Le confinement est leur métier : trois scientifiques nous donnent leur recette de vie dans ces moments particuliers

Le confinement est leur métier : trois scientifiques nous donnent leur recette de vie sous confinement
Le confinement est leur métier : trois scientifiques nous donnent leur recette de vie sous confinement - © Tous droits réservés

Bertrand Piccard, Jean-Louis Tison, Hugues Goosse, trois scientifiques qui, à un moment de leur vie, ont vécu des périodes de confinement de plusieurs semaines, dans des conditions extrêmes.  

Bertrand Picard a réalisé avec son co-pilote, un tour du monde à bord du Solar Impulse, l’avion solaire pourvu d’ailes gigantesques et d’un tout petit cockpit. Jean-Louis Tison, glaciologue de l’ULB, a mené pendant plus de trente ans des expéditions en Antarctique au cours desquelles, il s’est retrouvé, à plusieurs reprises, coincé sous tente pendant plusieurs semaines.


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Hugues Goosse, climatologue à l’UCLouvain a vécu deux mois dans un container au milieu des glaces du continent antarctique, lui aussi. Ces trois scientifiques sont, en quelque sorte des professionnels du confinement. Au cours des années, ils ont beaucoup appris de ces situations particulières.  

Il faut vivre dans l'instant

Scientifique et aventurier, Bertrand Piccard est aussi psychiatre. Selon lui, l’important est de ne pas se projeter dans l’avenir. "Il faut vivre dans l’instant présent. Il faut se connecter à soi-même, sur sa sensation d’exister dans son corps, dans la sensation du moment présent, dans ce qu’on fait, dans ce qu’on pense, dans ce qu’on dit aux autres, dans ce que les autres nous disent. Et ce qui est assez spectaculaire quand on arrive à faire ça, c’est que le temps ne compte plus. En fait, on se déplace avec le temps et tout à coup, quand c’est fini, on est tout surpris que le confinement soit terminé."

Un conseil tiré de son tour du monde de la terre. "C’est exactement ce qu’on a vécu avec Brian Jones dans notre tour du monde en ballon, parce que si on avait compté les jours, cela aurait été horrible. Alors que vivre le moment présent en permanence, est une expérience quasiment spirituelle."

Je lisais chaque jour deux pages de Manon des sources à mes collègues anglophones en prenant l’accent du midi

Le glaciologue belge Jean-Louis Tison a mené de multiples expéditions en Antarctique. Avec ses collègues, il a vécu dans des conditions particulièrement spartiates. Imaginez une température moyenne de -20° à -40°, où les scientifiques dorment sous tente. En 1984, alors qu’il travaillait sur la péninsule antarctique, avec une collègue anglophone et un guide de montagne également anglophone, ils doivent affronter une tempête qui les cloue sous leur tente pendant trois semaines.

Jean-Louis se souvient : " Nous avons coupé les cartons de nos boîtes de sucre pour bricoler un jeu de 54 cartes. Dans ces moments, nous cherchons tous à nous occuper. Mais notre tente ne faisait que 2X2 mètres. Un espace plutôt restreint. Chaque jour, mes compagnons d’infortune me demandaient de lire deux pages du livre de Marcel Pagnol, ‘Manon des sources’, si possible avec l’accent du midi. C’était un grand moment de la journée car l’accent français du midi les mettaient littéralement en lévitation. "

Le confinement est aussi une épreuve qui révèle la personnalité des personnes de son entourage. " Certaines personnes que nous pensons stables, se mettent parfois à cran. Je ne l’ai pas vécu personnellement. J’ai toujours vécu avec des personnes très chouettes. D’ailleurs après trois mois, nous sommes partis ensemble aux Sports d’hiver. Mais je connais des membres d’une expédition qui ont failli s’étrangler l’un l’autre simplement parce que l’un d’eux avait renversé de l’huile de sardine sur le pantalon de l’autre. "

Pour ce grand baroudeur, le confinement que nous vivons aujourd’hui n’a rien à voir avec les expériences extrêmes qu’il a vécue sur le grand continent blanc car nous le vivons chez nous et dans un confort quotidien.  Il n’empêche. Il voit des points de convergence avec ses expériences précédentes. " Ces moments particuliers nous obligent à développer notre créativité, notre inventivité. C’est une expérience intéressante. Nous pouvons aussi profiter de ce moment pour évoquer des sujets que n’abordons jamais dans nos conversations. Les questions existentielles deviennent plus importantes que jamais. "

C'est essentiel de continuer à faire des choses utiles

Hugues Goosse dormait à l’intérieur d’un container lorsqu’il a réalisé son expédition en Antarctique. Il estime, lui aussi, qu’il y a un monde de différence entre rester coincé à la maison et coincé dans une tempête en Antarctique car la question de sécurité y est différente. Il s’explique : " En expédition, vous savez que l’hôpital le plus proche est à trois jours de distance. Quand les symptômes d’une maladie apparaissent, c’est compliqué. "

Mais a-t-il des trucs pour mieux vivre son confinement qu’un autre ? Il nous répond : " Pour être honnête, je n’ai pas de technique particulière. Mais la clef pour moi, c’est d’être occupé. Et pour l’instant, j’ai plein de travail. C’est essentiel, selon moi, de continuer à faire des choses utiles. Arrêtez de penser aux choses que vous ne pouvez pas faire. Mais pensez à celles que vous pouvez faire dans l’instant présent. Si vous aviez décidé de vous mettre à l’espagnol. Allez-y. "

L’autohypnose pour supporter le confinement

Bertrand Piccard réside en Suisse, où le confinement n’est pas obligatoire. Mais il reste malgré tout à la maison, lui et sa famille. Pendant cette période, il utilise l’autohypnose. "Les techniques d’auto-hypnose consistent à découvrir en soi ce qu’on appelle la safe place. La safe place, c’est l’expérience intérieure de sécurité, de confort, quelque chose qui nous rassure, quelque chose qui nous permet de nous sentir bien. Et c’est quelque chose qu’on doit reproduire, c’est une image d’où on vient, c’est un son, c’est une position, ça peut être l’énergie de la respiration, c’est-à-dire tout ce qui nous permet de nous connecter à soi-même dans un monde qui est en fait un monde de dispersion. On a l’habitude de vivre à l’extérieur de soi-même. L’expérience actuelle doit nous permettre de vivre également à l’intérieur de soi-même."

Ces trois scientifiques ont chacun leur recette de vie sous le confinement, c’est certain. Chaque caractère développe le sien. En conclusion, si de votre côté, vous n’avez pas trouvé votre recette personnelle, conseil d’ami de Jean-Louis, écoutez la chanson des Monty Pythons : ‘Always look on the bright side of life’.

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