Le "check" pourrait devenir le compromis pour se saluer dans le futur en limitant la propagation des virus

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Les sportifs et les jeunes connaissent et utilisent ce geste depuis longtemps. Le "check" ou "fist bump", comme l’appellent les anglophones, est un geste de salutation qui consiste à toucher le poing fermé de la personne à qui l’on veut dire bonjour. Si dans le cas d’une pandémie comme celle que nous connaissons actuellement avec le coronavirus, les contacts physiques sont à proscrire, ce mode de salutation pourrait être un bon compromis à moyen terme pour que l’animal social qu’est l’homme puisse continuer à saluer ses interlocuteurs avec un contact physique, sans lui transmettre bactéries, germes et virus de façon excessive.

La bise, c’est fini. La poignée de main aussi. Tout comme l’accolade. En tout cas depuis mars, les Européens qui avaient l’habitude de se toucher d’une manière plus ou moins proche en fonction des rapports sociaux et professionnels doivent se refréner et limiter ces contacts "rapprochés" à leur entourage proche.

Alors comment saluer quelqu’un pour éviter d’attraper le nouveau coronavirus ou risquer de le lui transmettre ? A cette question l’OMS a une réponse simple : "Le moyen le plus sûr de se saluer pour prévenir la COVID-19 est d’éviter les contacts physiques. On peut saluer d’un signe de la main ou de la tête, ou encore en s’inclinant".

À la recherche d’alternatives "hygiéniques"

De nombreuses alternatives plus "hygiéniques" existent au "serrage de pince" traditionnel en Europe, à la bise (ou aux bises, notamment chez nos voisins français) ou à l’accolade (ou "hug", plus utilisée dans d’autres pays comme l’Allemagne).

Nos confrères de France Inter avaient, dès le mois de mars, proposé une dizaine de façons de se dire bonjour sans se faire la bise ou se serrer la main.


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Mais il faut l’avouer, certaines d’entre elles comme le retour de la révérence ou le "salut vulcain", issu de la série mythique "Star Trek", n’ont objectivement qu’assez peu de chances de s’imposer dans les mœurs.

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Le "foot shake" et le "elbow bump" ont du mal à se généraliser

Pourtant, parmi ces alternatives il y a de nouveaux modes de "saluts" qui sont apparus comme le "foot shake" ou "Wuhan shake" qui consiste à se saluer en cognant le pied opposé de son interlocuteur.

Mais mis à part sur le réseau Tik Tok où cette pratique a donné une seconde jeunesse à toute une série de chorégraphies comme le "foot shake dance" que de nombreux couples ont exécuté en vidéo pour passer le temps lors du confinement, le geste ne semble pas se répandre plus que ça.

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Il y a aussi le "elbow bump" ou "Ebola handhake", rapidement adopté par certains politiciens désireux de maintenir une forme de contact tout en évitant les risques.

Ce geste, identique à celui pratiqué lors d’un "foot shake" mais avec le coude cette fois, n’a rien de spontané et peut sembler un peu ridicule. C’est certainement pour cette raison que la pratique ne semble pas avoir fait de nombreux émules.

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Et puis, il y a bien le Wâi thaïlandais (prononcé comme “Why” en anglais) qui consiste à saluer son interlocuteur à distance en joignant les deux paumes de mains devant la poitrine, les doigts bien tendus et en s’inclinant légèrement (ou pas, selon son interlocuteur).

Si les vacanciers européens prennent vite le pli en arrivant sur place, la majorité d’entre eux n’a pas l’habitude de pratiquer ce geste qui est une marque de respect peu usitée chez nous. Et cela, même si certains saluts de ce type ont cours dans le domaine des arts martiaux comme le judo.

Dès lors, quel pourrait être le compromis idéal entre un salut qui pourrait facilement être adapté aux pratiques des Européens tout en tentant de se préserver mutuellement et éviter de se transmettre virus et bactéries ?

