"Le climat, c’est le plus gros problème de l’histoire de l’humanité" explique François Massonet, climatologue à l’UCLouvain

Inondations, incendies ou encore vagues de chaleur. Depuis le début de l’été, il semble que les catastrophes naturelles se soient multipliées, ne laissant personne indemne, pays riches comme pays pauvres. La faute du changement climatique ? Le 6e rapport du GIEC, sorti cet été, lance en tout cas les signaux d’avertissement les plus sévères sur la progression du réchauffement climatique et ses conséquences dévastatrices pour la planète. La prévision fait office d’alerte rouge puisqu’on devrait atteindre les +1.5°C en 2030, soit dix ans plus tôt que la dernière estimation, qui datait de 2018. QR l’actu fait le point sur la question climatique avec François Massonet, climatologue à l’UCLouvain et Xavier Fettweiss, climatologue à l’ULiège.

Pluies exceptionnelles cet été ?

C’est en tout cas la fin des étés que nous connaissions auparavant, explique François Massonet. "Nous allons de plus en plus connaître des étés ponctués de grosses vagues de chaleur comme nous en avons connu ces dernières années, ou des étés rythmés par des précipitations parfois extrêmement intenses comme au mois de juillet". En fait, pour comprendre le phénomène du climat, il faut prendre un peu de recul. En effet, au niveau mondial, ce mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré sur terre."Nous avons eu des canicules un peu partout dans le monde avec des feux très importants en Grèce notamment, ou encore des records de température au Canada. Si l’on prend la moyenne globale de la planète, on reste sur des températures très élevées".

Outre les pluies, les températures en Belgique ont été très fraîches. Un phénomène qui peut surprendre, alors qu’on parle de réchauffement climatique... Pour Xavier Fettweiss, ce phénomène est clairement exceptionnel. "Les étés que l’on prévoit dans 20 ans, connaitront une hausse de température de plus de 2 degrés. Cet été, c’est une "anomalie" qui n’illustre pas le phénomène global. Par contre, les hivers, dans 20 ans, si le réchauffement se poursuit, seront des saisons sans neige en dessous de 100 mètres d’altitude. Et pour 2040, sur les hauteurs du pays, on prévoit une baisse du niveau d’enneigement de 30 à 40%.

Réfugiés climatiques belges ?

Pour François Massonet, nous sommes en train de nous faire rattraper par les changements climatiques. "Ce qui nous semblait encore très lointain il y a 5 ou 10 ans est en train de nous toucher. Nous connaissons quelqu’un qui a été victime d’une manière ou d’une autre de ces inondations. Et cette notion de réfugié climatique, qui pouvait nous sembler un peu diffuse ou lointaine, est à présent à nos portes". A plus long terme, cette notion de réfugié climatique pourrait s’appliquer à la Flandre, comme l’explique Xavier Fettweis. "La Belgique, et on pense ici au nord du pays, est particulièrement sensible à la hausse du niveau de la mer. Notre pays est très vulnérable vis-à-vis d’une déstabilisation de l’Antarctique. Toute la vallée de l’Escaut se trouve dans une situation de potentiel danger".

Les changements climatiques, des phénomènes naturels ?

Le climat a toujours changé. On a d’ailleurs connu par le passé des températures plus élevées qu’actuellement. Par contre, le rythme de transformation du climat est excessivement rapide. "Les variations de température sur terre sont de l’ordre d’un degré pour mil ans. Ici, on parle d’un degré de variation sur un siècle seulement. Et les projections évoquent de 4 à 6 degrés de variation sur le siècle à venir". Pour François Massonet, ce rythme de variation de température ne permet pas à la planète de s’adapter. "Avec des variations 10 à 20 fois plus rapides, cela va mener à l’absence de résilience pour certaines espèces sur terre".

Prise de conscience suffisante ?

Le climat, c’est le plus gros problème de l’histoire de l’humanité, estime François Massonet. "La bonne nouvelle, c’est que nous savons ce qui nous arrive, nous savons ce qui nous attend, et nous savons aussi ce que nous devons faire. Il y a 10 ans, j’avais des doutes parce qu’il n’y avait pas cette "conscience climatique" dans l’opinion publique et médiatique. Nous avons conclu l’accord de Paris, ou encore des plans de relance aux Etats-Unis et en Europe avec le greendeal... Tout cela devrait nous permettre de lancer des politiques ambitieuses".

La Cop26 aura lieu à Glasgow en novembre prochain. Une conférence pour le climat qui aura toute son importance pour éviter les "points de rupture" climatiques tant redoutés par certains scientifiques.

 

 

 

 

 

 

 

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