Le cheikh Bassam Ayachi et Raphaël Gendron ont été indemnisés par l'Italie

Cheikh Bassam Ayachi et Raphaël Gendron.
Cheikh Bassam Ayachi et Raphaël Gendron. - © D. R.

L'Italie a indemnisé financièrement le cheikh Bassam Ayachi et Raphaël Gendron. Les deux hommes, anciens responsables du Centre islamique belge (CIB) situé dans les années 90 et 2000 à Molenbeek-Saint-Jean, avaient été placés en détention par les autorités italiennes fin 2008 avant d'être libérés en 2012. Une détention jugée arbitraire après une procédure lancée par les avocats italiens de cheikh Bassam et Raphaël Gendron. Pour rappel, cheikh Bassam est actuellement juge en Syrie, dans une zone aux mains des rebelles combattant les troupes de Bashar Al-Assad. Raphaël Gendron a lui été tué au combat, toujours en Syrie, en avril 2013.

Cette indemnisation a été rendue publique par Maître Sébastien Courtoy, l'avocat belge d'Ayachi et Gendron dans le documentaire "Au nom du père, du fils et du djihad", retraçant la vie du cheikh Bassam, de son enfance en Syrie et à son installation dans le sud de la France et son arrivée à Molenbeek. Le documentaire a été diffusé récemment sur France Télévisions.

Avant le décès de Raphaël Gendron

Maître Sébastien Courtoy a confirmé l'information à la RTBF. "L'indemnisation est intervenue avant le départ en Syrie de M. Ayachi et avant le décès de M. Gendron, à la demande de leurs avocats italiens", explique Maître Courtoy. "Mais il ne faut s'imaginer qu'il s'agit de sommes extraordinaires. En Italie, l'indemnisation pour détention arbitraire est calculée par semaines de détention. La procédure est assez simple et il n'a été très compliqué d'obtenir cette indemnisation." En définitive, de quelles sommes s'agit-il? Maître Courtoy ne souhaite pas en dire davantage. Ni même sur l'utilisation de ces sommes. "Des fantasmes existent. Mais on fait fausse route. A mon sens, ils en ont fait usage pour des choses estimables et pas pour des causes qui ne sont pas nobles", ajoute Sébastien Courtoy. L'un des fils du cheikh Bassam, que la RTBF a contacté, n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Leur cible présumée: l'aéroport Charles de Gaulle 

En tout cas, pour les avocats de Gendron et Ayachi, ce dédommagement "prouve qu'ils n'avaient vraiment rien à se reprocher et qu'ils n'étaient en lien liés à une entreprise terroriste." Un avis partagé dans le documentaire par Alain Grignard, islamologue et commissaire à la Police fédérale belge.

En tout cas, lorsque les deux Bruxellois, rentrant de Syrie par la route, sont arrêtés fin 2008 en Italie, ils transportent dans leur camping-car cinq illégaux. Ce n'est que six mois plus tard que les charges qui pèsent contre eux passent de trafic d'êtres humains à participation à une organisation terroriste.

Pour les enquêteurs italiens, Ayachi et Gendron sont d'abord les chevilles d'une cellule européenne d'Al-Qaïda dont l'objectif est de commettre un attentat à grande échelle visant l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, près de Paris.

La réputation sulfureuse du CIB

Il faut dire qu'à l'époque, leurs antécédents ne jouent pas en leur faveur. C'est dans le Centre islamique du Cheikh Bassam que se marie religieusement l'un des assassins du Commandant Massoud.

Le CIB, présenté comme un haut-lieu du fondamentalisme religieux à Bruxelles et du recrutement de djihadistes pour l'Afghanistan et l'Irak - Gendron a effectué un séjour en Afghanistan avant le 11 septembre 2001 -, a également défrayé la chronique judiciaire avec le procès du site Assabyle.com, géré par Raphaël Gendron et l'un des fils du Cheikh Bassam.

Tous deux seront condamnés pour incitation à la haine raciale à la suite de la diffusion d'une vidéo à caractère antisémite. Les administrateurs du site avanceront que la vidéo n'étaient pas leur création mais celle d'un visiteur du site. La justice belge verra les choses autrement. 

Le Cheikh Bassam blessé en Syrie

En Italie, cheikh Bassam Ayachi et Raphaël Gendron, fils spirituel du premier, seront condamnés une première fois avant d'être acquittés en appel en 2012. Raphaël Gendron rentrera en Belgique et sera interrogé par la Sûreté de l'Etat. Quelques mois plus tard, il embarque pour la Syrie alors que le pays bascule dans la guerre civile. Il deviendra l'un des chefs locaux des Faucons du Sham, au même titre qu'Abderrahman Ayachi, fils du Cheikh Bassam.

Ce dernier, 71 ans, ne gagnera la Syrie qu'après la mort d'Abderrahman (tué par des soldats du régime), pour participer à la rébellion et occuper la fonction de juge à Idlib. Le patriarche sera blessé lors de combats au cours desquels il perdra son bras droit, comme on peut le voir dans le documentaire diffusé sur France Télévisions.

Publiquement, cheikh Bassam a toujours condamné les exactions et l'idéologie du groupe terroriste Etat islamique. Sur place, son groupe de rebelles combattrait les troupes de Daesh et l'armée gouvernementale.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK