Londres, Venise, la Statue de la Liberté… Le changement climatique menace aussi notre patrimoine culturel

Le changement climatique est devenu la première menace qui pèse sur le patrimoine naturel. Un rapport alertait récemment : un tiers des 252 sites naturels classés au patrimoine mondial par l’Unesco sont concernés, dont la Grande barrière de corail. Mais le changement climatique ne menace pas que nos trésors naturels. Il met aussi en danger notre patrimoine culturel.

La hausse du niveau de la mer, l’augmentation des températures, la multiplication des phénomènes extrêmes (tempêtes, inondations, sécheresses) n’épargnent pas notre héritage.  “Le changement climatique est un multiplicateur de menaces, explique Hannah Fluck, responsable de la recherche environnementale à l’Agence de protection du patrimoine anglaise Historic England. La plupart des processus physiques que nous lui associons ont toujours eu lieu, mais ce qui est différent, c’est leur gravité et leur fréquence."

Venise

Venise est l’un des sites les plus symboliques à cet égard : elle plonge régulièrement dans sa lagune lors des "acqua alta". Le phénomène n’est pas neuf mais il se multiplie, notamment sous l’effet du changement climatique (voyez ici le nombre de marées supérieures à 110 cm qui se multiplient ces dernières années).

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La cité des Doges n’est pas la seule à être menacée, dans le sud de l’Europe. Une étude de 2018, a montré que de nombreux autres sites méditerranéens sont en danger. Sur les 49 sites situés sur la côte à moins de dix mètres d’altitude, 37 sont menacés de submersion et 42 par l’érosion. Cela concerne notamment les monuments paléochrétiens de Ravenne, la ville grecque de Pythagorio (sur l’île de Samos), ou la ville libanaise de Tyr.

L’Île de Pâques

Autre exemple désormais connu : les statues Moaï de l’Île de Pâques, ces géants de pierre qui tournent le dos à la mer. Avec l’élévation du niveau de la mer, et l’aggravation des tempêtes, le littoral et les statues s’érodent.

Le château d’Edimbourg

Plus proche de nous, le château d’Edimbourg est également en danger. Dominant la ville, il a résisté aux assauts ennemis pendant des siècles, mais c’est un colosse aux pieds d’argile. L’augmentation des précipitations (plus 20% depuis les années 1970), fait monter les eaux souterraines qui fragilisent la roche volcanique sous le château. De plus, les bâtiments sont construits dans un grès poreux qui souffre de l’alternance entre période humide et période sèche.

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Londres

Londres est également sur le qui-vive. On connaît l’âpre combat mené par nos voisins néerlandais contre la hausse du niveau de la mer, on sait moins que les Londoniens sont aussi dans la lutte. Dès 1983, ils ont construit la “Thames barrier”, la barrière de la Tamise. Elle est notamment censée protéger des sites comme la Tour de Londres ou l’Abbaye de Westminster. Dans les années 80, elle n’a été fermée que quatre fois, dans les années 90, elle a dû être actionnée 35 fois et dans les années 2000, ce chiffre est monté à 75.

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La Statue de la Liberté

La Statue de la Liberté a, pour sa part, déjà subi les assauts du climat. En 2012, sous l’action de l’ouragan Sandy, plus de 75% de Liberty Island est inondée. La statue reste fière et debout, mais toute l’infrastructure autour est fortement endommagée. Et sur Ellis Island, l’ouragan a détruit les systèmes de régulation de température. Plus d’un million d’objets du Musée de l’Immigration, sensibles aux variations d’humidité et de température, ont dû être temporairement évacués.

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Mesa Verde

Toujours aux Etats-Unis, dans le Colorado, le parc national Mesa Verde, avec ses maisons accrochées aux falaises, est lui aussi, menacé par la sécheresse. Les températures augmentent et les précipitations annuelles diminuent. La saison des incendies est du coup devenue plus longue, et les incendies plus importants. Ils sont souvent suivis de crues soudaines. Les habitations troglodytes sont menacées par l’érosion.

