; malheureux en effet puisque la chauve-souris transmet ainsi un virus indirectement ou directement aux humains, virus contre lequel ils ne savent pas se défendre.

Dans le cas du covid-19, la transmission du virus SARS-CoV-2 au patient 0 fait encore débat. Un consensus se dégage sur la chauve-souris mais pas sur l’animal intermédiaire qui l’aurait transmis à homme. En attendant une confirmation indiscutable, d’autres virus comme Ebola ont aussi franchi la barrière animal/humain et là, les scientifiques connaissent mieux la chaîne de transmission.

L’approche intégrée de la santé publique se répand

La prise de conscience politique est tardive puisque les scientifiques mettent en garde contre les dangers de la perte de biodiversité depuis une dizaine d’années, mais elle est bien réelle depuis l’explosion des cas de coronavirus début 2020 et les premiers confinements qui ont suivi partout dans le monde. La pandémie de covid-19 a ouvert les esprits. C’est que la crise sanitaire consécutive s’est doublée d’un désastre humain et d’une crise économique unique en son genre. La pandémie coûte cher, très cher même. : en vies humaines, en emplois, en faillites, en santé publique, en santé mentale… dont celle des jeunes pose de vrais défis pour l’avenir.

Pour le chargé de mission du dossier forêts chez Greenpeace, Philippe Verbelen : "La pandémie de Covid 19 a boosté les préoccupations des politiques à propos de la biodiversité. Ce que l’on appelle ‘one health’, l’approche intégrée de la santé publique, n’est plus brandie par les seuls scientifiques ou organisations environnementales mais par les Etats. On ne peut pas se permettre d’attendre la prochaine pandémie sans rien faire."

Pour preuve, la mobilisation et les attentes inédites des Etats par rapport à de grands rendez-vous internationaux comme le Congrès mondial de l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) ou la 15e réunion de la Convention de l’ONU sur la biodiversité (COP15) qui se tiendra cette année à Kunming en Chine. Pour Philippe Verbelen : "La COP15 sur la biodiversité sera cruciale car les parties vont négocier tous les programmes à l’horizon 2030. Après la pandémie de covid-19, le moment est inédit, la pression maximale."

Climat et biodiversité, même combat ?

L’Union européenne n’est pas en reste : les Etats membres sont aussi appelés à définir leurs projets de préservation de la biodiversité à l’horizon 2030 et ils ont par ailleurs leur green deal, un vaste plan de relance, d’investissements publics orientés vers la transition écologique (l’enveloppe belge est d’un peu moins de 6 milliards d’euros).

Mais quel est le lien entre la préservation des forêts tropicales, la lutte contre les exploitations ou les élevages intensifs et…les projets locaux de protection de la biodiversité ? Quel est le lien entre l’action internationale et… l’action nationale ou locale ? Posons-nous simplement la question de ce que nous recherchons pendant le confinement et nous aurons un début de réponse : la nature, les espaces verts sont devenus des refuges pour nombre de personnes. Il s’agit moins ici de tenir un virus à distance que de prévenir les troubles de santé mentale, les maladies liées à la pollution de l’air ou de s’assurer que les ingrédients qui composent notre assiette sont sains et accessibles à tous.

La biodiversité, un objectif mondial qui démarre en Belgique

Coronavirus: importance du respect de la biodiversité (JT 22/11/2020)

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Manifestation à Bruxelles pour dénoncer les incendies destructeurs de l'Amazonie, 2019 © Belgaimage

C’est dans ce contexte global que les projets belges liés à la biodiversité prennent tout leur sens ; des projets de restauration de nature comme la création de 4 mille hectares de forêts en Flandre, de haies, de réserves naturelles, de parcs nationaux voire le projet de relocalisation de la filière des feuillus (chêne) en Wallonie. Selon Nathalie Guilmin, porte-parole de la ministre wallonne de l’environnement, l’Ecolo Céline Tellier : "Nous vivons un 'momentum’ et c’est très enthousiasmant. La plantation de 4 mille kilomètres de haies et/ou d’arbres en Wallonie est une priorité. Elle est d’ailleurs inscrite dans la Déclaration de Politique générale du Gouvernement wallon."

Pour la ministre fédérale de l’environnement Zakia Khattabi : "La pandémie de covid-19 nous a mis face à nos faiblesses et nous devons désormais agir sur la biodiversité comme nous le faisons sur le climat. Les deux agendas se confondent. Quant à dire que la pandémie booste l’action politique, c’est mon souhait le plus cher, ajoute-t-elle, mais il faut rester prudent. 0n est au début d’un changement de mentalités. 2021 est l’année de la biodiversité et j’aimerais qu’elle soit à la biodiversité ce que 2015 a été pour le climat." (NDLR – la conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques a fixé le réchauffement de la planète entre 1,5° et 2° d’ici à 2100). Même discours de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen qui a plaidé ce mardi encore pour un accord de Paris sur la biodiversité.

La biodiversité et l’action politique, le grand écart ?

Les objectifs seront difficiles à atteindre parce que les dirigeants de ce monde sont face à des intérêts opposés, aux intérêts des entreprises voire à leurs propres contradictions. Comment par exemple l’Union européenne va-t-elle concilier la préservation de la biodiversité sans adapter davantage sa politique emblématique, la PAC, la politique agricole commune ? Selon Philippe Verbelen de Greenpeace : "L’agriculture telle qu’elle est pratiquée est la principale cause de la perte de la biodiversité dans l’UE. On ne risque plus seulement aujourd’hui de perdre des bouts d’Amazonie, mais aussi des alouettes et des moineaux dans nos régions."

Dans une étude récente, le forum économique mondial a listé, à l’échelle mondiale, les écarts les plus importants entre les risques encourus par la planète et l’action politique. Sans surprise, le climat arrive en tête. C’est là que l’écart est le plus important, entre le risque lié au réchauffement du climat et l’action politique menée pour y remédier. La biodiversité est deuxième. Le risque nucléaire vient bien après. Alors bien sûr, les grands questionnements d’aujourd’hui ne sont pas principalement motivés par l’envie désintéressée de restaurer la biodiversité mais par la peur de revivre une pandémie et de mettre à nouveau l’espèce humaine en danger, mais il apparaît nécessaire de mettre en place des politiques ambitieuses et de les traduire par des actes concrets sans tarder.

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