Le "check" pour remplacer la "médiévale" poignée de main

Comme le rappelaient nos confrères du Monde, au Moyen Âge, on se serrait la main pour dire "je ne suis pas armé, tu peux avoir confiance". Dans la foulée, on secouait cette main tendue pour vérifier qu’aucune arme n’était cachée dans la manche.

Cette pratique sociale de la poignée de main est également une preuve de confiance. C’est aussi parfois un premier pas qui montre qu’on a du respect, de l’empathie pour l’autre, qu’on ne vient pas avec de mauvaises intentions. Une façon également de sceller un accord ou de faire la paix.

Mais aujourd’hui, cette main tendue et ouverte à l’autre puis serrée réciproquement contrevient aux "six règles d’or" pour lutter contre la propagation du coronavirus, dont la première qui concerne l’hygiène et qui est claire au sujet des contacts physiques pour se saluer : "ne pas se serrer la main ou se faire la bise".

Cette règle est actuellement appliquée car la paume des mains avec laquelle nous manipulons une quantité incroyable d’objets est une source importante de transmissions des virus, dont le Covid-19. Nos mains ne sont généralement pas très propres… et elles sont très souvent proches des muqueuses du nez, de la bouche et des yeux notamment. Raison pour laquelle le lavage régulier des mains fait partie des premières mesures barrières pour lutter contre le coronavirus, notamment.

La bise ou le "hug", s’ils sont moins risqués en termes d’échanges de bactéries, ne sont pas des gestes pratiqués entre personnes qui n’ont pas de rapports étroits entre eux. Un "hug" à la grande patronne en visite dans l’atelier de votre entreprise pourrait être mal accepté. De plus, malgré de meilleurs résultats en termes d’hygiène, ils contreviennent à la distance physique recommandée entre les individus pour éviter qu’ils ne s’échangent des microgouttelettes, potentiellement porteuses du virus.

Dès lors, le "fist bump" (littéralement "choc du poing") ou le "check" permet de ne faire entrer en contact que le revers de nos doigts, une partie a priori beaucoup moins utilisée et donc moins exposée aux bactéries et au virus.

Le "check" : une solution pas "idéale", mais plus hygiénique que la poignée de main ou le "high-five"

En 2014, un rapport publié par l’American Journal of Infection Control, recommandait déjà le "poing contre poing" comme alternative à la poignée de main.

Lors de l’étude, les chercheurs ont comparé trois types de salut : la poignée de main classique, le high-five (choc paume de main contre paume de main) et le "check".

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En fonction de divers paramètres comme la durée du contact et des parties de la main concernées, il en ressort que ce "high-five", "transfère la moitié des micro-organismes d’une poignée de main".

Alors que de son côté, "le fist bump transmet des quantités encore plus faibles de bactéries". Si la volonté est d’éviter à tout prix ma propagation d’un virus, ce contact direct n’est cependant pas idéal car le risque de transmission de bactéries, s’il est minimisé, n’est cependant pas nul.

Mais dans une société occidentale où le contact physique fait partie de ces habitudes sociales, proscrire totalement ce contact lorsque l’on se salue en a désarçonné plus d’un.

Conclusions des chercheurs : "Il est peu probable qu’une salutation sans contact puisse remplacer la poignée de main ; cependant, dans un souci d’amélioration de la santé publique, nous encourageons la poursuite de l’adoption du 'fist bump' comme alternative simple, gratuite et plus hygiénique à la poignée de main."

Avec sa dimension plus hygiénique, le "check" proche de la poignée de main, incarnerait donc une bonne alternative pour se saluer. Attention cependant, interrogé par le média suisse 24 heures, le médecin cantonal vaudois Karim Boubaker avertit : "Ce salut n’est ni recommandé, ni même tolérable dans la situation de pandémie actuelle".

D’où vient le "check" (ou "shake")

Le "check" (pour être exact, il s’agit du "shake", en référence à "shake hands", ou en français "secouer la main", "serrer la main") est aujourd’hui associé à la culture afro-américaine, tant il a été utilisé et représenté par le Black Power dans les années 1960-1970, puis repris par des sportifs américains de la NBA et des artistes Hip-Hop aux États-Unis dans les années '90.