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Djenné

La situation en Afrique est moins documentée, comme le déplorent certains chercheurs. Le continent n’est évidemment pas épargné. La ville en terre battue de Djenné, au Mali, illustre bien les effets indirects du changement climatique. La baisse du niveau des eaux du delta intérieur du Niger a entraîné une raréfaction de la boue de haute qualité qui a servi jusqu’ici à sa construction. Les briques de boue doivent être achetées plus loin et à un coût plus élevé, ce que les habitants ne peuvent pas se permettre. Ils se tournent vers des matériaux moins chers, comme le béton et les briques d’argile cuites, ce qui change radicalement l’apparence de la ville.

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La ville mosquée historique de Bagerhat

Au Bangladesh, la ville mosquée historique de Bagerhat (dont la mosquée aux soixante dômes ci-dessous) se dégrade aussi. Sous l’action du sel, cette fois. Le phénomène doit encore être documenté mais on suppose que la hausse du niveau des mers entraîne une hausse de salinité du sol et de l’eau. L’augmentation de la salinité entraîne à son tour une intensification du phénomène d’efflorescence, qui abîme considérablement les bâtiments de la ville. Le sel migre à la surface de la pierre poreuse et forme un dépôt.

Les rizières d’Indonésie

Au sein de notre patrimoine, on retrouve aussi ce qu’on appelle des “paysages culturels”, œuvres conjuguées de l’être humain et de la nature. Les rizières en terrasses des cordillères philippines en sont un parfait exemple (le bassin minier du Nord Pas de Calais en est un autre). Ces rizières sont déjà affectées. L’augmentation des fortes précipitations va aggraver l’instabilité des terrasses construites à flanc de montagne et provoquera glissements de terrain et érosion.

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Les sites archéologiques de l’Arctique

Par ailleurs, de nombreux sites archéologiques risquent de disparaître avant même qu’on ait pu les fouiller. On en compte 180.000 dans l’Arctique, par exemple, extraordinairement bien conservés grâce au climat froid et humide, mais menacés par l’intensification de la fonte du pergélisol (permafrost, sol gelé en permanence) et par l’érosion côtière due à la montée des eaux et à la multiplication des tempêtes. “C’est une catastrophe. Une majorité de sites, dont plusieurs parmi les plus importants, ont déjà disparu !”  déclarait en 2018 Max Friesen, archéologue polaire de l’université de Toronto et coauteur d’une étude sur le sujet.

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Le patrimoine immatériel

Des dégâts moins tangibles sont aussi à l’œuvre. Ils affectent notre patrimoine immatériel. Lors d’une conférence organisée en février 2020 par le célèbre Smithsonian American Art Museum, Ken Kimmell, président de l’association américaine “Union of Concerned Scientists” (“Union des scientifiques inquiets”) donnait un exemple : “Ici, aux États-Unis, la tradition exige que les tribus confédérées Salish et Kootenai du Montana attendent que les Mission mountains (montagnes dans les Rocheuses) soient enneigées pour raconter leurs histoires d’hiver et chanter des chansons. Les chutes de neige diminuant, ils s’inquiètent de leur avenir.

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Les défenseurs du patrimoine ont pris conscience de l’urgence de la situation. Ils s’impliquent dans la bataille contre les changements climatiques, et dans le combat contre ses effets néfastes (avec, notamment, la création, en octobre 2019, du Climate Heritage Network, le Réseau Patrimoine Climatique). Ils réfléchissent à la manière d’adapter leurs pratiques, et s’équipent peu à peu d’outils pour les aider dans leur lutte. Ken Kimmell explique par exemple qu’il est en train de développer un indice de vulnérabilité climatique, “méthodologie d’évaluation rapide conçue pour analyser spécifiquement les sites du patrimoine mondial”. Les modélisations en 3d permettent aussi de quantifier et de monitorer les effets du changement climatique. Et ils comptent bien aussi s’inspirer du passé. Il y a des leçons à tirer, tant au niveau des techniques de construction durables qu’au niveau de la manière dont des communautés ont déjà dû s’adapter à des changements dans leur environnement. Le patrimoine peut aussi nous aider à le sauver.

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