Le chanvre textile, une plante cousine du cannabis qui fait rêver les agriculteurs wallons

Quand nous évoquons le chanvre, nous l’assimilons directement au cannabis. En réalité, il existe un chanvre agricole. Cette plante cousine du cannabis, n’a pas du tout les mêmes propriétés hallucinogènes. Dans le passé, elle était utilisée pour le textile. Délaissé pendant longtemps au profit de textiles dérivés du pétrole, le chanvre connaît un regain d’intérêt.

La Région wallonne s’y intéresse, à nouveau, pour le développement textile. Plusieurs agriculteurs wallons se sont lancés dans l’aventure. Il faut dire que cette fibre entièrement naturelle a des propriétés très semblables au lin.

Un champ de chanvre comme une forêt tropicale

A première vue, elle ressemble à une jungle impénétrable. Nous ne sommes pourtant pas sous les tropiques mais en plein cœur du Hainaut dans une culture de chanvre. De hautes tiges semblables au bambou poussent en rang très serrés. Les plus hautes atteignent plus de trois mètres. François Van Malleghem cultive depuis peu le chanvre. Lorsqu’il fait son tour d’inspection, en ce beau jour de septembre, il n’a pas de doute. Son chanvre est mûr pour être coupé. "Les feuilles les plus basses sont jaunes et commencent à sécher. C’est le moment de le couper."

François a cultivé, cette année, presque 50 hectares de chanvre. Ce qui l’étonne le plus, c’est la vitesse de croissance de la plante : "Elle peut pousser en une journée de 20 centimètres à condition qu’il fasse une bonne température de jour comme de nuit".

Cette plante tropicale s’est très bien acclimatée à nos latitudes et les canicules de cet été lui ont plutôt été profitables. Désormais, les hirondelles font des piqués dans le champ de chanvre pour manger les graines des pousses arrivées à maturité. Le champ dégage également une bonne odeur d’herbe mais François, notre agriculteur ne veut pas que nous nous méprenions : "Le THC c’est-à-dire la quantité de propriété psychoactive du cannabis est de 0,2%. Il faudrait fumer un hectare de cette herbe pour pouvoir planer. Autrement dit, c’est impossible".

Une fibre précieuse très semblable au lin

François s’intéresse surtout à la tige du chanvre. Elle contient une fibre précieuse pour fabriquer le textile. Une fois coupé, le chanvre doit rester entre 4 et 6 semaines, couché sur le sol. C’est ce qu’on appelle le rouissage comme nous l’explique Valentine Donck, Chef de projet textile de l’asbl Valbiom : "C’est l’action des bactéries qui avec l’humidité et le soleil vont dégrader la pectine. Les bactéries se nourrissent de la pectine présente entre le bois et les fibres. Elles décollent les fibres et permettent de les séparer plus facilement".

Une industrie du lin prête à accueillir les fils de chanvre quand ils seront rentables

Pour séparer les fibres de tous les résidus de bois, les pailles cultivées sont envoyées au teillage afin d’obtenir de longues fibres qui sont ensuite envoyées au tissage. Dans la société Nelen et Delbeke à Kruishoutem, nous retrouvons des mètres de fils de chanvre roulés en pelote qui sont alignés sur une grosse bobine. "C’est le début, il s’agit de mettre toutes ces fibres en bon parallélisme", nous explique Thierry Delbeke, tisserand et directeur de la société Nelen & Delbeke.

Entre 2500 et 3000 fils alignés passent ensuite au métier à tisser. C’est ici que se fabrique la trame du tissu, simple ou à jacquard. Thierry peut tisser indifféremment du chanvre comme du lin. La méthode est totalement identique.

Chez Alpani à Renaix, le tissu est ensuite ennobli, entendez par là que ses imperfections sont réparées. Les bouts de fils qui sortent de la trame sont brûlés. Le tissu est ensuite blanchi en étant trempé dans un liquide peroxydé. Etape ultime, il est teint. Alain Van den Dooren nous montre des essais avec un mélange de fibres de chanvre, de lin et de laine et sa conclusion est sans équivoque : "Selon moi, le chanvre se teint de la même façon que le lin. Teindre du lin ou du chanvre ou un mélange, ne présente, pour nous aucun souci."

Mais actuellement, Alain comme Thierry, préfèrent le lin au chanvre parce que le chanvre présente un bémol S’il pousse bien et même mieux que le lin, sa récolte n’est pas évidente et peu rentable actuellement. Olivier Mahieu, de l’asbl agricole Carah, a planté quelques parcelles expérimentales à côté du champ de François. Son but, tester différents types de chanvres. "Nous essayons des cultures précoces et les comparons à des cultures tardives. Nous voyons que la qualité de la fibre et le rendement ne sont pas les mêmes. Nous devons voir quelles plantes sortent du lot pour le futur."

Le chanvre est une fibre naturelle, écologique, cultivée sans pesticide. 75 hectares de chanvre poussent actuellement en Wallonie. La filière est donc pleine de potentiels. Reste à la rentabiliser mieux dans le futur.

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