Joachim Barbier, le réalisateur du documentaire Shake this out, une histoire urbaine de la salutation sorti en 2015, a d’ailleurs refait l’historique de ce "check" en partant du "fist bump" effectué entre Barack Obama et sa femme Michelle, le jour de l’investiture démocrate de celui qui deviendrait, quelques mois plus tard, le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis.

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Pour lui, la récupération de ce geste dans un contexte totalement différent raconte "quelque chose de signifiant et d’historique" sur la puissance et l’influence mondiale de la culture afro-américaine. "Même s’il s’agit d’un mimétisme un peu accessoire de la street crédibilité ou de l’attitude cool, qui peut être dénoncé sous le nom d’appropriation culturelle, c’est l’histoire du mélange de la pop culture mondiale."

Si plusieurs théories s’affrontent sur ses origines, comme l’expliquait déjà en 2001 David Givens, directeur du Centre d’études non verbales de l’Université de Spokane (Etat de Washington), dans le New York Times, ce geste est devenu extrêmement populaire aux "States".

De la fin de la période esclavagiste en passant par la guerre du Vietnam

S’il ne ressemble pas vraiment à celui qu’on pratique aujourd’hui au bureau, le premier "shake" est né à la fin de la période esclavagiste, au XIXe siècle avec un poing levé : "Quand les esclaves, qui avaient leurs poignets liés dans le dos, et leurs pieds enchaînés, furent menés vers leur émancipation, le simple fait de pouvoir lever le poing était un signe suprême de liberté. Ça ne symbolisait pas le pouvoir, mais signifiait : je suis un homme libre, je peux lever la main et personne ne peut le contester", raconte, dans Shake this out, Ted Leonsis, propriétaire de l’équipe de basket NBA des Washington Wizards.

Ce poing levé, ancêtre du "check" a été aussi particulièrement médiatisé lorsque lors des Jeux Olympiques de 1968 à Mexico. Lors de la cérémonie de remise des médailles du 200 mètres, les athlètes afro-américains Tommie Smith et John Carlos ont levé un poing ganté par contestation politique.

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Le "check" a aussi été l’un des moyens de communication non verbale des soldats afro-américains lors de la guerre du Vietnam, quand ils se saluaient. Dans le documentaire, un vétéran se souvient : "C’était notre moment de réconfort. C’était tout ce qu’il nous restait, ça nous unissait. C’était une forme de camaraderie, de lien. Mais comme l’industrie ne cesse de s’emparer de ces symboles et de les exploiter, le handshake change, il continue d’évoluer.".

Et oui, le "handshake" évolue. Du "poing levé" au "poing cogné", ces modes de salutations sont aujourd’hui déclinés à l’infini par les sportifs, notamment par la superstar du basketball américain Lebron James. La star des Los Angles Lakers, tout récemment auréolé d’un quatrième titre de champion de la NBA, avait même cette saison une poignée de main spéciale pour chacun de ses coéquipiers.

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A quand le "check" généralisé ?

Inutile de préciser que les versions complexes du "check", du "pssshhhhstt" de Will Smith dans le prince de Bel Air en passant par les "poignées de mains secrètes" multipliant les combinaisons et les positions de main, sont définitivement à proscrire dans le contexte d’une lutte contre un virus.

Cependant, le simple "check" pourrait aussi s’imposer comme geste de courtoisie égalitaire :

Alors, comment se dira-t-on "bonjour" et "au revoir" dans une société où nous n’aurons plus à lutter contre la propagation du coronavirus de façon aussi drastique ? Le "check" s’imposera-t-il comme alternative crédible à la poignée de main alors que la bise et l’accolade nous forcent à un contact "rapproché" ? Pour combien de temps encore le contact humain fera-t-il encore partie des codes sociaux de notre société occidentale ?

Pas de réponse en tout cas avant que les "gestes barrières" soient levés. En attendant, un salut de la tête, un clin d’œil ou un échange de sourire devraient faire l’affaire.

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